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lin inornfiil, toute, uin' ville eu (larnrnes. Je suivjiis, t-an.s pouvoir res|)irei-.Je poèt.e ((iii ni'eritnLÎriiiit aver; jnj; j'éUiis sur Ut champ (le l);it,;iille; je voyais les fîrfics pressés entre los rfitrarjcherrietits (ju'ils avaient construits et les vaisseaux qui étaient leur dernier asile; les Troytms se précipiUinten loulo pour forcer cette harrièrfi, Sarpédon arrachant un des créneaux de la muraille, Hector lançant un rocher énorme contre les portes f[ui la fermaient, les faisant voler en éclats, et demandant à. grands cris une torche pour embraser les vaisseaux; presque tous les chefs de la Grèce, Agamemnon, Ulysse, Diomède, Eurypyle, Machaon, blessés et hors de combat; le seul Ajax, le dernier rempart des Grecs, les couvrant de sa valeur et de son bouclier, accablé de fatigue, trempé de sueur, poussé jusque sur son vaisseau, et repoussant toujours l'ennemi vainqueur; enfin la flamme s'élevant de la flotte embrasée, et dans ce moment cette grande et imposante figure d'Achille monté sur la poupe de son navire, et regardant avec une joie tranquille et cruelle ce signal que Jupiter avait promis et qu'attendait sa vengeance. Je m'arrêtai comme malgré moi pour me livrer à la contemplation du vaste génie qui avait construit cette machine et qui, dans l'instant où je le croyais épuisé, avait pu ainsi s'agrandir à mes yeux; j'éprouvais une sorte de ravissement inexprimable, je crus avoir connu pour la première fois ce qu'était Homère, j'avais un plaisir secret et indicible à sentir que mon admiration était égale à son génie et à sa renommée, que ce n'était pas en vain que trente siècles avaient consacré son nom, et c'était pour moi une double jouissance de trouver un homme si grand et tous les autres si justes.
Analyse de l'Odyssée. — L'analyse de VOdyssée est plus concluante encore que celle de VIliade en faveur de l'art savant du p(»ète et de l'unité de sa composition. C'est une œuvre complexe, habilement calculée, dans laquelle l'intrigue se croise souvent, et oii, jusqu'à la fin, le dénouement reste suspendu. Ulysse, ses voyages, ses malheurs, son retour, ses combats et sa victoire, tel est le sujet du poème; mais ici tous les événements ne se déroulent pas dans l'ordre hislo-
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rique. Le poète nous transporte d'abord à Ithaque, dans la pauvre île si chère ù. Ulysse, dans sa demeure, où Pénélope pleure sa longue absence et déjoue par un touchant artifice les instances ds ses prétendants, où son fils Télémaque essaie en vain de défendre contre leur insolente avidité le patrimoine qu'ils mettent au pillage. Minerve, sous les traits du marchand phéacien Mentes, alî'ermit le courage du jeune homme, le décide à convoquer l'assemblée des Ithaciens, et à aller demander à Nestor et à Ménélas des nouvelles de son père. Pendant ce temps, Ulysse est retenu par Galypso dans l'île d'Ogygie ; mais enfin Jupiter a pitié de lui: le héros part sur un radeau qu'il a construit lui-même, et, malgré une tempête que Neptune soulève contre lui et qui brise son esquif, il aborde à la nage sur le rivage de l'île des Phéaciens. Nausicaa, la fille du roi Alcinoiis, le recueille dans sa détresse, le conduit à la ville, et l'engage à se présenter au palais de son père. Rct^u avec bonté, Ulysse, qui d'abord ne s'est pas fait connaître, révèle son nom et raconte ses aventures depuis le départ de Troie, le séjour au pays des Lotophages, et l'antre de Polyphème, et la punition qu'il infiige au monstre, et l'outre d'Eole, et la cruauté des Lestrygons, et les enchantements de Circé, et l'évocation des ombres au pays des Gimmériens, et les séductions des Sirènes, et les écueils de Charybde et de Scylla, et l'arrivée chez Galypso. Ce récit, qui remplit quatre chants, nous fait connaître toute l'histoire du héros depuis la fin de la guerre. Puis ses aventures se continuent par le retour à Ithaque, où l'a ramené un vaisseau phéacien, par le séjour chez Euméejusqu'à l'arrivée de Télémaque qui vient de quitter Sparte, parla reconnaissance du père et du fils, suivie de celle du vieux chien Argus, qui meurt après avoir revu son maître, et de la fidèle Euryclée, par la scène de l'arc que seul Ulysse réussit à
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Umdrc, cl (ju'il I^juith; coiiLro los pr6leiid;nil>. Kiifin, nous anivoii^ au (i/inoiiement ; mais il l'aiiL encore qu'Ulysse oonvaiiiquo Pénélope de son retour, qu'il se fasse reconnaître de son pcre Lar-rte, et qu'il combatte, avec l'aide de Minerve, les familles et les amis des prétendants armés pour les venger. Ce dernier incident complcLe le récit et achève de satisfaire la curiosité du lecteur.
C'est là certes un poème fortement lié, et l'on ne saurait contester que la main de l'ouvrier paraît dans l'œuvre. La question de l'unité de chacune des deux compositions nous semble donc résolue dans un sens conforme à la pensée et à l'admiration de toute l'antiquité et des plus habiles d'entre les modernes.
Comparaison entre l'Iliade et l'Odyssée. — Les deuxpoèmes sont-ils Pœuvre d'un seul poète? — Mais on a posé encore un autre problème. Faut-il laisser à» un seul poète la gloire d'avoir créé VlUade et VOdyssée, ou faut-il admettre deux Homère?
Voici sur quels arguments s'appuie la seconde opinion.
La composition de YOdi/ssée est beaucoup plus savante que celle de Y Iliade ; notre analyse a déjà fait ressortir cette différence.
Bien qu'on rencontre dans les deux poèmes plus d'une expression qui appartient à différents dialectes, l'éûlien domine dans VlUade, et l'ionien dans VOdyssée.
Le poète de Y Iliade a une connaissance très exacte des côtes de l'Asie Mineure, de la mer Egée, et de toute la plaine où s'élevait Troie ; il décrit vaguement la Grèce.
Le poète de Y Odyssée connaît In Pélopnnp^p il a visité la Grèce centrale, il décrit avec précision les côtes occidentales et surtout les îles Ioniennes, dont Ithaque fait partie. 11 y a d'ailleurs dans la géogra-
phie de ce poème une partie presque lanlaslique, par exemple les îles d'Éole, de Galypso et de Gircé, le fleuve Océanus qui entoure le disque de la terre, le pays des Gimmcriens situé au delà de ces limites. La Sicile est très imparfaitement connue; Tauteur confond les écueils de Gharybde et de Scylla avec les roches Cyanées qui entourent l'entrée de la mer Noire.
La différence la plus frappante est celle de la société et des mœurs dans les deux poèmes.
VOcli/ssêe nous retrace une vie plus élégante, des sentiments plus délicats, un luxe plus grand dans les demeures, dans les ameublements, dans les repas. Le commerce devient actif et honoré; le trafic maritime s'étend jusqu'à la Crète, la Phénicie et l'Egypte. Dans le gouvernement aussi, une place plus grande est accordée au peuple: on le convoque en assemblée dans les circonstances graves, il vote l'impôt; c'est sur lui que s'appuie Télémaque contre les petits princes d'Ithaque et des villes voisines qui l'insultent et dévorent son patrimoine. L'idéal du bon roi, tel que le dépeint-Ulysse, c'est celui « d'un homme semblable aux dieux qui, chef d'un peuple nombreux et fort, maintient la bonne justice. La terre fertile porte du blé et de l'orge ; les arbres sont chargés de fruits ; les brebis vigoureuses enfantent; la mer donne des poissons; tout prospère sous sa prudente conduile, et les peuples sont heureux par lui. » Mais déjà, dans V Iliade, le bon roi est nommé « le pasteur des peuples », déjà une de ses principales fonctions est de rendre la justice ; quelquefois aussi l'armée toute entière est convoquée, par exemple, au second chant de \ Iliade^ quand Agamemnon, pour éprouver les dispositions du peuple, propose la retraite. On pourrait donc dire qu'entre VIliade et VOdyssèe il y a la différence des deux sujets mêmes; car l'un nous représente des combats et la vie
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(les camps, l'autre nous Iraiisporlo au milieu de scènes PiillililliliS ([ans des villes où Jlorissent la paix et le cominerce. *
Par la dale de la composiLion, comme par celle des événements racontés, Vllladj: a sans doute précédé rOr///,s,sY'Y'. Rien n'empêche de supposer que le poète a voyagé dans l'intervalle, qu^il a visité les villes de la Grèce, et que les caractères du nouveau poème reflètent celui du poète, plus expérimenté, plus mûr, et inspiré par d'autres tableaux. \: Iliade apparliendrait à sa jeunesse brillante. VOdyssêc à sa mâle et verte viedlesse. D'ailleurs, si l'on admet que les deux poèmes sont l'œuvre de deux poètes distincts, il restera toujours à expliquer cette apparition de deux grands poètes épiques dans un même siècle : s'il est merveil leux qu'il se soit rencontré un génie comme Homère, il le serait encore plus qu'il en eut existé deux '.
Epoque et vie d'Homère. —Sur l'époque même et sur la vie d^Homère, nous sommes réduits à des conjectures. L'historien Hérodotp. estime qu'il a vécu quatre cents ans avant lui, 2 c'est-à-dire vers 900 avant Jésus Christ. Entre les sept villes qui réclamaient l'honneur d'être sa patrie, deux ont des titres sérieux aie proclamer leur concitoyen, et toutes deux appartiennent à. rionie: c'est Smyrne et Chio. On pense qu'il a fait à Ghio un long séjour ; le poète Simonide l'appelle « l'homme de Chio » ; c'est dans Tîle de
1 i* ^^^^ vivons adopté dans l'exameu de cette question encore deiDattue les couclusions de notre ancien maître M. Havet. dans Sra tliese Ue nomencorum poematum origine et unitate. Paris, 1843. M. Jules Girard, dans nne très belle et très intéressante leçon d ouverture de son cours de littérature grecque à la Faculté des lettres de Pans (1868), s'arrête aux mêmes conclusions. Cette leçon a ete publiée par la Revue des Cours littéraires. Sixième année, n« 16, 20 mars 1869.