‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 157 sur 267 · Disc, aur l'Histoire universelle, III^ partie, ch. vi · texte numérisé non relu

Disc, aur l'Histoire universelle, III^ partie, ch. vi

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serrée el sobre;, sa logique vigoureuse. Dérnosthène rappelait « la hache de ses discours. » L'orateur Polyeucle disait que Déiriosthène était un très grand orateur, mais que Phocion avait une grande puissance de parole, car ses discours renfermaient an très peu de mots beaucoup de sens'. Élève do Platon et de Xénocrate, il dédaignait les artifices de la rhétorique. Quand le peuple l'avait applaudi, il demandait ; "Ai-je dit quelque sottise ? » Gomme Démade, il n'a jamais écrit ses discours; mais de lui aussi il est resté beaucoup de mots humoristiques que nous connaissons par son biographe Plutarque. Le méprisable Charès raillait les terribles sourcils de l'austère magistrat. Le peuple se prit à rire.

Cependant, répliqua Phocion, jamais ces sourcils m* vuiir^ ont fait de mal. Mais les mots piquants de ces rieurs ont coûté souvent bien des larmes à notre ville.

Un jour ce Polyeucle, que nous avons déjà cité plusieurs fois, haranguait le peuple pour lui persuader d'entreprendre la guerre contre Philippe. La chaleur était grande ; l'orateur, gros et gras, était hors d'haleine :

Athéniens, ditulurs Phocion, il est vraiment bien juste que, sur la parole de cet honnête homme, vous fassiez la guerre à Philippe, car que nedevez-vouspaspenser qu'ilfera, le harnais surle <los, quand les ennemis seront proches, lui f|ui, pour dire seulement en votre présence ce qu'il a préparé tout à son aise, se voit à tout moment sur le point d'être suffoqué?

Malheur à ceux qui, comme Polyeucte, s'exposaient à sa terrible censure ! On avait envoyé au secours de

l. Plutarque. Morales, ^ 803,

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Byzanco ce Gharès, décrié pour ses brigandages, craint des alliés, méprisé des ennemis. Les villes lui avaient fermé leurs portes, et le peuple s'indignait. Phocion se leva.

Il lit' faut point, dit-ii, être en colère contre les alliés (|ui se détient, niais contre les généraux qui donnent lieu à cette détifince. Ce sont eux qui nous rendent odieux et formidables même à ceux qui ne sauraient se sauvei' sans votre socours.

Un autre jour on l'attaquait à l'assemblée pour sa politique pacifique :

Oses-tu bien, Phocion, détourner les Athéniens de la guerre, quand ils ont déjà les armes à la main? — Oui, sans doute, je l'ose, et cela quoique je sache fort bien que, si l'on fait la guerre, je te commanderai, et que, si Ton reste en paix, tu me commanderas.

On voulait refuser au roi Alexandre les galères qu'il demandait :

Mon avis, dit Phocion, est que vous soyez les ])lus forts par les armes, ou les amis de ceux qui le sont.

Il ferma ainsi la bouche à un orateur insolent et mercenaire, Pythéas :

Ne veux-tu"point te taire, toi nouvellement acheté dans cette ville?

La même défiance de ses compatriotes lui faisait répondre à Hypéride qui lui demandait quand il conseillerait aux Athéniens la guerre :

Ce, sera ([uaiid j(3 verrai les jeunes gens rester termes à

i70 JIISTOIIU-: Di: la LITTKRATLHE liRECQUE

leur poste, les riches contribuer selon !';nr lnrtiino, les orateurs'abstenir de voler les deniers publics.

Et il s'écriait au milieu d'une expédition mal entre prise et mal conduite :

0 Hercule, combien je vois ici de capltuines et combien peu de soldats 1

La vie si pure de Phocion, son indépendance à l'égard des vainqueurs, les grands services qu'il avait rendus ne le préservèrent pas d'une triste mort. Après la guerre Lamiaque, il fut placé à la tète du gouvernement aristocratique d'Athènes, il accepta sans doute par patriotisme cette tâche ingrate et difficile. Il en fut victime; ayant encouru la colère de Polysperchon, qui avait succédé à la puissance militaire d'Antipater, il fut accusé de trahison devant le peuple et condamné à boire la ciguë. En mourant, il recommandait à son fils de ne jamais se rappeler les injustices des Athéniens (317). Il avait alors près de quatre vingt-trois ans. Ainsi le défenseur honnête et convaincu de la paix n'était pas mieux traité que les partisans acharnés de la guerre; comme Hypéride et Démosthène, Phocion mourait violemment, et lui aussi était victime de ces Macédoniens contre lesquels il avait jugé la lutte impossible, et dont il avait, avec désintéressement et par une conviction sérieuse, soutenu la cause.

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