II. Examen littéraire des poèmes homériques
Composition. -- Déjà, en disciilant la queslion de l'unité, nous avons abordé l'e.xamen des poèmes homériques, et l'analyse de V Iliade et de VOdyssce nous a permis d'apprécier la pensée qui domine l'une et Tautre de ces œuvres et qui préside à tout le développement.
L'intrigue est plus simple dans V Iliade , pi u s comjjlexe dans VOdt/ssce; mais des deux cô'tés, la conduite du sujet est régulière, l'exposition précise, le nœud fort, le dénouement complet et saisissant. La personnalité du poète éclate encore plus dans les caractères, si accusés, si vivants, si fidèles à eux-mêmes, si bien opposés et si frappants par le contraste.
Caractères. — Achille. — Dans V Iliade, le plus complet Qt le plus brillant de tous est celui d'Achille. C'est le digne héros d'une épopée : jamais l'homme n'a été plus homme et n'a mieux dominé ses semblables et forcé, en quelque sorte, les événements. A lui s^ul il vaut une armée : son apparition, son cri mettent en fuite les Troyens vainqueurs ; son absence est désastreuse; c'est à lui que songent avec douleur les guerriers qui tombent, c'est lui qu'invoquent, comme leur dernier refuge, les chefs qui l'ont od'ensé. Ainsi,
40 iiisiMinr, 1)1. i.\ 1.1 1 1 1,1'. \ 1 1 l'.i, Muj.Mi h
inomc quand il a quitté les combats, tout est plein fie lui, et, dès qu'il reparaît, la fortune change, le camp des (irecs est délivré, la guerre est reportée au pied des murs de Troie. Hector tombe sous les yeux de ses vieux parents et de sa femme, et la chute du peuple privé de son plus vaillant défenseur est inévitable et prochaine. Aucun personnage éniguene peut être comparé à celui-là. Enée est petit devant les événements; il est ellacé par la grande figure de Rome, qui est le vrai héros du poème. Dans le Paradis perdu de Milton l'homme est faible, souffrant, malheureux; le principal rôle appartient à Satan, énergique et puissant dans sa lutte contre Dieu. Le héros de la Jérusalem délivrée et celui de la Henriade sont écrasés aussi parles événements. Achille seul est Tàme et l'arbitre de tout.
Ce qui rend le caractère d'Achille si attachant et si sympathique malgré sa violence, c'est qu'il joint à la force la plus terrible les sentiments les plus tendres. il aime vivement Pelée son vieux père, son précepteur Phénix, son ami Patrocle. Sans doute, dans la fameuse querelle, il se répand en invectives grossières contre Agamemnon ; mais cependant il respecte en lui le roi des rois, il ne résiste pas à ses ordres, et il rassure les hérauts, « ces messagers de Jupiter et des hommes » qui viennent en tremblant lui demander Briséis*. Sa colère n'est pas inflexible: il se tait d'abord, puis il exhale en paroles amères son légitime ressentiment-; puis, quand les Grecs sont décidément vaincus, quand les plus braves sont blessés aux portes du camp qui retentit de cris de détresse, il est ému, il envoie Patrocle voir ce qui se passe. Un peu plus tard, les flammes gagnent les vaisseaux des