‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 151 sur 267 · Descriplion de la Grèce, II · texte numérisé non relu

Descriplion de la Grèce, II

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prétenrlfMil, qu'il l'iiL nssassiiK; traîtreusfment par un homrne rie Macôdoinf, appela l'aiis.'uiias. Quant à rinlori'hirjt rJe ses bir'MS, qui H'<''tait réfu^'-ic'' à Hlio(lf;s, il lui saisi par le Macédonien lMiilox('ne, relui qui avait réclamé aux Athéniens ce rnôme llarpale. Ayant en ses mains (;et esclave, il le mit à la question, jusqu'à ce que l'inlormation l'ùt complète sur tous ceux qui avaient eu quelque part aux trésors d'Harpale; une fois renseif^né, il envoya à Athènes la liste des noms. Or, dans cette liste où il ènunièrait et les hommes qui avai«'nt reçu de l'argent d'Harpale, et la somme qu(ï chacun d'eux avait rer^ue, il ne fit même pas mention de iJèmosthèfie, bien que celui-ci l'ût entre tous odieux à Alexandre et que l'hiloxène lui-rnèmf eût contre l'orateur des griefs personnels.

Il est donc bien prouvé que Démosthène n'a rien reçu directement d'Harpale. Même si l'on admet les conclusions encore douteuses de M. Cartault, il n'y arien dans cette explication qui entache Thonneur du grand citoyen, si souvent calomnié sur la foi du léger Plutarque. Il est consolant d'avoir la certitude qu'un homme si grand par le génie a été grand aussi par le caractère, et que son cœur valait son esprit.

Guerre Lamiaque. Mort de Démosthène. — Sans doute, Démosthène servit encore ardemment son pays dans cette guerre Lamiaque, dont les heureux débuts donnèrent aux Grecs tant d'espérances. Mais la mort de Léosthène perdit tout. Le général Antiphile, qu'on eut le tort de préférer à Phocion, n'était pas capable de lutter contre Antipater. Déjà battus deux fois par Clitus dans des combats de mer, les Athéniens et leurs alliés furent défaits sur terre à Cranon (août 332). Toutes les cités se détachèrent de la ligue et firent leur soumission. Antipater marcha sur Athènes : en vain Phocion et Démade essayèrent de fléchir le brutal soldat, qui n'avait rien de la générosité d'Alexandre. Athènes dut se remettre à la merci du vainqueur ;

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elle s'engagea à payer une somme égale aux frais de la guerre , à livrer Démosthène, Hypéride et sans doute deux autres orateurs du parti national, à recevoir garnison dans Munychie, à renoncer à sa constitution démocratique, à consentir à la déportation des familles pauvres qui reçurent des terres en Thrace, en lllyrie, en I talie et en Afrique. Douze mille citoyens, sur vingt-un mille dont se composait la république d'Athènes, subirent ce triste sort.

Nous avons raconté déjà la mort d'Hypéride. Démosthène, réfugié à Galaurie, dans le temple de Neptune, y fut poursuivi par Archias, « le chasseur de fugitifs, » comme l'appelèrent ses contemporains. On sait comment il échappa au limier d'Antipater ; il avala lepoison qu'il portait soit dans un anneau, soitdansun sachet de toile, soit dans son stylet. « 0 Neptune, s'écria-t-il, Antipaler et les Macédoniens n'ont pas respecté même ton sanctuaire ! » Et il expira au pied de l'autel (10 novembre 322). (lavait plus de soixantedeux ans.

Quelques lignes suffiront pour résumer le jugement que nous avons porté déjà sur sa vie, sur son rôle politique, sur son génie oratoire. Nous avons vengé son caractère des graves imputations propagées par le témoignage irréfléchi de Plutarque. Quant à l'unité de sa vie politique, nul ne saurait la contester. Dès son début, à trente ans, dans la première Philippique^ il traçait nettement son programme, et jamais il ne s'en est écarté. Il a dénoncé fermement à ses concitoyens le danger qui menaçait l'indépendance grecque : il n'a rien épargné pour ouvrir lesyeuxaux aveugles, pourréveiller les indolents, pour mettre les hommes honnêtes en garde contre les traîtres. En faisant mesurer à ses concitoyens toute l'étendue du mal, il n'a jamais cessé d'indiquer les remèdes, c'est-à-dire les contributions et le service personnel, la surveillance des magistrats

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et des généraux, l'application des fonds des spectacles aux frais de la guerre. Jamais la prévoyance, la mesure, la prudence, l'esprit pratique, n'ont été plus constamment unis à l'ardeur du patriotisme. I/historien Grote^ remarque avec raison que la politique des Périclès, des Agésilas, des Epaminondas a été plutôt athénienne, Spartiate, thébaine qu'hellénique. Démosthène, plus généreux et plus large, est le champion de rindépendance générale; il nous ramène au temps des guerres médiques et à ces héros qu'il invoque dans le beau serment du Discours sur la Couronne. Et ce n'est pas seulement par ses conseils et par sa parole qu'il a servi la Grèce : nous avons énuméré ses démarches, ses négociations, ses ambassades, Tactivité qu'il a déployée, les sacrifices d'argent devant lesquels il n'a jamais reculé. Son éloquence est l'image de sa vie et de son âme, simple, précise, pleine, forte autant que grande et véhémente. Ses œuvres, préparées par les fortes études de sa jeunesse, mûries par un travail de tous les instants, ont cette solidité qui défie le temps, cette perfection qui en a fait le modèle de tous les orateurs de Rome, de tous les maîtres de la tribune dans tous les pays et surtout dans la libre Angleterre. Chez nous, elles charment, elles remuent, elles ravissent encore ceux qui ont le privilège, hélas ! trop rare, de les lire dans le texte, et ils en reviennent toujours au jugement de Fénelon, à celui de La Fontaine dont nous avons déjà cité la fin :

L'ennemi de Philippe est semblable au tonnerre ;

Il frappe, il surprend, il atterre; Cet homme et la raison, à mon sens, ne font qu'un.

Démade. — Nous avons rencontré bien des fois, en

1. H/st. de la Grèce, tome XTX, ch. I. p. 65 de la traduction française de M. de Sadous.

faisant Phistoire d'Eschiiie et de Démosthène, les noms de Démade et de Phocion, l'un et l'autre engagés jusqu'au bout dans le parti de la paix, mais bien différents pour le caractère.

Au rapport du scholiaste de Démosthène, Démade était fils d'un matelot. Son éducation fut très négligée; il déclarait lui-même qu'il n'avait pas étudié dans les écoles, et que « la tribune avait été son maître K » Fort pauvre lorsqu'il aborda les affaires publiques, et vivant au jour le jour, il arriva par les moyens les moins honorables à une grande opulence et put satisfaire son goût pour les plus grossiers plaisirs.

Un jour, il offrait son concours à Phocion pour faire adopter aux Athéniens la constitution spartiate. « En vérité, lui répondit Phocion, il te siérait bien à toi qui exhales l'odeur des parfums et qui portes cette riche chlamyde de prêcher aux Athéniens les repas publics de Sparte et de célébrer Lycurgue^. » 11 aurait pu lui reprocher aussi ses débauches. Un orateur du temps, Pythéas, disait : « Voyez nos démagogues d'aujourd'hui, Démosthène et Démade, quelle opposition dans leur genre de vie ! L'un boit de l'eau et travaille, diton, même la nuit ; l'autre se livre aux désordres, s'enivre chaque jour, et roule à l'assemblée son corps ventrue » Quant à sa vénalité, on en rencontre partout les témoignagnes. Antipater disait : « J'ai deux amis à Athènes, Phocion et Démade ; jamais je n'ai pu décider le premier à rien recevoir, jamais mes présents n'ont pu assouvir le second ^ » Dénoncé par l'Aréopage comme ayant reçu d'Harpale six mille statères d'or (111, 240 fr.) il déclara, à propos de ce pro-

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