Livre II, chap. 6, page
Plus que devant autrui rougis devant loi-mcmc.
494 IlISTOIRi: Di: LA MTTÉRATLUE GRECQUK
Do tous les bions fie riiorrimn, rame est ce qui Je rapproche le plus des dieux ; c'est à la fois ce qu'il a de plus divin et de plus persotiiiel. Or il y a dans notre être deux parties bien distinctes, l'une plus élevée, meilleure, qui commande, l'autre plus basse, plus grossière, qui est esclave. Il faut donc que ce qui commundii soit honoré avant ce qui est es<,Iave. Ainsi quand je dis qu'après les dieux, maîtres et souverains, c'est notre àme qu'il lîiut honorer la première, j'établis un principe léfç^itime. Or cet honneur dû à l'Ame, aucun de nous, pour ainsi dire, ne le lui rend comme il convient; il croit seulement le faire. En elTet l'honnenr est un bien d'essence divine; dans le mal il n'est rien qu'on puisse honorer. Or celui qui croit honorer son àme par des connaissances ou par des richesses, ef qui ne travaille en rien à la rendre plus pure et mr-illeur»', s'imagine qu'il honore son àme; mais il n'en est rinn. Dès sa première enfance, l'homme se persuade qu^il rend un culte ci .son âme en la llattant, en lui rionnant toute lib»'rté puur satisfaire ses passions. Or ce que nous disons ici, c'est qu'en agissant ainsi, il nuit à son àme, il ne l'honore pas... Et encore, lorsque Thomme Jie veut pas se reconnaître comme coupable des fautes de chaque jour et de ses misères si nombreuses et si grandes, quand il en accuse les autres et se retranche toujours dans son innocence, il n'honore pas son àme, comm.e il se le persuade; non, il en est bien loin, il l'outrage. Et lorsque, malgré les ordres et les conseils des législateurs, il s'abandonne aux plaisirs, alors moins que jamais il honore son àme; il la déshonore en la chargeant de mauvaises passions et de remords '.
La même hauteur d'idées, la même éloquence se retrouvent dans les spéculations politiques. Notre Recueil en donne quelques exemples.
On n'a pas tout dit, quand on a signalé la grâce îneffable et le souffle élevé du style de Platon. Dans sa jeunesse, il avait rêvé la gloire du poète tragique. Ses dialogues prouvent qu'il en avait le génie. Ce sont de véritables compositions dramatiques ; rien