‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 188 sur 267 · XXXVÏII, 1. Traduction de M. Petit de Julleville · texte numérisé non relu

XXXVÏII, 1. Traduction de M. Petit de Julleville

580 IIISTOIUE DE LA LITTÉR ATLRF-: OlŒCQUE

universelle^ à laquelle il avait donnO. le nom sip'nificatil dû Pra(/mateia, ce qui veut dire Traité dea alJairc<i ou. Traité du gomernemmt.

Examende l'Histoire do Polybe. — Ses caractères généraux. — En ell'et, pour Polybe Tliisloire n'est pas simplement, comme pourlléroclote, un récit et un spectacle dramatique ; ce n'est pas une compilation comme pour les historiens d'Alexandrie. Plus encore que pour Thucydide, c'est l'école des hommes d'Etat, des généraux, des moralistes, c'est l'étude des événements humains, recherchés dans leurs causes, dans leurs occasions, poursuivis dans leurs dernièresconséquences. Ce que Polybe proclame partout, c'est que le hasard n'est pas le maître des choses humaines; l'esprit de conduite, la persévérance ont toujours le dernier mot dans les affaires. L'auteur méprise les légendes, comme Thucydide; il dédaigne les anecdotes; le vrai seul a place dans son livre. Sans altérer l'histoire par ces fables que recueillera l'amour-propre national de Tite-Live, Polybe jugera que l'exposé complet de l'ancienne constitution romaine, la comparaison de la politique de Rome avec celle de Carthage, le récit exact des faits, succès ou revers, sont un assez beau monument élevé à la gloire et à la grandeur du peuple qu'on peut appeler déjà le peuple roi.

y Histoire de Polybe a un second caractère aussi frappant que le premier: elle est vraiment universelle. Elle raconte la vie des Romains, depuis le moment où ils conçoivent le dessein de la conquête du monde jusqu'au jour où ils l'achèvent presque par la ruine de Carthage et de Gorinthe; mais elle nous expose en même temps la vie de tous les peuples du monde connu, à mesure que l'auteur les rencontre soit comme amis, soit comme ennemis des Romains. Il faut avouer d'ailleurs qu'il était bien servi par son sujet, et qu'en sui-

vant pas à pas la marche progressive de Rome, il atteignait naturellement cette universalité, cette unité qu'on a tant célébrées dans son livre. Il a signalé luimême, au début desonHistoh^e, ce concours heureux de circonstances :

Avant cette époque ^, la vie des Grecs est comme isolée ; les faits qui se passent chez chacun ont une origine, une issue, un théâtre qui leur est propre. Mais ensuite l'histoire ne forme plus, pour ainsi dire, qu'un seul corps ; un lien commun rapproche et unit entre elles l'Italie, l'Afrique, la Sicile et la Grèce; tout converge vers une même fin. Voilà pourquoi. nous avons placé à cette date le commencement de notre travail. Ce fut, en effet, seulement après avoir vaincu Garthage dans cette guerre dont nous avons parlé en passant^ que, se flattant d'avoir fait la plus lourde et la plus forte partie de sa tâche pour l'asservissement de l'univers, Rome ne craignit pas d'aspirer à de nouvelles conquêtes et de lancer ses armées sur la Grèce et sur l'Asie.

Mais Polybe ne doit pas tout au bonheur des circonstances. C'est une méthode qu'il a choisie et qu'il suit partout. Son sujet commence à la deuxième guerre punique ; il consacre deux livres entiers à une exposition très précise des événements précédents, nécessaires à l'intelligence de son Histoire. Il prend soin d'indiquer lui-môme pourquoi il a suivi cette marche :

Le* Grecs connaissent mal l'histoire des deux républiques qui se disputèrent alors l'empire du monde. Il était donc utile de faire précéder notre ouvrage proprement dit de deux livres préliminaires. Il ne faut pas que le lecteur, brusquement transporté au milieu même d'un récit que rien ne prépare, se trouve ensuite dans l'embarras, et se demande par quels con-

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