CHAPITRE V
POÉSIE PASTORALS.
Définition dô la pastorale. — A côté de toutes ces reproductions savantes et factices des genres poétiques qui ont brillé d'un si vif éclat dans la Grèce des anciens âges, la période alexandrine voit naître et se développer une forme nouvelle, qui n'avait pas encore sa place dans la littérature et qui a été adoptée par tous les peuples, c'est la pastorale. Ce mot est clair par luimême et n'a pas besoin d'explication; mais il en est d'autres que l'on confond souvent 'avec lui et dont il importe de bien définir le sens. C'est d'abord le mot bucoliques. Il signifie chants des bouviers, et il fut donné primitivement aux œuvres réunies du créateur de la pastorale, Théocrite et de ses disciples Bion et Moschus. Dans l'épigramme qui précède le recueil, il est dit: « Les Muses bucoliques, jusque-là dispersées, ont été réunies dans une seule étable et dans un seul troupeau. »
Le mot idylle remonte aussi à Théocrite. On avait désigné par le nom de « petites pièces > {idyllia) les œuvres de Théocrite; mais, par une fortune semblable à celle du mot bucoliques, ce nom s'est transformé pour prendre le sens de pastorale en général. La même explication doit être donnée pour le mot églogue. En grec eklogè signifie choix ; les églogues étaient donc d'abord un choix ou recueil de petites pièces de toute
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nalure; puis le nom a servi à désigner exclusivement des poésies champêtres.
Aujourd'liui les mots idylle et églogue sont réservés à des compositions de peu d'étendue. Celui de /jasiorale s'applique à des ouvrages plus longs, à des pcjèrues en prose ou en vers dont les héros sont des bergers. L'Aminle du Tasse, YAstrée de d'Urfé, le Paul a K/r- ^m?'e de Bernardin de Saint-Pierre, Vllermannct iJurothée de Goethe, la Petite Fadctte do Mme Georges Saud, plus i-écemment la Pernette de M. de Laprade sont des pastorales. L'antiquité grecque elle-môme nous présentera des œuvres du même genre, Daphnis et Chloé, de Longus, Théagëne et Chariclée d'Héliodore.
Thèocrite. — On l'a dit déjà, c'est le célèbre Théocrite qui, à une distance si grande d'Homère, deuxsiècles après Eschyle et Pindare, a donné à la Grèce et au monde cette poésie nouvelle.
Thèocrite est né à Syracuse; l'époque exacte de sa naissance et de sa mort n'est pas connue. Il passa plusieurs années dans l'île de Gos, où il fut l'élève de Philétas, le condisciple de Plolémée Philadelphe et l'ami d'Aratus. Ptolémée, devenu roi, attira auprès de lui les poètes et les savants dont il avait partagé les études : Thèocrite vécut quelque temps auprès de lui ^ 11 résida aussi à Syracuse, à la oour du roi Hiéron II, auquel est dédiée une de ses pièces, et dont il ne loue pas la libéralité *.
De temps immémorial il existait en Sicile des luttes de chant entre les bergers. C'est là évidemment ce qui a donné à Thèocrite l'idée de ses pastorales. On ne comprend pas, en effet, qu'un poète eût imaginé des bergers joutant devant un juge qui décerne le prix,