‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 137 sur 267 · Ch. 8i · texte numérisé non relu

Ch. 8i

un programme officiel, à r.emonter aux origines mêmes et aux vieilles légendes d'Athènes, à passer en revue tous ses héros et ses guerres depuis Thésée jusqu'à la lutte contre les Barbares, ils ne pouvaient même compenser la banalité de ces éloges rebattus en présentant à leurs auditeurs des figures contemporaines. Ils ne traçaient pas, comme Bossuet le fera pour un Condé, les portraits des illustres d'entre les morts dont la république célébrait les funérailles. L'humeur jalouse de la démocratie athénienne n'accordait pas une telle distinction même à des hommes dont la supériorité ne pouvait plus être dangereuse : l'orateur devait rester dans des généralités; aucun nom n'était prononcé. Hypéride, par un privilège presque unique, put nommer et célébrer le général à qui Athènes devait les derniers rayons de sa gloire militaire, il put faire revivre sa figure, il put retracer les péripéties de cette guerre qui, par le théâtre des événements, par la nature des ennemis, plus barbares que Grecs, réveillait les souvenirs les plus glorieux du passé. La Béotie, les Thermopyles, n'ont-ils pas été les témoins des victoires de Léosthène et de la confusion du Macédonien Antipater ? De là une sève toute nouvelle et une fraîcheur de jeunesse qu'avaient perdues depuis longtemps ces oraisons si monotones dans leur retour presque annuel. Périclès n'aurait pu parler des généraux de la guerre du Péloponèse comme Hypéride p'arlait de Léosthène :

S'apercevant qu'il fallait à Athènes un homme et à la Grèce une ville qui pût se mettre à la tète du mouvement, il s'est donné à sa patrie et a donné sa patrie à la Grèce pour marcher ù la liberté.

Il n'aurait pu retracer avec la précision de l'historien et l'enthousiasme du panégyriste tous les combats

dont les morts qu'on honorait avaient payé la gloire pailcur sang. Jamais non plus I<;s oratfMirs du temps passé n'auraient pu transporter dans les Champs- Elysées l'imagination de leurs auditeurs, et leur montrer les héros de l'ancienne Athènes accueillant avec éloge les dignes héritiers de leur courage et de leurs hauts faits :

No nous figurons-nous pas Lôosthèno roçuavor; hienvr'illfinrf et admiration par la foule flos héros qui mirclièront contre Troie? S^s actions sont sœurs de leurs actions, et il a même une supériorité sur eux : tandis qu'avec toute la On"*oe ils ont pris une seule ville, lui, avec sa patrie seule, il a humilié toute cette puissance qui commande à l'Europe et à l'Asie. C'est de l'injure d'une seule femme que ceux-là furent les vengeurs; les outrages qu'il a empêchés menaçaient toutes les Grecques. Voilà ce que Léosthène a fait avec If concours df ces hommes qui partagent aujourd'hui sa sépulture, et qui, venus après les guerriers déjà étr-ndus dans ce monument, se sont montrés leurs dignes successeurs par les exploits qu'ils ont accomplis : je veux parler de Miltiade, de Thémistocio et de tous les autres qui en délivrant la Gréée ont rendu leur patrie glorieuse et leur propre vie diustre.... S'il en est dont ils aiment à 's'approcher dans les enfers, ce sont Léosthène et les compagnons de ses luttes. Rien de plus juste ; car les actions que ceux-ci viennent d'accomplir ne sont pas inférieures, elles sont même, s'il faut le dire, plus grandes ; ce ne sont pas seulement les tyrans de la patrie qu'ils ont renversés, ce sont les tyrans de toute la Grèce.

Comme le remarque le critique auquel nous avons emprunté cette traduction \ la rhétorique se laisse sentir dans ces rapprochements ; mais l'heureux tableau imaginé par Hypéride atténue ce que le ton a d'un peu déclamatoire. Puis où les développements de rhétorique auraient-ils leur place légitime, si ce n'est dans une oraison funèbre?

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