‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 148 sur 267 · Voir notre Recueil · texte numérisé non relu

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M\'2 HISTOIUK fJi: LA LITTÉU.\Ti:f\E (GRECQUE

auni-L-ellc aussi prri ? l'ourun monaorif, suivez-moi par la pnnsôc liors fie ce Irihunal, au t,li(''âlrr', et, irna^'inez-vous que le héraut s'avance et que la proclamation va se l'aire aux termes (lu décret, et (lernaridez-vous si vraiment les parents des morts verseront plus rie larmes sur les malheurs des héros de tragédie (jui seront ensuite représentés, que sur l'ingratitude d<' la patrie!...

C'est encore à Démosthùne et à la malédiction qui pèse sur lui qu'il impute le sac de Thèbes :

Représentez-vous la prise de la ville, la ruine des remparts, l'incendie des maisons, les femmes et les enfants emmenés en esclavage, des vieillards, de pauvres vieilles désapprenant si tard la liberté, qui pleurent, qui vous supplient, irrités non contre ceux qui les ont frappés, mais contre les vrais auteurs de leurs maux, qui vous pressent de ne couronner à aucun prix le tléau maudit de la Grèce, mais de redouter pour vous le génie et la fortune qui l'accompagnent partout.

Ces déclamations brillantes, un morceau célèbre sur l'abus des récompenses publiques, une péroraison solennelle qui n'est gucre qu'un beau morceau de rhétorique, montrent l'art consommé de l'orateur; elles n'ont pas cette simplicité forte et grande, cette puissance d'accent, ce pathétique poignant qui sont répandus dans tout le discours de Démosthène.

La réponse de Ctésiphon ne nous est pas connue. Sans doute elle fut très courte. Démosthène, malgré la prétention de son adversaire de lui imposer un certain ordre de défense, évita de commencer par la discussion légale et fit porter toute la force de son discours sur ces deux points, où sa justification est admirable, la nécessité de résister à Philippe, l'excellence des mesures prises parlui, surtout après Élatée. Eschine avait dit : a Tu as été le fléau d'Athènes et de la Grèce. » Démosthène put répondre : « Je les aurais

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sauvées sans toi et tes pareils! » Cette réplique éloquente résume tout son discours. Le patriotisme est l'âme de sa défense, et les Athéniens montrèrent qu'ils savaient encore en comprendre les accents, car le verdict fut une victoire éclatante pour l'accusé, un échec honteux pour l'accusateur : il n'obtenait pas même le cinquième des suffrages.

Exil d'Eschine. Dernières années de sa vie. Juge ment général. — L'amende de mille drachmes à laquelle il était condamné était peu de chose; ce n'est pas pour y échapper qu'il s'exila. Mais sans doute il voulait dérober à ses concitoyens le spectacle de sa confusion, il voulait échapper à celui du triomphe de son adversaire, qui, très probablement, après l'issue de ce procès, reçut solennellement la couronne d'or. Eschine se rendit en Asie Mineure, et fit plusieurs séjours à Éphèse, en Carie, à Rhodes. Suivant une anecdote fort suspecte comme tous les récits de ce genre, il lut devant les Rhodiens son discours et celui de Démosthène. On applaudit l'accusation, mais la défense excita des transports : « Que serait-ce, s'écria Eschine, si vous aviez entendu le monstre lui-même! » Une autre tradition, d'après laquelle il aurait ouvert à Rhodes une école de rhétorique, paraît aussi peu fondée. On dit qu'il s'établit définitivement à Samos et qu'il y mourut en 313, âgé de soixante-quinze ans.

En appréciant les trois discours qui nous sont restés de lui, nous avons indiqué les principaux caractères de son éloquence, large, riche, brillante; ses plans sont bien conçus, ses raisonnements bien liés, ses narrations abondantes et dramatiques, ses péroraisons pleines d'un pathétique où Ton sent les recettes de l'art plus que l'émotion vraie et partie du cœur. Il n'a rien de la force, de la rapidité et de la flamme de Démosthène, il ne tonne pas, il ne foudroie pas

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comme son rival, ce n'est pas un raisonnement serré et pressant qui ne nous laisse pas respirer ; ce n'est pas un torrent qui entraîne tout. Toujours chez lui l'art est transparent ; chez Démosthène, on ne voit que la patrie et Philippe '.

Quant au rôle poHtique d'Kschine, nous l'avons jugé en racontant son histoire. Ceux mômes qui ne veulent pas admettre qu'il a été vendu à Philippe, qu'il a servi par vénalité tous les intérêts du roi de Macédoine, condamnent du moins avec sévérité son aveuglement, sa confiance naïve et obstinée dans la modération et la sincérité du roi vainqueur, ce fanatisme inintelligent qui a déchaîné sur sa patrie le fléau d'une guerre religieuse. Mais il est difficile de croire à tant d'aveuglement, et, quand on le voit, même après Ghéronée, étaler sa sympathie pour la Macédoine, affecter une sérénité hautaine, un mépris insultant pour son adversaire, on repasse tous les incidents de sa vie pohtique, on songe aux domaines dont il jouit toujours paisiblement dans le pays du maître, et on est tenté de reprendre ce cri du peuple athénien et de tous les Hellènes rassemblés dans la place HéUée : Mercenaire ! mercenaire !

Affaire d'Harpale. —Six ans après le départ de son rival, Démosthène connut aussi les douleurs de l'exil. Harpale, gouverneur de Babylone pendant l'expédition d'Alexandre dans l'Inde, avait commis de nombreuses concussions et prodigué en fêtes somptueuses l'or du conquérant. A la nouvelle du retour du roi, il s'enfuit et vint débarquer à Sunium avec cinq mille talents enlevés au trésor qui lui était confié, et avec une

1. Féiielon. Lettre sur les occupations de l'Académie française, 54. Premier dialogue sur l Eloquence. Voir nos Principes de concposition et de stijle, 6^ éditiou, page 124.

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armée de six mille mercenaires. Il s'était ménagé la bienveillance des Athéniens en leur envoyant à plusieurs reprises des provisions considérables de blé destinées à être distribuées au peuple. Sur l'énergique avis de Démosthène, Athènes lui ferma ses portes ; mais, quand il se présenta sans soldats, il fut admis. Ses largesses lui firent des partisans : ceux-ci poussaient le peuple à épouser sa cause ; d'autres plus honnêtes, mais égarés par un patriotisme mal compris, voulaient profiter de l'occasion pour une levée d'armes. Démosthène s'unit à Phocion, son adversaire politique^ pour combattre ces projets insensés ; cependant ni l'un ni l'autre ne jugèrent qu'on dût livrer aux ofliciers d'Alexandre celui que la république avait reçu comme hôte. Sur la proposition de Démosthène, Harpale fut arrêté et son or séquestré à TAcropole, jusqu'à l'arrivée d'un lieutenant d'Alexandre. Suivant sa déclaration, les valeurs qu'il avait apportées s'élevaient à sept cent vingt talents, c'est-à-dire plus de quatre millions K II faut sans doute faire entrer dans cette évaluation les vases, les coupes et autres objets précieux qui faisaient partie du butin d'Harpale. Démosthène fut un de ceux que l'on chargea de l'exécution de ces mesures. Or, peu de temps après son arrestation, Harpale s'évadait, et sur les sept cent vingt talents accusés par lui, les vérificateurs n'en trouvaient que trois cent cinquante. L'émotion fut vive, on cria à la corruption, les soupçons se portèrent sur tous les hommes politiques, sur tous les orateurs. Le parti macédonien cherchait depuis longtemps l'occasion d'exercer des représailles contre Démosthène ; le parti anti-macédonien n'était pas beaucoup mieux disposé, il en voulait au grand orateur de saprudence, de son opposition aux mesures extrêmes.

1. Eii.calculaiit la valeur a 5,560 fr. 'JOV/sept cent viiiiit talents l'ont un total de 4,003,848 fr.

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Démoslhène avait comballu l'alliance d'Athènes avec Agis; il venait de faire repousser une entente avec Ilarpale, de concert avec Phocion, il avait provoqué son arrestation. En outre, en ce moment nriên^ie, au sujet des honneurs divins que demandait Alexandre, il s'était montré d'abord hostile à la proposition, puis, à en juger par unfragment d'Hypéride, voulant sans doute calmer la colère du roi fort irrité de l'aifaire d'Harpale, il s'était rallié au conseil de Démade qui disait : « Pendant que les Athéniens veulent défendre le ciel, qu'ils ne s'exposent pas à perdre la terre! » et il avait été favorable aux concessions. Enfin il venait d'être nommé par le Sénat archithéore, c'est-à-dire chef de la légation athénienne à la grande fête olympique qui se célébrait cette année même (324). Or, Alexandre avait envoyé à Olympie un de ses lieutenants, Nicanor, avec un rescrit qui imposait à toutes les cités grecques le rappel de leurs exilés. Démosthène, choisi apparemment en raison de cette affaire grave, pour laquelle le sénat comptait sur son habileté et son éloquence, essaya sans doute de négocier avec Nicanor, et d'obtenir l'adoucissement d'une mesure qui devait ramener dans les villes grecques les plus ardents ennemis de leur indépendance. 11 est certain qu'il n'obtint aucune concession, car Antipater reçut l'ordre d'assurer par la force l'exécution des volontés du roi. Or Dinarque exploita contre Démosthène ces négociations inutiles, il l'accusa dans son discours d'avoir accompagné publiquement Nicanor, d'avoir eu avec lui des entretiens familiers'. Dans l'intérêt même d'Athènes et de l'affaire des exilés, il fallait bien que Démoslhène conférât avec Nicanor. Loin de mériter les noms de parjure et de traître, il montra noblement à Olympie

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