‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 167 sur 267 · Ibidem, liv. 1, ch · texte numérisé non relu

Ibidem, liv. 1, ch

HISIOIRE DE LA LITTÉRATURE liRECOUE oOo

Influence d'Aristote. — En effet, telle est la puissance du génie d'Aristote, que ses doctrines ont exercé, non seulementsurlarace hellénique etsurles Romains, héritiers et disciples de la Grèce, mais sur la société nouvelle, née du christianisme et de Pinvasion des barbares, une influence longtemps sans rivale. Après Théophraste, seul digne continuateur d'Aristote, son école ne se maintint pas à la hauteur où l'avaient portée ces deux grands esprits. Les péripatéticiens abandonnèrent la vraie science pour l'érudition, ils s'enfermèrent dans les détails, ou se réduisirent au rôle de commentateurs. Mais, au milieu du i^*" siècle avant J.-C, les œuvres du maître et celles de Théophraste, jusque-là négligées ou confisquées au profit des docteurs du péripatétisme, furent publiées avec un grand travail de revision par Andronicus de Rhodes. C'est à Sylla, le brutal vainqueur d'Athènes, que revient l'honneur d'avoir provoqué cette publication et d'avoir propagé à Rome les œuvres d'Aristote. De cette époque date une sorte de renaissance de la philosophie du Lycée. Elle ne cessa plus d'être enseignée et de fleurir jusqu'à la conquête des Turcs. Les Pères de l'Église y puisèrent beaucoup comme dans les doctrines de l'Académie. La secte desNestoriens introduisit les livres d'Aristote en Syrie et en Perse, et les Arabes les y trouvèrent pour les traduire et les répandre dans leurs écoles >. En Occident, l'autorité d'Aristote et surtout de sa logique ne fut pas moins souveraine. Dès le temps de Charlemagne, VOrganon servait de base à renseignement d'Alcuin. Toutes les écoles du moyen âge ont vécu sur ces théories et ces doctrines souvent altérées et dénaturées; car les principaux ouvrages d'Aristote n'étaient connus que par

1. Voir Renan, De philosopliia peripcdetica apud Syros, 1832.

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des iraduclions latines faites sur un texte arabe, traduit lui-niftme d'une traduction syriaque. Aristote fut le maître universel ; on jurait sur sa parole. « Luimôine l'a dit, » fut la [)hrase sacramentelle, l/insurrection ne commença qu'au xv* siècle, au moment où les livres de Platon se répandirent en Occident, et où la connaissance du grec permit délire et ses ouvrages et ceux d'Ariatote dans leur véritable texte. Une école rivale s'éleva en face de la scolastique qui s'était approprié Aristote. Les luttes furent ardentes. Au xvii'siècle, les doctrines nouvelles de Descartes donnèrent à cette guerre un caractère encore plus violent. Au xviiie siècle, la réaction contre Aristote, dont la cause se trouvait associée à celle de l'Église, fut poussée jusqu'à une révoltante injustice. Notre siècle a repris avec plus de calme et d'équité l'étude du grand philosophe ; il lui a élevé, par de beaux commentaires ^ par des traductions magistrales -, des monuments dignes de lui. Mieux étudiées, mieux comprises, ses œuvres n'en sont que plus admirées. Autant que nos ancêtres nous nous étonnons de la grandeur de ce génie; mieux qu'eux nous en pénétrons l'étendue, et nous vénérons en lui l'homme universel, qui, dans les études d'histoire naturelle et de physique comme dans la politique, l'histoire,

1. Vacherot, Théorie des premiers principes d" Aristote {\%'^i^) ; J. Simon, Le Dieu d' Aristote (1839); Ravais^ou, Essai sur la métaphysique d' Aristote (1837-46j: Barthélémy Saint-Hilaire. De la logique d' Aristote (J838) ; Zévort, Exposé des opinions d' Aristote sur l'espace, le temps, l'infini, etc. (1844): Jacques Denis, Le rationalisme d' Aristote ^1847) ; Ch. VVaddingtcu. La psi/choloqie d' Aristote [i^k^); Thurot, Etude sur Aristote [{^%V,; Th.-Henri Martin, Analyse critique de la Poétique d' Aristote (1836). Tbionvill.'. Théorie des lieux communs dans les Topiques (1856;. Nous avons déjà cité l'ouvrage de M. Havet sur la Rhétorique.

2. En particulier les belles traductions de M. Barthélémy Saint-Hilaire, celle de la Métaphysique par MM. Pierron et Zévort. etc.

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la philosophie, la critique littéraire,' a devancé les temps et posé les bases de la science moderne.

Théophraste. — Les élèves immédiats d'Aristote furent nombreux. On cite Dicéarque de Messine, géographe, historien et archéologue, Aristoxène le musicien, Héraclide du Pont, auteur de beaucoup d'ouvrages philosophiques et historiques, entre autres d'un traité sur les constitutions des États. Mais le plus célèbre de ces disciples est Théophraste, né à Érésus, dans nie de Lesbos, vers 372, et mort presque centenaire. Son véritable nom était Tyrtame ; il doit à la clarté de son exposition, au charme de sa parole, celui sous lequel il est connu (dwin" paî^leur). D'abord élève de Platon, il devint l'ami et l'auxiliaire plutôt que le disciple d'Aristote, son aîné seulement de douze ans, et il est regardé comme le second fondateur du Lycée^. Après la mort d'Aristote (322), il dirigea l'école. Frappé, en 316, par un décret qui bannissait d'Athènes les, philosophes, il fut bientôt rappelé et reprit son enseignement.

Comme Aristote, Théophraste avait écrit des traités sur les sciences naturelles, sur la morale, la législation, la politique et l'histoire. Nous possédons de lui deux ouvrages de botanique et des fragments d'autres livres, qui sont un commentaire et une continuation des travaux du maître.

Ce qui fait vivre aujourd'hui son nom, c'est un recueil d'esquisses morales, que La Bruyère a traduites, et qui ont été l'occasion du célèbre livre des Caractères. Ces trente petits chapitres sont probablement extraits d'un traité de rhétorique ou d'une poétique. D'autres critiques y voient une sorte de manuel à l'usage des orateurs ou des poètes comiques. Plusieurs de ces portraits sont pâles et sans relief; ces pages ont été mutilées, défigurées par les interpolations des copistes^

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cL il Cbt \)\vAï (lillicilc d'y rotrouvor la liriesse ot VéUigance attiques de irauteur. (juciques caraclèr«s sont assez piquants. On trouvera dans notre Hecueil di morceaux choisù ceux du flatteur^ du bavard et du nouvelliâte.

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