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PHILOSOPHIE

Caractères. — Un fait caractérise ce premier âge de la période gréco-romaine, âge qui s'étendra pour nous depuis la réduction de la Grèce en province romaine (146 av. J.-G.) jusqu'à l'avènement des Antonins (96 ap. J.-G.). Malgré la brutale destruction de Gorinlhe par Mummius et l'acte non moins sauvage de Sylla ruinant Athènes en 87, malgré l'incendie déplorable de la bibliothèque d'Alexandrie par César (47), on peut dire que, dès cette époque, la Grèce conquise conquiert son vainqueur. Les jeunes Romains ont pour maîtres des littérateurs grecs dont plusieurs, amenés à Rome comme esclaves, entrent par Patîranchissement dans la cité romaine, écrivent dans la langue des vainqueurs, la disciplinent et l'assouplissent et donnent aux Romains leurs premiers monuments poétiques. D'autres professeurs grecs, qui enseignent dans les écoles d'Ahènes, d'Alexandrie, de Rhodes, de Pergame, de Tarse, d'Antioche, voient affluer autour d'eux la jeunesse des premières familles romaines. Quelques-uns ne sont connus aujourd'hui que par leurs élèves, dont la gloire a sauvé leur nom de l'oubli; tels sont Posidonius, Apollonius Molon et Démétrius de Syrie, dont Gicéron suivit les leçons ; tel est cet Archias, célèbre par un beau plaidoyer de Gicéron (61 avant J.-G.), ami de Lucullus, d'Hortensius et d'autres grands personnages romains ; tel est Apollodore

ÏM FiisToinr- nE la LiTTKfiATr.nE grecque

de Pcrgame, le maître d'Aiif/iiste; tels sont Tln'îodore de Gc'idare et Polainon, sons lesquels a étudié Tibère, D'autres rhéteurs qui ont été en môme temps des historiens, le roi Juba, Tima^ône d'Alexandrie, Nicolas de Damas, ont vécu aussi fi Home, protéf,'f'*s par Au;,'uste. Mais ces maîtres furent bien vite éclipsf'is par leurs élèves. Molon pouvait pleurer lorsqu'il entendait, à Ilhodes, le jeune Cicéron improviser en latin et en grec ; il pouvaitdire que la seule supériorité qui restàtà la Grèce lui était ravie. Les nombreux historiens grecs que nous allons rapidement étudier sont aussi bien pâles, quand on les compare aux César, aux Salluste, auxTite-Live, aux Trogue-Pompée, et l'on peut dire de tels disciples qu'ils ont été les meilleures œuvres de leurs maîtres.

En somme, deux genres résument toute l'activité littéraire de la Grèce pendant ce premier âge de la période dont nous commençons l'histoire : le professorat sous forme de rhétorique, d'érudition, de recherches philosophiques, et l'histoire qui s'éloigne de plus en plus de la littérature pour devenir une compilation ou pour se confondre avec la géographie et l'archéologie.

Nous n'avons rien à dire des professeurs philosophes ou rhéteurs dont nous avons tout à l'heure énuméré les noms. Les historiens ont plus d'importance, parce que leurs œuvres nous ont été, en partie, conservées et qu'elles ne sont pas toujours sans valeur. D'ailleurs les travaux historiques ont cet avantage que, fussent-ils médiocres, ils sont utiles à la postérité par les renseignements qu'ils lui transmettent.

Parmi ces historiens, quelques-uns, dans l'âge des Césars et dans Page des Antonins, ont été en même temps des critiques, des rhéteurs et des moralistes; tels sont, pour ne citer que les plus célèbres, Denys d'Halicarnasse, Plutarque, Arrien : nous les étudierons en môme temps sous leurs différents aspects.

Historiens, — Beaucoup d'historiens de la génération qui suivit celle de Polybe ont cherché à continuer le grand écrivain poHtique et se sont efforcés de marcher sur ses traces.

Poaidonius, d'Apamée, en Syrie, né en 133, mort en 49, est connu surtout comme philosophe stoïcien. Il ouvrit une école à Rhodes, d'où vient le nom de Rhodien qu'on lui donne souvent. Nous avons dit qu'il compta Gicéron parmi ses disciples. Outre de nombreux traités de philosophie, il avait écrit une histoire qui continuait celle de Polybe; elle embrassait les événements de tous les pays et s'étendait depuis l'année 146 jusqu'à l'année 96, où la ville africaine de Gyrène fut réduite en province romaine. Posidonius avait composé aussi un traité Sur l'Océan, qui faisait suite aux œuvres du géographe Ératosthène : astronome et physicien, aussi bien que philosophe, historien et géographe, l'auteur ne s'était pas borné à d'intéressantes descriptions ; il y joignait l'explication des phénomènes naturels. Nous pouvons apprécier par les citations d^historiens postérieurs, tels que Strabon et Plutarque, l'agrément et la vivacité du style de Posidonius.

Jubâ. — Peu d'années après Posidonius, un roi déchu, Juba II de Mauritanie, emmené à Rome pour orner le triomphe de César, y fut élevé dans la culture des lettres, et composa en grec des histoires souvent citées par les écrivains postérieurs. Outre une Histoire romaine, il avait rédigé des livres Sur les affaires d'Assyrie, de Libye^ d'Arabie. Il était de plus Tauteur d'une grande Histoire du théâtre, et de traités sur la Pein- Xure et sur la Corruption du langage. D'après les fables qu'il a mêlées à ses récits, on juge qu'il manquait de critique.

V)^'i irr.sTomr: de la litikhaturf onr.CfjxrR

Timngèno. — Tirniv^bnn d'Alexandrie, conduit à Rome par l'ompée en n*), esclave, allranclii, mailre de rhétorique, favori d'Auguste, puis chassé par lui, 'ut aussi un écrivain fécond et un historien. Il avait composé une Vie (VAufjUHle, qu'il hrûla après sa disgrâce. Les anciens ci lent de lui une Histoire des rois (probablement d'Alexandre et de ses successeurs), et une Histoire des Gaules, à laquelle un historien latin du iv« siècle, Ammien Marcellin, a fait des emprunts.

Nicolas. — Nicolas de Damas, ami et secrétaire d'Hérode, roi de Judée, en grande faveur auprès d'Auguste, joignit, comme ïimagène et Juba, des travaux historiques à des ouvrages de poésie, de rhétorique, de musique, de philosophie et de mathématiques. On estimait ses tragédies et ses comédies; mais son principal livre était son Histoire universelle en cent quarante-quatre livres. L'auteur remontait jusqu'aux Assyriens et aux Mèdes, et embrassait dans ses récits l'Asie, la Grèce et tout l'Occident. Cette Histoire semble n'avoir été qu'une compilation; il en reste de longs fragments, ainsi que de sa Vie d'Auguste Qi àQ V Histoire de sa propre vie.

StraboD. — Strabon, d'Amasée en'Cappadoce (né en 66 avant J.-C, mort vers 24 après J.-C), connu surtout aujourd'hui par sa grande Géographie, paraît avoir été le plus digne imitateur de Polybe. Ses Souvenirs historiques, en quarante-trois livres, faisaient suite aux récits de l'historien de Mégalopolis et s'étendaient jusqu'à la mort de César. Ils sont complètement perdus. Nous possédons au contraire presque sans lacunes ses dix-sept livres de Géographie, qui sont le chef-d'œuvre de l'antiquité grecque en ce genre. Strabon avait profité de sa grande fortune pour de longs voyages qui s'étendirent jusqu'àla Grimée, à l'Arménie,

à rÉthiopie, à l'Espagne et à la Gaule. Après une introduction savante, où les considérations philosophiques et morales s'unissent aux vues historiques et cosmographiques (livres I et II), il décrit d'abord les contrées de l'Europe (livres III à X), puis celles de l'Asie-Mineure (XI à XIV) et de l'Asie au delà du Taurus (XY et XVI). Le dernier livre se rapporte à l'Egypte, à l'Ethiopie, à l'Abyssinie et à la Libye. Ce qui rend les descriptions de Strabon très intéressantes, c'est qu'il a joint à la géographie proprement dite de nombreux détails sur les mœurs, les lois et la religion dos peuples. Il rectifie aussi, par des renseignements précis, certains faits que les Romains ont mal connus et mal racontés. Il est le premier qui ait réellement étudié les peuples en dehors de la domination romaine, et qui ait appelé l'attention de ses contemporains sur ces régions dévoilées par l'expédition d'Alexandre, par les incursions de Mithridate et des Parthes, parles conquêtes des Romains. Il y a cependant chez lui des erreurs : il connaît mal la Grande-Bretagne et les pays situés à l'est de l'Elbe ; mais il décrit très exactement l'Asie-Mineure, qui était son pays, et à laquelle il a donné une place privilégiée. Ses renseignements sur l'Italie, l'Espagne, la Gaule, sur la Germanie du Rhin à l'Elbe, sur la Grèce, ne sont pas moins sûrs.

! Denys d'Halîcarnasse. — Denys d'Halicarnasse est un esprit bien inférieur à Strabon. Né entre 78 et 54 avant J.-G., il enseigna sans doute la rhétorique dans sa ville natale, puis à Rome, où il se transporta vers l'an 29 avant J.-C., et où il se livra particulièrement à l'étude de la langue;, de la littérature et de l'histoire romaine.

C'est pendant son séjour à Rome qu'il composa ses ouvrages historiques. Ils étaient nombreux ; maisaujour-

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d'hui nous ne connaissons que ses AniujnUés romaû nés, histoire de Hornc; depuis les temps mythologiques jusqu'à la première guerre punique. Encore avonsnous perdu à pou près la moitié de cet ouvrage qui était divisé en vmgt Hvres. Les neuf premiers sont complets; nous possédons aussi la plus grande partie du dixième et du onzième. Dans ces onze premiers livres, le récit est poussé jusqu'à la chute des triumvirs. Nous n'avons que des fragments des neuf derniers ; un historien postérieur, Appien, en a donné un résumé. Le but de l'auteur était de relever les origines de Home et de la rattacher à la Grèce, en montrant que les ancêtres des Romains appartenaient à la race hellénique. C'est la thèse que développait poétiquement Yirgile presque au moment où Denys publiait son livre. Mais Denys, pour la soutenir en historien, a été forcé de parer les commencements de Rome de fausses couleurs qui ne tiennent pas contre la vérité. En général, la critique lui manque : il expose minutieusement la constitution, la religion, les lois, la vie publique et la vie privée des Romains, et il nous donne ainsi des renseignements précieux. Mais il ne sait pas choisir parmi les documents qu'il ramasse, et il adopte bien des légendes fabuleuses. En outre, il n'oublie jamais qu'il est rhéteur : il aime les digressions brillantes, il multiplie ces longues harangues fictives, qui déplaisaient tant àPolybe, et leur élégance pompeuse est d'autant plus choquante que l'auteur fait parler des personnages anciens et sans culture. L'ouvrage a un autre défaut : dans les premiers livres, Denys et d'une prolixité fatigante ; quand il arrive à des âges plus rapprochés et plus intéressants pour le lecteur, il devient sec et aride. Ce manque de proportion, ce style tendu et déclamatoire nuisent à l'agrément du livre : on le consulte plus volontiers qu'on ne le lit.

Il nous reste de Denys d'Halicarnasse de nombreux petits traités de rhétorique et de critique. Il faut avouer qu'ils ont encore moins d'intérêt que les Antiquités romaines. L'auteur est un habile artisan de phrases; il entend parfaitement le mécanisme delà langue grecque ; il connaît toutes les nuances des mots et il excelle dans l'art de disposer et de cadencer les phrases. Mais c'est un esprit étroit, qui juge mesquinement le fond des choses, c'est un critique sans élévation et sans flamme, à qui l'on peut opposer le mot de Vauvenargues : « Il faut avoir de l'âme pour avoir du goût. » Toujours occupé de la forme, entiché de cette fausse élégance qui est le caractère de son style, il la demande à des écrivains^ à des orateurs trop sérieux, trop occupés de leur sujet pour rechercher ces fausses couleurs. Si l'on ne pouvait apprécier que par lui Ve génie de Thucydide, d'Isée, de Démosthène, on serait injuste pour ces grands maîtres. Voici les titres des principaux traités de Denys : De Varrangement des mots, écrit relatif au style oratoire et aux différentes sortes d'éloquence. De l'imitation, simple abrégé qui a été publié avec le dixième livre de \ Institution oratoire de Quintilien ; l'auteur y donne son jugerrient sur les poètes, les historiens, les philosophes, les orateurs. Mémoires sur les anciens orateurs', des six parties dont se composait cet ouvrage, nous n'en possédons que trois, relatives à Lysias, à Isocrate et à Isée. Le Dinarque est une dissertation sur la vie et les discours de cet orateur. La Lettre à Ammaeus a une grande importance pourfixerla date des discours de Démosthène ; l'auteur démontre qu'ils étaient prononcés presque tous, lorsque Aristote écrivit sa rhétorique. Dans une Lettre à Cnéius Pompée, Denys s'efforce de justifîpp ses opinions défavorables à Platon. Citons encore «iix traités Sur le génie de Thucydide et Sur les exprès-^ sions particulières à Thucydide,

t)98 iirsTOinE ni-: la LiTTi';n\Tr'Rn ghecque

Diodore. — Diodore do Sicil(3, historien du i" sièclo avant J.-C, et par conséquent contemporain de iJenys, se lit pins laciloment, car si son style a pju d'expression, il est du moins; naturel et clair.

Né à Argyrium, en Sicile, il s'est proposé de bonne hourela composition d'une vaste encyclopédie historique, et il a fait de longs voyages en Europe et en Asie pour réunir sur les pays et sur les faits des renseignements plus certains et plus cornpiets. C'est luimôme qui, dans sa préface, nous raconte son séjour prolongé à Rome, son exploration de l'Egypte, ses entretiens avec les prêtres du pays et avec des envoyés éthiopiens. La préparation de son ouvrage dura trente ans; le livre intitulé Bibliothèque historique, dut paraître vers l'époque de la bataille d'Actium. Il était divisé en quarante livres, qui formaient trois sections d'inégale longueur. L'auteur, dans sa préface, indique lui-môme ces divisions. La première section, composée de six livres, renfermait les légendes et les faits antérieurs à la guerre de Troie (trois livres pour les antiquités barbares, trois pour les légendes helléniques). Les onze livres suivants embrassaient l'histoire de tous les pays depuis la guerre de Troie jusqu'à la mort d'Alexandre. Les vingt-trois derniers exposaient les événements jusqu'à la première expédition de César contre la Gaule.

I Les cinq premiers livres nous sont parvenus complets ; c'est l'histoire des premières sociétés, surtout , des Assyriens et des Égyptiens (I à III), et le tableau ! des temps héroïques de la Grèce (IV et V). I Les ciiiq suivants sont perdus; puis nous en possédons dix à la suite (de XI à XX}. Nous sommes transportés au commencement de la seconde guerre médique, etnous suivons l'histoire des Grecs et des Perses jusqu'à la bataille d'Ipsus, qui brisa définitivement, en 302, Tunité de l'empire d'Alexandre. Il reste des vingt

autres livres beaucoup de fragments et de longs extraits.

Le titre de Bibliothèque est justifié par la nature de Fouvrage. Si Diodore a visité le théâtre des événements, il a aussi compulsé un grand nombre de livres ; il en cite beaucoup qu'il extrait ou qu'il analyse. C'est donc encore un compilateur : il reprend avec des documents nouveaux, avec des informations plus étendues, l'enquête déjà faite par ses prédécesseurs. Il s'occupe peu de composition littéraire ; les événements sont juxtaposés suivant leur rapport dans le temps, sans que l'auteur s'applique à les rattacher les uns aux autres. La critique manque chez lui comme chez Denys d'Halicarnasse : il n'échappe pas aux contradictions, auxanachronismes; il s'appuie sur des autorités suspectes et il lui arrive de tronquer ce qu'il cite. Dans l'histoire de l'Egypte ancienne, on est surpris de le trouver beaucoup moins exact qu'Hérodote. Les découvertes de la science moderne ont prouvé ses erreurs et ses mensonges, en mettant au grand jour la bonne foi et la véracité du vieux conteur. Mais on doit à Diodore des renseignements qu'Hérodote n'aurait pu donner sur l'archéologie, l'ethnographie, la géographie, sur les sciences physiques et naturelles.

On trouvera dans notre Choix de morceaux traduits * quatre passages intéressants de la Bibliothèque de Diodore.

Flavius Josèphe. — H nous reste à parler d'un historien un peu postérieur à Diodore, et, qui, bien qu'il fût juif de nation, doit être compté parmi les historiens grecs, puisque tous ses ouvrages ont été rédigés en langue grecque.

Josèphe, né à Jérusalem, vers 37 après J.-C, morl dans les dernières aimées du siècle, descendait par sa

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