CHAPITRE III
POÉSIE. — CALLIMAQUE. — CL^ANTHE. — PHILÉTAS. EUPHORION. — APOLLONIUS. — RHIANUS.
Tous les anciens genres poétiques ont leurs représentants dans la période alexandrine ; ma4s, comme nous Pavons dit, ces auteurs sont des érudits plutôt que des poètes, et leurs œuvres, souvent habiles et savantes, n'ont rien d'original et de marqué au coin du génie.
Callimaque. — Le plus laborieux et le plus fécond de tous fut Callimaque, grammairien professeur, qui s'est exercé dans tous les genres poétiques et qui avait composé, dit-on, huit cents ouvrages. On vantait surtout ses élégies qui servirent de modèles aux poètes élégiaques romains. Pour les juger, nous sommes réduits à quelques fragments et à l'imitation presque littérale qu'a faite Catulle de sa Chevelure de Bérénice. Cette œuvre, spirituelle, mais presque partout tendue et forcée, n'a rien qui puisse charmer l'imagination ni émouvoir le cœur; on y sent partout l'exagération et la flatterie; on se lasse vite d'une telle lecture. Les EpigrammeSy dont il nous reste une soixantaine, ont plus d'intérêt; souvent alambiquées et obscures, elles ont quelquefois une grâce touchante. Ce caractère est surtout celui des épigrammes funéraires. Telle est répitaphe d'un naufragé :
■ Matf'lots, pourquoi m'enscvelissez-vous pr^.s de la incr? C'est loin fl'ici qu'il aurait fallu creuser la tombe du rnaUj<;ureux naufragé. J'ai peur du bruit des flots, cause de rna rnort. Soyez heureux pourtant, vous qui avez eu pitié de Néritès!
En voici une autre pleine de délicatesse :
Argéanax, enfant de trois ans, jouait penché au bord d'un puits où il tomba en regardant sa vaine image. La mère saisit l'enfant tout ruisselant et regarda s'il avait encore un soufde de vie. Le petit être n'a pas souillé les Nymphes; couché sur les genoux de sa mère, il dort d'un profond sommeil.
Nous avons encore de Gallimaque six hymnes bien froids. Le poète reprend par tradition les thèmes usés de la mythologie, il développe encore, mais sans la vraie croyance des Homérides, les vieilles légendes de Jupiter, de Diane, de Gérés, d'Apollon. Le sixième hymne, les Bains de Pallas^ est bien composé comme récit ; mais on est rebuté par ce style savant, plein de figures de rhétorique dont l'obscurité appelle sans cesse un commentaire. Y^diUsV Hymne à Jupiter l'auteur échappe, il faut l'avouer, aux formules anciennes. Son Jupiter, comme celui des prétendues poésies orphiques, est un être éternel, suprême, auquel les rois empruntent leur puissance et leur majesté; c'est lui qui donne le salut, qui donne les biens; toujours immobile, le passé, le futur, n'existent pas pour lui; c'est à lui que les hommes doivent ces deux biens qui se complètent l'un par l'autre, la vertu et le bonheur.
Cléanthe. — De ces hymnes il convient de rapprocher une poésie élevée, souvent sublime, œuvre d'un philosophe stoïcien, Cléanthe, né à Assos en Troade, mort vers 225. D'abord athlète, il se prit de passion pour la philosophie, et il alla suivre à Athènes les leçons du fondateur de Técole stoïcienne, Zenon. Il était
réduit, pour vivre, à puiser de l'eau pour les jardiniers. Il devint, après Zenon, le chef de Técole; les anciens disaient : « Si Gléanthe n'était pas, il n'y aurait pas de Portique. »
Gléanthe avait composé un grand nombre d'ouvrages dont il ne reste que les titres et de courts fragments. Mais le critique Stobée a conservé en grande partie le bel Hymne à Jupiter, dont nous avons donné la traduction dans notre Choix de morceaux traduits des auteurs grecs *.
Philétas. — Gomme poète élégiaque, à côté de Callimaque, il faut citer Philétas de Cos, précepteur de Ptolémée Philadelphe. Le poète romain Properce a beaucoup imité ses élégies, dont il ne reste que de courts fragments. Il regardait Callimaque et Philétas comme les pères même du genre élégiaque ',
Euphorion. — Euphorion de Ghalcis (né en 274, mort vers 200), bibliothécaire d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, est souvent cité par les anciens pour ses élégies, ses poèmes mythologiques et satiriques. Les poètes élégiaques romains, Tibulle, Properce, Gallus, l'avaient imité ^.
Epopée, — Apollonius. — L'épopée, pendant la période alexandrine est|représentée surtout par Apollonius de Rhodes.