‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 177 sur 267 · POÉSIE. — POÉSIE DRAMATIQUE, SATIRIQUE, DIDACTIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE. — POÉSIE DRAMATIQUE, SATIRIQUE, DIDACTIQUE

Tragédie. — Malgré les '|imperfections des œuvres de Gallimaque et d'Apollonius, elles laissaient bien loin derrière elles les compositions des auteurs qui prétendirent renouveler à Alexandrie la tragédie des Sophocle et des Euripide. Ils étaient assez nombreux pour s'être désignés eux-mêmes peu modestement sous le titre de pléiade tragique. Nous ne chargerons pas la mémoire des jeunes gens de ces noms obscurs ; nous citerons seulement un poète qui a conquis une célébrité toute particulière, et dont les œuvres sont devenues synonymes d'obscurité énigmatique, Lycophron de Ghalcis.

Lycopliron. — Lycophron, qui florissait au milieu du m" siècle, eut une grande réputation parmi ses contemporains. Malgré la haine de Démétrius de Phalère, il fut appelé à la cour de Ptolémée Philadelphe et chargé par ce prince, avec Zénodote, de la réunion des poètes grecs. Auteur d'une histoire de la comédie, il dut surtout sa renommée à ses nombreuses tragédies (quarante à cinquante), imitations des grands maîtres, et à ses drames satyriques. Il nous reste de sa tragédie de Pélopidas un fragment de quatre vers ; on a conservé aussi un court passage d'un drame satyrique sur le philosophe Ménédème. Mais nous pouvons

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jii^'or do sa manièro et de sf)n style par un poème en quatorze cent soixante-quatorze vers iambiques, qui a pour titre: Cassandre ou Ahxandra.

\j Alexandra est un long monologue dans lequel un sold.it raconte h Priam les révélations de Cassandre, prisonnière, sur la ruine de Troie. Ce poème, que le poète romain Stace appelle « le dédale du noir Lycopron, * est demeuré le modèle de l'inintelligible, l'idéal de Tindéchiffrable. « Pour y pénétrer, dit un critique contemporain ', il faut posséder, comme autant de fils d'Ariane, les traditions mythologiques, les généalogies des héros, la géographie des temps antéhistoriques, les inventions les plus ignorées des poètes anciens, les tours insolites, les archaïsmes, les formes grammaticales les plus étranges. » On y trouve pourtant, ajoute le même critique, quelques accents d'une douleur vraie et touchante. Mais, en somme, avec ses difficultés extrêmes de langue, d'histoire et de mythologie, V Alexandra est le travail d'un érudit, très versé dans les plus anciennes productions de la littérature grecque, et d'un habile versificateur, mais non l'œuvre d'un poète. Cet auteur ténébreux entendait merveilleusement la musique du vers et savait charmer l'oreille par la variété des sons et la grâce des cadences. Cette qualité et l'éclat éblouissant de ses images expliquent sa réputation.

Nous citons dans la traduction d'un habile helléniste, M. Dehèque, un petit tableau oii paraissent cette magnificence et cette force outrée qu'affectait partout Lycophron.

Et déjà la terre s'enflamme sous les bonds de Mars, qui entonne avec une conque l'hymne de carnage. Toute la terre . sous mes yeux dévastée, git dans l'épouvante; ses champs se hé-

1. M. Vapereau, Dictionnaire de littérature. Virgile a puisé dans VAlexandra les légendes relatives aux origines lointaines » de Rome.

rissent de lances comme d'épis, et rayonnent du feu des armes* Les. lamentations des femmes retentissent à mes oreilles, du haut des tours montant vers les régions orageuses de l'air, des femmes qui, coup sur coup, apprennent de nouveaux désastres avec des cris de désespoir et en déchirant leurs voiles.

Voici, mon pauvre cœur, voici ce qui t'affligera comme le plus grand des malheurs; c'est lorsque l'aigle aux ailes frémissantes, au noir plumage, aux serres belliqueuses, imprimera sur la terre l'empreinte de ses ailes, ornière creusée par une course circulaire, comme un bouvier trace un large sillon ; lorsque poussant un cri de triomphe solitaire et terrible après avoir enlevé dans ses serres le plus aimé de mes frères, le nour risson, le fils d'Apollon, il le déchirera avec ses ongles, avec son bec, et souillera de son sang la plaine et les prairies qui l'ont vu naître. Après avoir reçu le prix du taureau égorgé qu'il pèsera dans l'exact plateau d'une balance, à son tour ayant versé une rançon égale, un brillant lingot du Pactole, il disparaîtra dans Furne funéraire, pleuré par les nymphes qui aiment les eaux du Béphyre *, et la cime du Libithre dominant Pimplée *, lui, le vendeur de cadavres, qui, craignant la mort, ne rougira pas de revêtir même une robe de femme, agitant près d'un métier la navette bruyante, qui descendra le dernier sur le rivage ennemi, et qui, ô mon frère, avait peur de ta lance même en songe '.

Comédie. — La comédie moderne a encore à Athènes, pendant le période alexandrine, des représentants distingués. Mais sa décadence est hâtée par l'invasion des parodies, des tragi-comédies et des farces mimiques, dont la grossièreté et l'indécence sont très goûtées dans cet âge de corruption et de licence effrénées.

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