‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 129 sur 267 · La Bruyère. Des ouvrages de Cesprit · texte numérisé non relu

La Bruyère. Des ouvrages de Cesprit

2. Voir J. Girard. Etudes sur Véloquence afti'juc. Uatticisrne dans Lysias»

caractère même de l'atticisme. Pour le fond des choses, c'est la variété, la souplesse des exordes, la connaissance exquise des mœurs et des caractères, l'emploi discret du pathétique et par-dessus tout la vivacité frappante des tableaux. Lysias est un peintre admirable, il excelle dans la narration oratoire, qui a pour objet de prouver grâce à une habile disposition des circonstances, et, par un récit en apparence naïf, d'amener tout doucement les juges à la conviction. Que d'exemples on en pourrait produire ! Nous en donnons plusieurs dans notre Choix d'extraits des auteurs grecs. Citons ici un des plus vigoureux tableaux de l'auteur, celui du jugement de plusieurs victimes des Trente, dans le plaidoyer contre Agoratos. Nous empruntons la traduction de M. Jules Girard, l'ingénieux critique qui a analysé avec tant de finesse et d'atticisme le génie attique de Lysias. Gomme il le remarque, ce récit est un des modèles de ce pathétique indirect amené par les faits qui parlent seuls, pathétique qui ne manque jamais dans les plaidoyers de Lysias, lorsque se rencontre quelque épisode de la tyrannie des Trente. G'est le seul que permît à Lysias son rôle de logographe.

Les Trente étaient assis sur les sièges où sont assis maintenant les Prytanes ; deux tables étaient placées devant les Trente, et les votes devaient être déposés non pas dans les urnes, mais à la vue de tout le monde, sur ces tables; les votes de condamnation sur la première, ceux d'acquittement sur ia seconde. Comment était-il possible qu'un seul d'entre eux fût sauvé? Bref, ceux qui furent ainsi appelés devant les Trente pour subir le jugement du conseil furent tous condamnés, tous entendirent la sentence de mort, exepté cet Agoratos * qui

1. L'accusateur pour lequel Lysias a composé ce discours parle en qualité de parent et d'allié d'un certain Dionysodoros, victime de ia délation d'Agoratos. Dionysodoros était son cousiu et le mari de sa sœur. Il le dit dans son exorde et il a soin d'ajou-

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Lors donc, juges, (\\ui la mort a «'•lé prononc<''e contre ces hommes et qu'ils voient leur perte inf^-vitahle, ils font venir dans la prison celui-ci sa sœur, celui-là sa mère, un autre sa femme, chacun, en un mot, celle qui lui tenait de plus pn^s par les liens de la famille., afin de les embrasser une dernière fois avant de quitter la vie. Dionysodore veut ainsi voir dans la prison sa femme, qui est ma sœur. Celle-ci instruite de ce désir, arrive couverte de vêtements noirs, ainsi que le demandait la triste situation de son mari. Alors, en présence de ma sœur, Dionysodore exprime ses volontés suprêmes ; il ditqu'Ai^oratos était l'auteur de sa mort, et me recommanda ainsi qu'à son frère Dionysios, ici présent, et à tous ses amis, de le venger d'Agoratos; il recommanda aussi à sa foinme qu'il croyait laisser enceinte, de dire à son enfant, si c'était un fils, que son père avait été tué par Agoratos, et de lui ordonner de venger sur cet homme le meurtre de son père. Des témoins vont attester la vérité de mes paroles.

Outre ces plaidoiries composées pour divers clients, nous avons conservé l'exorde d'un discours tout à fait différent, que Lysias prononça à Olympie devant les Grecs assemblés (376) et qui rentre dans le genre démonstratif, ou plutôt épidictique K Les anciens le désignaient sous le nom de Discours Olympique-. Voici la traduction littérale de l'argument qui précède ce morceau :

Il y a un discours panégyrique ^, dans lequel il exhorte les Grecs, assemblés aux jeux olympiques, à renverser du trônp

ter que, par ses crimes, il a porté atteinte non seulement à une lionnête famille, mais à la république entière, privée par lui cVexcellents citoyens.

1. Voir nos Principes de composition et de style. 6^ édition, âge 246.

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