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Odyssée, XXIV, 188 et suiv

His'iomi: iji: la LrnÉi\ATL:iŒ (iiŒcoLE 25

"Wolf, — Ces 'préliminaires nous conduisent directemeiit à une question souvent débattue depuis près de deux siècles : PunUé des poèmes homériques et l'existence d'Homère. Le premier, un célèbre historien et savant italien, Vico, dont les ouvrages appartiennent à la première moitié du xviii" siècle ', a nié la réalité historique dllomère et exprimé l'idée que Vlllade et YOdyfisèe étaient formées de la réunion de poésies d'origines diverses. Mais cette opinion a été développée surtout par un célèbre érudit allemand, Frédéric Wolf-, dont les études critiques sur les poèmes d'Homère, écrites en latin ^ et publiées en 1795, produisirent une grande sensation et soulevèrent les'plus vives critiques. Exposons rapidement les principaux arguments de Wolf et les réponses qu'on lui a faites.

Un de ces arguments est indépendant du fond môme des poèmes, et tout entier emprunté à l'histoire. Pendant plusieurs siècles, jusqu'à l'époque où commence la poésie dramatique, c'est-à-dire jusqu'aux guerres médiques, il y eut en Grèce des écoles de chanteurs qui s'exerçaient à apprendre par cœur des récits en vers et qui allaient ensuite les déclamer de ville en ville. On les nommait rhapsodes, c'est-àdire, chanteurs de vers cousus, parce que le plus souvent ces chanteurs prenaient de côté et d'autre des morceaux détachés qu'ils liaientensemblepar quelques vers de leur composition. Parmi ces rhapsodes, les plus célèbres étaient les rhapsodes homérldes qui avaient le privilège de chanter les poèmes d'Homère. Ils formaient une école dont le siège était l'île de Chio ; ils se donnaient comme descendants d'Homère, comme seuls dépositaires de ses œuvres, et ils en

\. Il est lié à Naplcs en 166S, il est mort t.'ii 17 i4,

3, Prole/jo/nena ad llotnerion.

26 iiisioiiu, 1)1, L\ i.i I ri.i'. \ 1 1 l'.i, (,ih;(.oi i;

lY^cilaioiil dans les fôlos de la (h'îtcjt ccriaincs parlies délachécs qu'ils rihoisissaicnt suivant leur caprice ou suivant le désir des auditeurs, sans s'astreindre .\ l'ordre régulier des événenoents. Souvent môme, ces récitations chantées devenaient de véritables représentations dramatiques ; car plusieurs rhapsodes s(; partaj^^eaient une scène, et, quand le poète fait parler deux ou trois personnages, par exemple, dans la fameuse querelle qui forme le début de ïlliadc, chaque rhapsode prenait un rôle : celui-ci était Achille, celui-là Agamemnon ; un troisième récitait le discour» conciliant du vieux Nestor.

Dans ces récitations capricieuses le législateur Solon introduisit le premier un certain ordre. Les rhapsodes homérides paraissaient dans les brillantes fêtes qui se célébraient tous les cinq ans à Athènes en l'honneur de Minerve ou Atbéné, suprême protectrice de la ville, et qui s'appelaient les grandes Panathénées. Solon prescrivit aux rhapsodes, dans la récitation des chants d'Homère, une marche régulière, conforme à la suite même des événements. Après lui, Pisistrate et son filsHipparque chargèrent des hommes choisis parmi les plus instruits et les plus habiles de rechercher tous ces chants dispersés, de les écrire sous la dictée des rhapsodes et de reconstruire 1'/liade et VOdyssée. Ces hommes qu'on appela les diascévastes (ordonnateurs) donnèrent ainsi la première édition complète de V Iliade et de VOdyssée. On a mis dans la bouche de Pisistrate, deux vers où il célèbre justement son œuvre : « C'est moi qui ai rassemblé les chants d'Homère, auparavant dispersés. »

Après ce grand travail^, les éditeurs suivants, ou diorthunles (correcteurs), n'eurent à réformer que certains détails, à rejeter des vers interpolés, c'est-à-dire introduits après coup, à modifier la place de quelques vers, à rectifier l'orthographe de quelques mots. Beau-

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coup plus tard, des grammairiens d'Alexandrie donnèrent une nouvelle édition critique de Vlliadeetde VOdyssce, et, pour la première fois, ils divisèrent ces poèmes en vingt-quatre chants. Le plus habile de ces érudits est Aristarque, né en IGOavant J.-G. dans Tîlede Samothrace, et précepteur des enfants du roi d'Egypte, Polémée Philométor. Ses corrections et ses commentaires, qui sont perdus, étaient si estimés, que son nom est devenu synonyme de bon et sage critique ; être un Aristarque, c'est réunir toutes les qualités nécessaires à ce genre d'érudition.

De cette recomposition successive des poèmes d'Homère Wolf et son école concluent qu'il n'y a pas eu d'unité primitive, et à ce premier argument ils en ajoutent qu'ils tirent de l'étude même de V Iliade Qi de yOdijssce. Ils signalent quelques diiférences dans la langue et le mélange de plusieurs dialectes. Mais, nous l'avons vu, la langue générale des Grecs ne s'est fixée que tardivement ; les dialectes, par suite des rapports entre les ditierentes tribus helléniques, se sont en partie mêlés. Ce qui peut étonner, co n'est pas qu'il se rencontre dans la lanf]jue d'Homère quelque diversité de formes, c'est que ces nuances soient si peu sensibles, et qu'il faille une étude attentive pour les distinguer. On allègue encore la longueur de certains épisodes qui troublent la proportion des poèmes, et font perdre de vue le sujet principal : c'est là, dit-on, la preuve d'une composition factice et de l'absence d'une primitive unité. iMais ne peut-on répondre que l'amour des récits et des contes est le caractère môme de l'enfance des sociétés, que nos vieux romans de chevalerie sont pleins de digressions, et qu'il ne faut pas demander à un génie instinctif, comme celui d'Homère, la construction habile, l'art raffiné d'un poète savant, tel que Virgile?

On signale encore quelques répétitions, quelques

28 iiisKUMi; i)i; i.\ f.ii rf^:i« \ [ i lu; (.n\:(.Qi:i:

()iil)lis : il arrivo qu'un guerrier dont la mort a été annoncée reparaît dans un autre chant. Ces inadvertances sont excusables dans un ouvrage aussi long ; elles le seraient plus encore, si l'on admettait, avec plus d'un savant, que l'écriture n'était pas connue au temps d'Homère, et que ces poèmes ont été composés de mémoire et confiés au souvenir des rhapsodes homérides. Il est certain, tout au moins, que l'écriture était alors d'un très rare usage, et qu'il a été facile aux disciples d'Homère de confisquer à leur profit ses ouvrages, de se réserver le privilège de les faire connaître par des récitations partielles, au gré de leur fantaisie ou de leur intérêt, et de briser pour de longues années l'unité primitive des poèmes. On s'expliquerait ainsi sans peine quelques dissonances, quelque confusion, quelques altérations même dues à cette longue suite d'interprètes, et l'on ne serait pas surpris que les éditeurs du v*^ siècle et ceux du ir n'aient pu réussir à tout effacer.

Une autre explication est encore possible : l'auteur de Ylliade et de VOdyssée aurait emprunté les matériaux de ses poèmes aux chants antérieurs des Phémius et des Démodocus : la réunion de ces récits primitifs, tantôt reproduits presque textuellement, tantôt amplifiés et transformés par le poète, aurait formé ces vastes compositions, sans faire disparaître toutes les traces de ces origines diverses.

Jamais celui qui aura lu. d'ensemble les deux poèmes ne reconnaîtra dans ces récits la juxtaposition incohérente et presque fortuite de chants de toute origine ; il verra partout la main d'un poète supérieur, qui a réuni et ordonné les faits, combiné, tracé et développé les caractères, calculé l'intrigue, préparé le dénouement; qui a créé enfin, dans le vrai sens de la création poétique. Une courte analyse de V Iliade et de V Odyssée suffira pour le démontrer.

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Analyse de l'Iliade. — Le sujet de V Iliade est la colère d'Achille. Ce héros, dont la valeur redoutable Tait presque toute la force des Grecs, a été dépouillé par Agameinnon de sa captive Briséis. 11 obéit à la volonté, môme injuste, du chef suprême de l'expédition ; mais il cesse de prendre part aux combats, et aussitôt les deux partis ressentent les effets de sa colère. Les Grecs, qui tenaient les Troyens renfermés derrière leurs remparts, sont repoussés dans un combat ; les assiégés se répandent dans la plaine et forcent les assiégeants à se replier dans leur camp, derrière leurs navires, qui, établis sur le rivage, leur servent de demeures, à creuser môme à la hâte un fossé et à élever un mur. Une trêve de quelques heures est conclue pour ensevelir les morts.

Un nouveau combat est plus funeste encore aux Grecs, qui sont poursuivis par Hector jusqu'à leurs fossés et qui voient le vainqueur s'établir, à la nuit, au pied de leur mur improvisé. Les chefs tiennent conseil et envoient le loyal Ajax, l'insinuant Ulysse, et Phénix, le vieux gouverneur d'Achille, pour supplier le héros, dont le cœur reste inflexible.

La bataille recommence au lever du soleil ; les chefs les plus braves, Diomède, Ulysse, Machaon, Eurypile sont blessés et hors de combat. Malgré lui, Achille est ému, il envoie son ami Patrocle voir ce qui se passe, mais là s'arrête son intervention. Cependant Tleclor brise une porte du camp, et poursuit les Grecs jusque dans leurs vaisseaux ; ce n'est plus dans la plaine, c'est dans le camp môme que l'on combat. La valeur des vaincus et les artifices de Junon qui les protège prolongent la lutte, et, un instant, la rendent incertaine ; mais enfin le désastre est complet et les vaisseaux des Grecs sont menacés du feu. Patrocle supplie Achille de lui permettre de combattre. Achille, à la vue des flammes qu'Hector a lancées sur le

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vaissojiii «1(; l^rolésilas^ rJtda aux pri^ires de son ami , il lui confie; ses arinos (;l lui recoiiuriande de se borner ;\ rhasseï' lesTroyens loin des vaisseauxj^Iais Palrocle, (l(;[)ouill6 do son ai-rnui'e par Apollon , blessé par Euphorbe, esL lue par Hector; il tombe aux pieds de son vaincpieur, et une bataille fui-ieuse s'engage autour de son cadavre. Achille est instruit par Antiloque du malheur de son ami ; alors sa colère éclate plus teriible que jamais, mais, cette fois, elle se tourne contre les Troyens. Privé de ses armes, il n^^ peut combattre ; mais il s'élance au bord du fossé, et trois fois pousse un grand cri. Cette apparition soudaine, ce cri connu et redouté, jettent l'épouvante parmi les Troyens : ils s'enfuient en désordre; le corps de Patrocle est délivré, porté dans le camp d'Achille et déposé sur un lit funèbre.

Achille a maintenant le devoir de venger son ami. Tandis que, sur la prière de sa mère Thétis, Vulcain lui forge de nouvelles armes, il convoque l'assemblée des Grecs, il se réconcilie avec Agamemnon, et se hâte de courir au combat.

Ces derniers engagements sont terribles, les dieux eux-mêmes, avec la permission de Jupiter, y prennent part pour attaquer ou pour soutenir la Grèce. Achille promène partout le carnage ; le Scamandre, le Xanthe et le Simoïs, gonflés par les cadavres qu'il y précipite, ne peuvent l'arrêter. Tout se disperse : Hector seul reste dans la plaine ; il veut fuir à son tour, mais Achille l'atteint et satisfait sa vengeance.' Alors il célèbre les funérailles de Piitrocie, puis, après cette journée de deuil et de jeux funèbres donnés autour du tombeau de son ami, il s'acharne encore après sa victime qu'il traîne autour des murs de Troie, «ous les yeux de la mère et de la femme du héros. Mais une dernière scène adoucit pour nous l'horreur de ces tableaux : touché par les prières du vieux

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Pria m, Achille rend au mulhcureux père le corps de son fils, et le poème linit par les riinéraillcs de celui qui avait été le plus vaillant et le plus sûr défenseur de son pays.

Cette sèche analyse ne permet pas d'apprécier la grâce touchante et la g^randeur de certaines scènes. telles q^ue les adieux d'Andromaque et d'Hector, ou Jes prières de Priam aux pieds d'Achille ; elle ne fait pas juger de tant de beaux caractères, si fermement tracés, si bien suivis, que nous^pprécierons dans une autie partie de cette étude ;lmais elle prouve au moins que l'auteur a eu un plan et que l'ouvrage est composé. Un critique du dernier siècle, souvent faible quand il parle des anciens, a été bien inspiré en montrant l'intérêt progressif du poème, et tout lecteur sans prévention éprouve les sentiments que Laharpe exprime avec une émotion communicative *.

Jo voyais avec rogrot, je Tavoup, que les combats allaient rocoinmencer après nuiihassatle des Grecs, et je me disais qu'il était bien difficilt» que le poète fît autre chose que de se ressembler (»u travaillant toujours sur un même fond. Mais ({uand je le vis tout à coup devenir supérieur à lui-même dans le onzième cbant et dans les suivants, s'élever d'un essor rapide à une hauteur qui semblait s'accroître sans cesse, donner à son action une lace nouvelle, substituer à quelques combats particuliers le choc épouvantable de deux grandes masses précipitées l'une sur l'autre par les héros qui les commandent et les dieux qui les animent, balancer longtemps avec un art inconcevable une victoire que les décrets de Jupiter ont promise a la videur d'Hector; alors la verve du poète me parut embrasée de tout le feu des deux armées; ce que j'avais vu jusque-là, et ce que je lisais, me rappelait l'idée d'un incendi<3 qui, après avoir consumé quelques édifices, aurait pu s'éteindre faute d'aliments, et qui, ranimé par un vent terrible, aurait mis en

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