‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 133 sur 267 · fr · texte numérisé non relu

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éclata le coup de foudre d'Élatée (338), suivi bientôt du désastre de Ghéronée. Le jour même où Démosthène prononçait, au nom de la république, l'oraison funèbre des citoyens tombés dans la bataille, Isocrate expirait, âgé de plus de quatre-vingt-dix-huit ans. On a dit qu'il s'élait laissé mourir de faim : la confusion, le remords, la douleur suffisent, avec son grand âge, pour expliquer sa mort, sans qu'on ait besoin de recourir à cette légende.

Les observations qui accompagnent la biographie d'Isocrate ont fait connaître l'auteur en même temps que l'homme, et la revue de la plupart de ses ouvrages nous a mené partout à la même conclusion. Quoiqu'il s'en défende, il n'a été qu'un rhéteur, et ses belles prédications morales n'ont été en somme que de l'éloquence de parade. Son véritable titre aux yeux d'Athènes, amoureuse de beau langage, celui qui explique le long engouement de ses contemporains, c'est l'exquise perfection qu'il a donnée à la prose. A la propriété et à la précision délicate des mots, à la justesse lumineuse des antithèses, à la richesse des images, il joint l'art exquis et l'harmonie enchanteresse des périodes. Sa prose enlevait les applaudissements comme de beaux vers. La science de la phrase ne sera pas poussée plus loin. Eschine, Hypéride, Démosthène ne feront que se modeler sur Isocrate K Mais à cette musique délicieuse, à cette pureté et à cette grâce attique ils joindront la force, la véhémence, la passion. La perfection du style et la vigueur de la pensée seront complétées chez eux par la puissance de la voix et de l'action : ils remueront des assemblées par leur éloquence, ils seront de véritables orateurs.

1 . Pour l'appréciation du talent d'Isocrate, voir la belle Étude de M. Havet, publiée comme introduction aM.Discours d Isocrate sur lui-même {Antidosis)^ traduit purAug. Cartelier.

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Isée. — Avant d'arriver i ces hommes dont le timide Isocrate envia les succès à la tribune, nous avons encore à parler d'Isée, maître do rhétorique, comme Lysias et Isocrate, comme eux auteur de plaidoyers laits sur commande, plus qu'eux encore étranger à la vie et aux débats politiques.

On sait peu de chose de la vie d'Isée. Né à Chalcis, peut-être d'une famille athénienne établie en Kubée, il vécut à Athènes et l'ut élève d'Isocrate et contemporain des événements qui remplissent la période entre le traité d'Antalcidas et l'asservissement de la Grèce par Philippe. 11 eut son école, il rédigea son manuel de rhétorique ;. mais, suivant le principal biographe des orateurs attiques ', il abandonna ses élèves pour se consacrer aux études du seul Démosthène. On raconte que ses leçons furent désintéressées. Si la légende est fausse, elle prouve l'opinion qu'avaient les anciens sur les rapports affectueux du maître et de l'élève. Ce serait Isée qui aurait aussi composé les plaidoyers du jeune orphelin contre ses tuteurs. On peut croire du moins qu'il le conseilla et l'aida dans ce travail.

Gomme rédacteur de plaidoyers, Isée s'est toujours renfermé dans les affaires civiles, et, parmi celles-ci, il semble avoir traité spécialement les contestations d'héritages. Sur cinquante discours authentiques que l'on avait de lui, nous possédons onze plaidoyers entiers et des fragments d'une quarantaine d'autres. Ils sont curieux pour l'étude des institutions civiles d'Athènes, et un historien du droit chez les Athéniens y trouverait de précieux renseignements. A n'y rechercher que le talent de l'écrivain, on y remarque beaucoup d'habileté, de finesse, un raisonnement fort, l'art de grouper les preuves et d'en faire ainsi un

l. V/^s des Dix orateurs:.

faisceau puissant. Les anciens disaient qu'il avait le premier employé les figures de pensées, ce que Cicéron appelle Jeu gestes, la physionomie de l'éloquence. On trouve en ed'etcbez lui un fréquent usage de l'interrogation, de l'apostrophe, de l'ironie, de tous ces mouvements oratoires qui donnent au discours du caractère et de la véhémence. Il avait reçu de son maître Isocrate la pureté de la langue, l'art de choisir et de placer les mots, la science de la construction, avec des périodes moins complaisamment balancées que celles de l'auteur du Panégyrique', il a eu sur lui l'avantage de la vivacité et du mouvement. Toutes ces qualités, Démosthène, dans ses plaidoyers civils oii l'on sent l'influence du maître, et surtout dans ses harangues politiques, les portera au plus haut degré : il les associera, les fondra au point de réaliser l'idéal de l'éloquence.

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