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Idylle XVI

s'il n'avait trouvé cet usage établi quelque part : on n'invente pas des scènes d'un caractère si particulier et si original. A Tépoque où nous sommes parvenus, l'épuisement des genres plus puissants, le besoin de nouveauté devaient favoriser l'introduction de cette poésie dans la littérature. Il se trouva qu'un poète syracusain, transplanté à Alexandrie, imagina qu'il pourrait plaire en donnnant aux beaux esprits de cette ville la poésie populaire de son pays sous des formes qui convinssent à leur goût raffiné. La réussite fut complète; non seulement Théocrite charma, mais il fit école.

Œuvres de Théocrite. —I. Pastorales proprement

dites. — Le recueil de Théocrite se compose de trente pièces. A l'exception des trois dernières qui sont très courtes, elles sont écrites dans le mètre hexamètre héroïque, avec cette particularité que le vers a ordinairement une césure après le quatrième pied, et que ce quatrième pied est un dactyle. Sur les vingt-sept pièces importantes, quatorze sont complètement pastorales, c'est-à-dire que les personnages qu'elles mettent en scène sont des bergers. Parmi ces dernières les unes représentent des joutes poétiques, des combats oti le vainqueur reçoit un prix. En général, la lutte s'engage ainsi : deux bergers se rencontrent et se défient au combat du chant; ils prennent pour juge un troisième berger chargé de proclamer le vainqueur. Les chants sont intercalés dans le dialogue. Quelquefois ils sont alternatifs; c'est-à-dire, qu'un vers répond à un vers, ou deux vers à deux autres vers, comme dans plus d'un beau dialogue de Corneille et de Racine; c'est ce qu'on appelle chez les Grecs des vers amébées [amoibaia). Quelquefois l'idylle présente un dialogue avec un chant, mais sans lutte poétique; quelquefois jUe se réduit à un simple dialogue; quelquefois aussi

c'est un monologue mis dans ],'i bouche d'un hor^rfir.

Presque toujours, sur ce fond commun qui cvsl la nature et la vie champôtre, se détache une petite intrigue d'amour, comme dans la comédie moderne. Nous avons vu déjà la place nouvelle que la peinture de cette passion a prise dans la littérature depuis Euripide et Ménandre : les élégies de Gallimaque et de Philétas en étaient pleines ; l'épopée d'Apollonius ne vit que par là. L'amour heureux, et plus souvent l'amour malheureux est aussi l'inspiration et l'intorôt principal des petites pièces de Théocrite. En cela, comme en tout le reste, Virgile et tous les auteurs d'idylles et de pastorales se sont modelés sur les chefs-d'œuvre du maître.

Quelquefois cependant ces petites piècessont comme des bijoux dont toute la valeur est dans la délicatesse et le fini de la ciselure. La forme y est tout; qu'on les dépouille du vers et de l'harmonie, il ne reste presque rien. Telle est la IV® idylle, conversation entre Battus et Corydon. Battus est chevrier, Corydon garde les génisses d'^'gon qui a abandonné ses troupeaux pour suivre le lutteur Milon aux jeux olympiques. Battus raille Corydon et prédit la destruction prochaine du troupeau confié aux soins d'un tel homme. Celui-ci, assez débonnaire, répond à ces injures fort tranquillement. Pendant que les bergers causent, les génisses entrent dans un plant d'oliviers. Battus aide Corydon à les en chasser, mais il s'enfonce une épine dans le pied; Corydon la retire, en lui conseillant d'avoir toujours des chaussures quand il grimpe à la montagne. Voilà toute la pièce : la grâce seule de l'expression lui donne du relief.

Les Pêcheurs. — La pièce des Pêcheurs, que l'on peut comprendre parmi les idylles pastorales, parce que les personnages appartiennent à une condition voisine de celle des bergers, n'est pas plus intriguée ;

mais elle a un caractère moral. Deux pêcheurs, dont Théocrite décrit minutieusement la cabane avec les corbeilles, les nasses, les hameçons épars çà et là, sont couchés côte à côte. L'un d'eux se réveille troublé par un songe qu'il raconte à son camarade. Il a rêvé qu'il a tiré de l'eau un poisson d'or massif; il a juré de ne plus retourner à la mer, et maintenant que le poisson a disparu avec le rêve, il est inquiet de son serment. Son camarade le rassure: son serment n'a pas plus de réalité que le poisson d'or; il l'invite à aller prendre des poissons de chair, de peur de mourir de faim avec ses songes d'or. Fontenelle, après avoir analysé cette petite pièce, ajoute : « Était-ce la peine de faire une idylle? » Oui, cette inquiétude, qui contraste avec le calme du sommeil, suffit à l'intérêt dramatique. Il y a quelque chose de touchant et de moral dans les plaintes du pêcheur sur la longueur de la nuit et dans les réponses de son camarade:

Asphalion, tu calomnies la belle saison de l'été; ce n'est pas que de lui-même le temps ait changé sa marche; ce sont les soucis qui brisent ton sommeil et qui te rendent la nuit longue.

Nous avons reproduit toute cette petite pièce dans notre Choix de morceaux traduits *.

Les Syracusaines. — L'idylle des Syracusaines à Alexandrie, imitée, au rapport du scholiaste, d'un mime de femmes du poète sicilien Sophron, est une scène comique oti le poète s'est plu à représenter spirituellement tous les incidents de la vie familière. C'est une suite de tableaux bourgeois qui amusent comme les petits chefs-d'œuvre de l'école hollandaise. De ces deux Syracusaines qui habitent Alexandrie, l'une Gorgo, est venue trouver son ami Praxinoé

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