‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 130 sur 267 · Olympiacos · texte numérisé non relu

Olympiacos

;5. Il faut remarquer le sens de ce mot panégyi^que. C'est.

Denys le Tyran, à délivrer Ja Sicile, et à faire sans retard éclater leur hame, en pillant la tente du tyran parée d'or, de pourpre et d'autres riches ornements. En effet Denys avait envoyé à l'assemblée des théores * qui apportaient des offrandes au dieu, et la députation avait étalé pendant son séjour dans l'enceinte sacrée beaucoup de luxe et de magnificence, pour augmenter chez les Grecs le prestige de Denys. Lysias prit ce sujet etvoici Fexorde de son discours.

Ce morceau, assez court, nous permet cependant de nous rendre compte de l'intention de l'orateur. Il rappelle que ces jeux solennels ont été institués par Hercule pour entretenir les relations d'amitié entre les différents peuples de la Grèce. En ce moment, les Grecs sont menacés d'un danger, la puissance nouvelle du tyran de Sicile, qui va tendre la main au vieil ennemi des Grecs, le roi de Perse. L'un et l'autre ont des trésors et des flottes: avec de l'or on achète des soldats, avec

comme l'étymologie même l'indique, un' discours prononcé dans une des grandes solennités de la Grèce, telles que les fêtes do Delphes ou d'Olympie ou les grandes Panathénées. Dans l'intervalle des spectacles, on allait souvent entendre dans une sallo spéciale (oaéon) ou sous un portique, un orateur, un poète, un musicien. Ces discours ne pouvaient guère appartenir qu'au genre d'apparat : c'était l'éloge d'une ville, d'un peuple, d'un héros. C'est ainsi que le mot panégyrique a pris, peu à peu, même chez les Grecs, le sens à'éloge public.

Voir Georges Perrot, VEloquence à Athènes, p. 321.

1. On appelait ainsi des députés aux fêtes religieuses de la Grèce. Voir Grote, Histoire de La Grèce, t. XVI de la traduction de M. de Sadous, ch. 2, page HT.

Denys était à l'apogée de sa puissance, libre de toute guerre. Il envoya à Olympia sa théorie ou députation solennelle chargée d'offrir dés sacrifices. Elle était couverte des plus riches vêtements, portait avec elle une abondante vaisselle d'or et d'argent et était pourvue de tentes magnifiques qui devaient servir à la loger sur le terrain sacré d'Olympie. De plus il expédia plusieurs quadriges pour lutter dans la course de cnars, et en dernier lieu il envoya aussi d'habiles récitateurs et choristes, chargés de représenter ses compositions poétiques de^rant ceux qui seraient disposés à les entendre. Un frère de Denys, Théaridès, surveillait ce merveilleux appareil qui se produisit avec un effet éblouissant devant la fouie olympique.

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des vaisseaux on est maîtrci de la mer. 11 faut donc au plus vite s'unir contre ces deux empires menaçants. II y a dans ce (lévelopperncirit une pensée; patriotique qui était déjà celle d'Isocrate dans son Puii<:(jijru(uc.

Ce long discours d'Isocrale, publié en I5H0, quatre ans avant l'époque probable où Lysias haranf^ua les Grecs réunis aux jeux olympiques, avait été vivement accueilli et lu avec empressement. Il lut étudié, commenté dans les écoles des rhéteurs, et il devint le modèle du genre. Mais, si nous en jugeons par le fragment conservé, le discours de Lysias, outre l'avantage d'avoir élé réellement prononcé, avait une puissance et une flamme qu'on chercherait en vain dans celui d'Isocrate :

Nous voyons les dangers les plus grands nous menacer «le toutes parts. Vous savez que l'empire est à ceux qui sont maîtres de la mer, et que le roi de Perse est le dispensateur des trésors. Or les Grecs appartiennent à ceux qui peuvent" répandre l'argent; et le roi a beaucoup de uEivires, le tyran de Sicile en a beaucoup. Il faut donc en finir avec nos guerres intestines et prendre en main d'une pensée commune la cause de notre salut, rougir du passé, redouter l'avenir, et'imiter les ancêtres qui réduisirent les Barbares avides de la liberté d'autrui à être dépouillés de leur propre liberté, et qui, 'payant chassé les tyrans, établirent pour tous une liberté commune, .l'admire par-dessus tous les autres les Lacédémoniens, et je me demande par quelle pensée il peuvent voir, indifféremment la Grèce en proie aux flammes, eux qui sont les chefs par leur courage et par leur science militaire, dont la ville, seule de toutes, ne connaît ni les ravages, ni lesjremparts, ni les séditions, ni les défaites, et dont les mœurs sont toujours restées les mêmes. C'est pourquoi il y a espérance que leur liberté sera immortelle et que, sauveurs de la Grèce dans les périls passés, ils veilleront à la défendre contre les périls présents. Or les occasions futures ne seront pas meilleures que celles d'aujourd'hui, car il ne faut pas regarder comme étrangères les infortunes de ceux qui ont péri; elles nous sont personnelles .

Il ne faut pas attendre que les forces de l'un et l'autre aient marché contre nous, mais, tandis qu'il est encore possible, il faut arrêter leur insolence ; car qui ne rougirait en voyant que c'est g-râce à nos guerres intestines que ceux-là sont devenus grands?

Nous sommes loin encore du pathétique puissant de Démosthène, cependant n'y a-1-il pas dans ces lignes, où manquent l'accent et l'harmonie de l'original, une émotion qui fait penser au grand orateur? L'effet d'ailleurs répondit à l'éloquence indignée de Lysias. Au témoignage de Diodore \ malgré les efforts des magistrats, on pilla ces tentes éblouissantes d'or et de pourpre; les chars du tyran furent honteusement vaincus ou bien renversés et mis en pièces-, et ses poésies, malgré l'habileté des lecteurs et des choristes, furent accueillies par des huées ou par des rires insultants^. Diodore nous dépeint encore la douleur et la rage du tyran en recevant ces nouvelles et le redoublement de ses fureurs. Ne pouvant se venger sur les coupables, il s'acharna sur ceux qui Tentouraient et même sur ses meilleurs amis* .

Au moment où Lysias obtenait ce grand triomphe oratoire, la puissance macédonienne n'était pas encore menaçante; nul ne pouvait donner l'alarme. Démosthène le fera plus tard avec une éloquence bien supérieure, mais dont celle-ci est comme le prélude.

L'émule de Lysias, Isocrate, dont nous allons maintenant retracer la longue existence et apprécier le talent, ne s'est jamais élevé à cette hauteur et n'a jamais été animé d'un souffle aussi puissant.

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