‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 160 sur 267 · Platon. Ibidem · texte numérisé non relu

Platon. Ibidem

HISTOIRE DE LA L1TTH']RATI]RE fiRECQUE 4/i

restauration de la démocratie. Déjà, en parlant des orateurs attiques, nous avons apprécié ce mouvement d'opinion très défavorable aux rhéteurs, aux philosophes, à tous ceux que Ton regardait comme les adeptes des idées nouvelles et comme les ennemis de la religion hellénique. Socrate, maître de Critias et de Théramène, ne pouvait échapper aux accusations. Nous connaissons par ses disciples Xénophon et Platon et surtout par trois beaux et dramatiques dialogues de ce dernier, V Apologie, le Criton et lePhédon, la magnanimité du sage qui, jusqu'à la fin, resta conséquent avec lui-même. Il refusa, nous l'avons vu, la défense que Lysias avait composée pour lui. Au lieu de s'abaisser aux prières et aux larmes, il parla de sa vie avec une noble fierté. On lui demandait de fixer sa peine:

— Attendu, répondit-il, que, pendant (luarante ans, j'ai négligé le soin de ma fortune, renoncé à toutes les dignités publiques, pour me consacrer à instruire la jeunesse et à vous rendre vous-mêmes plus sages, plus vertueux, plus attachés à votre patrie, je demande à être nourri aux frais de l'État dans le Prytanée, récompense qui m'appartient à meilleur droit (ju'aux vainqueurs des jeux Olympiques V

Cette réponse excita la colère des juges ; il fut condamné à mort, et il attendit pendant un mois, pour l'exécution de la sentence, le retour de la galère envoyée aux fêtes d'Apollon à Délos. Son disciple Criton avait gagné le geôlier, et suppliait le condamné d'épargner un crime à Athènes en consentant à sortir de sa prison. Rien n'est plus connu que la simple et noble réponse de Socrate, et que cette éloquente pro-

Page 1