‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 161 sur 267 · Pl.-tloii. Apologie <lt' Sor}-n1i\ cli · texte numérisé non relu

Pl.-tloii. Apologie <lt' Sor}-n1i\ cli

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sopopôe des Lois, qui est reproduite dans notre Ueciniil (/'extraits. Nous citons aussi les ^'randos scènes du

Cette mort calme, sereine, souriante, précédée de sublinnes entretiens sur les destinées immortelles de son âme, qui bientôt sera dégagée des liens du corps, nous pénètre d'une douce et bienfaisante émotion. Dans l'bistoire de l'humanité, une seule mort est plus touchante et plus sublime, parce que le sacrifice y est aggravé par le déchaînement des haines, des outrages et des plus horribles souffrances, c'est l'agonie de Jésus-Christ sur la croix. Socrate est entouré de ses élèves qui l'aiment et qui pleurent; le geôlier qui lui apporte la ciguë se détourne pour cacher ses larmes. Le Christ est outragé, soulfleté, conspué ; les défaillances de ses disciples ajoutent aux déchirements de son cœur et aux amertumes de sa Passion. Cependant sa douceur est ineffable ; pas une plainte ne sort de sa bouche, et ses dernières paroles sont une prière en faveur de ses bourreaux : « Mon Dieu, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font. » On excusera ce rapprochementinévitable. Quand on lit, chez Xénophon et chez Platon, la vie et la mort de Socrate, on pense à la vie et à la mort de Jésus-Christ. Que de rapports dans la physionomie, dans la prédication, dans la simplicité populaire du sage et du Dieu ! Mais un trait particulier distingue le héros de l'Évangile, c'est la bonté. Socrate raille quelquefois ; il y a dans son ironie une pointe de malice qui peut blesser ses auditeurs : tout dans le langage du Christ est effusion, tendresse, amour. Il appelle à lui les petits enfants ; il ne repousse pas le Samaritain, la femme adultère ; ses amis sont les humbles, les ignorants, les pauvres, les affligés, tous les déshérités de ce monde. On aime, on respecte le Socrate des Mémoires et des Dialogues de Platon ; on ira toujours chercher dans l'Evangile la consolation

de tous les malheurs, le baume de toutes les souffrances.

Xénophon. - Des deux disciples de Socrate qui ont perpétué par leurs ouvrages les souvenirs de sa vie et de ses doctrines, l'un Xénophon, caractère honnête, esprit cultivé, mais ordinaire, s'est sans doute tenu plus près que Platon du vrai Socrate. Il a raconté naïvement tout ce qu'il a recueilli de la bouche de son maître, non peut-être sans Tavoir quelquefois un peu affaibli. Mais Platon, génie supérieur, au vol puissant et hardi, a bien certainement idéalisé Socrate, sous le nom duquel il a publié tous ses écrits. Socrate luimême en jugeait ainsi : « Que de choses ce jeune homme méfait dire, auxquelles je n'ai jamais pensé! ^^ Nous aurons donc, en étudiant Platon, à faire la part de ce qui vient de son maître et de ce qui lui appartient en propre danssaphilosophie. Quant à Xénophon, qui est plutôt un historien et un moraliste qu'un philosophe, les œuvres dont nous allons parler ont avant tout un intérêt biographique. Il n'y faudrait point chercher la grandeur et les spéculations profondes et neuves du fondateur de l'Académie.

Les Mémoires sur Socrate.— Le plus intéressant des ouvrages de Xénophon, après VAnabase, c'est le livre des Souvenirs ou Mémoires sur Socrate^ qu'il composa sans doute à Scillonte. Son but était de combattre les préjugés répandus contre le sage, de réfuter les deux accusations d'Anytus, Mélitus et Lycon, et de faire connaître les principales idées de Socrate sur Dieu et la Providence, sur les devoirs de l'homme envers Thomme, envers la société, envers la famille, envers la patrie, sur la nature du bon et du beau, du juste et de l'injuste. Tels sont les principaux sujets qui remplissent les quatre livres, des

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Ménudres. Il laut y joindre quelques aperçus in^^énieux sur les arts, une dissertation sur lo génie d^î Socrate, et un récit de sa nnort, suivi d'une simple et touchante conclusion. Nous donnons dans notre IterrueH plusieurs extraits de cet aimable ouvrage, où l'écrivain a répandu tout son cœur. Il a fait mieux que jusLifiPi Socrate, il l'a fait aimer.

Nous avons dit que V Apologie est une composition médiocre, peut-être apocryphe, peut-être écrite à la hâte au lendemain dq la condamnation do Socrate. Nous ne reviendrons pas sur le traité d'économie do mestique ou Economiquo ni sur d'autres dissertations intéressantes, dont nous avons fait connaître le sujet en retraçant la vie de Xénophon.

La Cyropédie. — La Cyropédic a beaucoup plus d'importance. Cet ouvrage, dont letitrene désigne que le commencement {Education de Cyrus), est un roman philosophique, comme le Télémaque de Fénelon et \ Emile de Rousseau. C'est peut-être de tous les écrits de Xénophon celui qui fait le mieuxjuger son caractère, ses sentiments affectueux, ses idées morales et religieuses, ses préférences politiques, ses goûts militaires ; c'est là aussi qu'il faut chercher l'expression la plus complète et la plus exquise de ses qualités d'écrivain et de narrateur.

La Cyropédio embrasse l'histoire entière du grand Cyrus depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Mais l'objet de Xénophon n'était pas de faire un exposé exact des événements déjà racontés par Hérodote, et de nous donner un portrait fidèle du célèbre conquérant. Il a voulu tracer dans son Cyrus l'idéal des souverains, et dans la monarchie des Perses, telle qu'il la présente, le modèle des gouvernements. C'est le sens et la clef de ce livre, et, pour conformer son héros au type qu'il avait conçu, Xénophon a choisi.

parmi les traditions très diverses relatives à Gyrus, les plus favorables au caractère du prince, de même qu'il a plus d'une fois modifié à dessein les événements les mieux constatés de son règne.

Rien n'est plus connu dans l'histoire d'Hérodote que les circonstances merveilleuses de l'enfance et de la reconnaissance du jeune Cyrus, et comment, sur rappel d'Harpage, il vient attaquer son grand-père et le renverse du trône. Le récit de Xénophon est tout difïerent : Cyrus est élevé à la cour d'Astyage, qui s'intéresse à l'éducation de son petil-fils et à sa précoce sagesse. A la mort d'Astyage, c'est son fils Cyaxare II qui lui succède, et Cyrus remporte ses premières victoires comme généralissime de son oncle, qu'il remplace ensuite sur le trône à titre d'héritier légitime. On sait aussi comment Hérodote raconte la mort de Cyrus, tué dans une expédition contre les Massagètes. La reine Tomyris, dont le fils avait péri, plongea la tête du conquérant dans une outre pleine de sang, en s'écriant : « Je t'assouvirai de sang, comme je te Tai promis ' ! » Hérodote avertit lui-même le lecteur qu'il y a plusieurs traditions sur la mort de Cyrus et qu'il a choisi la plus vraisemblable. Suivant l'historien Ctésias, Cyrus mourut d'une blessure qu'il reçut en combattant les Derbikes, peuple voisin de l'Inde. Quant à Xénophon, il donne à son héros une mort digne de sa vie. Plein de jours et de gloire, averti par un songe qu'il ira bientôt rejoindre les dieux, il rassemble autour de son lit ses enfants et ses amis, et, avant de s'éteindre paisiblement, il leur donne, dans un langage digne de Socrate, de sages conseils de conduite, mêlés de grandes idées suf l'immortalité de l'âme.

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Jusqu'ici l'on peut dire, à la rif]^ueur, que Xénophon n'a pas alléré l'histoire ; il n'a fait que choisir entre plusieurs traditions celle qui convenait le mieux h l'objet de son ouvraj^^e. Ailleurs il commet de véritables erreurs, probablement volontaires, car ces événements étaient bien connus. C'est à Cyrus et non à Cambyse qu'il attribue la soumission de l'Ethiopie et de l'Egypte^ ; il ne parle du reste que très sommairement de ces dernières conquêtes. Partout, d'ailleurs, on voit qu'il s'occupe. médiocrement, de l'exactitude historique: il ne désigne pas les batailles, il ne tient aucun compte de la chronologie. 11 entend faire œuvre de philosophe, et non d'historien comme dans YAnabase et les Helléniques,

Ce caractère romanesque et moraliste éclate partout dans la Cyropédie, Le Cyrus de Xénophon est un idéal du bon roi : les traits de sa figure sont empruntés à l'ancien Cyrus, à Cyrus le Jeune dont Xénophon a beaucoup aimé les qualités brillantes et généreuses, et surtout à son héros de prédilection, Agésilas; ce sont les mêmes talents, les mêmes vertus militaires, c'est la même pureté morale, le même respect pour les dieux. Xénophon aime à créer des types, il est romancier dans la peinture et le groupement de ses personnages. « Tels sont Cyaxare,ou le roi jaloux de son général; Phéraulas, ou l'homme de basse naissance qui parvient à un rang élevé par son mérite et par son dévouement; Chrysante, ou l'homme de bons conseils ; Gadatas et Abradate, alliés fidèles et soldats courageux ; Panihée, femme d'Abradate, l'Andromaquedela Ci/7'opeû?ee;Tio:rane, un second Cyrus moins grand et moins glorieux; et ce sage Indien, maître de Tigrane, mis à mort injustement, qui est le

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