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610 niSTOIRF, DF, LA LITTÉRATURE GRECQUE

représentations oratoires, qu'on annonç.iit d'avanco et qui attiraient un immense concours d'auditeurs enthousiastes. Une estrade était dressée sur la place publique, dans un théâtre, dans une basilique. A l'heure fixée, le sophiste paraissait, revêtu d'un manteau de pourpre, les cheveux parfumés, couronné de fleurs ou de laurier. La grâce de ses gestes, la douceur caressante de son débit ajoutaient à l'efi'et de ses harmonieuses périodes, de ses antithèses savamment équilibrées, de ses piquants jeux de mots, de l'esprit qu'il déployait pour faire, comme Lucien, l'éloge de la mouche, comme Dion Ghrysostôme, celui de la chevelure, ou du perroquet, ou de la puce, comme Fronton, celui de la poussière et de la fumée. Quels applaudissements soulevaient ces jolies choses! Quels cris d'enthousiasme interrompaient agréablement l'orateur! Que de couronnes on lui prodiguait! Quels honneurs lui étaient décernés, sans compter d'autres récompensesplus sohdes, et non moins douces à son cœur! Aussi la profession de rhéteur devenait un moyen de faire fortune, et l'on s'explique le nombre prodigieux de jeunes gens qui vini'ent chercher auprès des maîtres les secrets de cette faconde lucrative, et qui contribuèrent à leur éclat, en attendant qu'ils pussent atteindre ou éclipser leur gloire *.

Commencements et progrès du christianisme. — Les pères apostoliques et les pères apologistes. —

Les enchantements de cette éloquence sonore et vide et même les déclamations populaires d'autres orateurs philosophes dont nous parlerons plus tard n'étaient pas de nature à susciter des chefs-d'œuvre, ni à exercer

1. Voir G. Martha. Les Moralistes sous l'empire romain. La Prédication morale populaire. Les détails que nous donnons sont tirés de ce livre si intéressant et si délicat. Nous lui ferons encore d'autres emprunts.

surles âmes cette action qui fait les grandes rénovations littéraires ou morales. Mais, à côlé de la solennité de renseignement officiel, à côlé des fêtes théâtrales de l'éloquence des rhéteurs, avait commencé depuis plus d'un siècle un mouvement qui allait profondément remuer le monde, c'est la prédication de l'Évangile par les apôlres et leurs successeurs. Saint Paui avait apporté le christianisme en Grèce, vingt ans après Jésus Christ, vers 54. Les conversions, rares d'abord à Athènes, furent nombreuses à Gorinthe, et bientôt la foi se propagea dans toutes les villes d'Achaïe. Les premiers chrétiens appartenaient aux classes les plus humbles de la société ; mais déjà, sous le règne d'Hadrien, nous voyons des professeurs, tels que le philosophe athénien Aristide, qui, sans abandonner leur chaire, professent le christianisme. Aristide avait présenté à l'empereur Hadrien un traité apologétique de la doctrine nouvelle, fort admiré de saint Jérôme et d'autres écrivains ecclésiastiques. A la même époque, un autre Athénien, Athénagoras, qui avait longtemps vécu à Athènes, préparait à Alexandrie son Apologie et le traité de la Résurrection.

Hadrien accueillit favorablement l'écrit d'Aristide et celui de Quadratus, évêque d'Athènes, second successeur de saint Denys l'Aréopagite, et il semble que les Antonins aient laissé autant de liberté à la prédication chrétienne qu'au néo-hellénisme qui s'efforçait alors de ranimer le paganisme et de ressusciter les mystères, en donnant une interprétation spiritualiste des légendes grossières de l'antiquité. A cette époque on restaure des temples ; on rend aux fêtes de la Grèce, aux Dionysiaques, aux Panhellénies, leur solennité et leur éclat d'autrefois. Mais cette tolérance cessa pour le christianisme, le jour où l'on s'aperçut que la religion nouvelle était autre chose qu'une spéculation philosophique, qu'elle passait du domaine de la théo^

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ie dans celui des fiiils el qu'elle avait des conséquences sociales inquiétantes pour les lois et pour l'unité de l'empire. Alors commencent les persécutions, mais alors aussi la foi se propage, excitée par la contradiction même et parles supplices; alors les intelligences Jes plus brillantes se jettent dans le christianisme. Les pères apostoliques, saint Clément pape, saint Ignace, évoque d'Antioche, saint Polycarpe, évoque de Smyrne, saint Hermas, disciple de saint Paul, saint Irénée, évèque de Lyon, saint Denys d'Alexandrie répandent partout la doctrine, et donnent à leurs enseignements l'invincible sanction du martyre. En môme temps les Pères apologistes, à l'exemple d'Aristide et de l'évêque Quadratus, rédigent des apologies et réfutent les derniers défenseurs du paganisme. Saint Justin, de Néapolis (l'ancienne Samarie), philosophe converti et martyr, est à la tète de ces Pères apologistes par ses traités savants et par ses énergiques discours. Athénagoras, que nous avons déjà nommé, ne craint pas d'adresser à Marc-Aurèle une apologie du christianisme pleine de force et de hardiesse. Tatien, d'Assyrie, disciple de saint Justin, Hermias, écrivam qui joint à la précision une verve mordante, répandent leurs apologies. Saint Clément d'Alexandrie, païen converti, devenu le chef de l'école chrétienne d'Alexandrie, renverse le paganisme par sa base dans son Exhortation aux Gentils, trace dans son Pédagogue les règles de la vie chrétienne, etréunit dans ses Stromates les arguments les plus solides en faveur delà religion -nouvelle. Son principal successeur est Origène d'Alexandrie, disciple de saint Clément; mais ce grand esprit, cet écrivain original, qui n'a pas échappé à l'accusation d'hérésie, appartient par sa vie (185-254) à une autre époque. Nous le retrouverons quand cette Histoire nous conduira aux Pères dogmatiques.

A côté de ces écrits pleins de sève qui sont de véritables actes, et que le sang de leurs auteurs a souvent scellés, les ouvrages profanes que nous allons énumérer semblent bien pâles, et Ton peut dire que les plus remarquables, ceux d'un Plutarque, d'un Arrien, d'un Marc-Aurèle doivent ce qu'ils ont d'originalité aux idées nouvelles. Que leurs auteurs l'aient voulu ou non, le souffle du christianisme les atteint; cette in-, fluence est sensible surtout dans leur morale.

Plutarqu© biogriphe et moraliste. — Le plus populaire de tous ces auteurs et même de tous les historiens de la Grèce, est Plutarque, né àChéronée,en Béotie, vers 40 après J.-G. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans sa petite ville, où il donna l'exemple de toutes les vertus domestiques. Il y exerça même, sous le règne d'Hadrien, les fonctions d'archonte ; il fut, à la même époque, procurateur de toute la province et prêtre d'Apollon Pythien. Mais la meilleure partie de son temps fut consacrée à d'immenses lectures, grâce auxquelles il put réunir les matériaux de ses écrits, si pleins de faits, d'anecdotes et de renseignements de toute sorte.

Il fit cependant plusieurs voyages à Rome ; il y donna même, pendant le règne de Trajan, des leçons pubUques de littérature et de morale qui furent suivies par l'empereur et par tous les hommes distingués du temps, et qui lui suggérèrent l'idée de ses Traités de morale. C'est en grec qu'il parlait, car il connaissait imparfaitement la langue latine; il l'apprit tard et surtout pour puiser dans les historiens romains les éléments de ses Vies parallèles. Plus d'une erreur qu'il a commise est due à cette connaissance insuffisante du latin.

On croit qu'il mourut vers 120, peu de temps avant Hadrien. 55

614 iiisToini-: ni-: la littkratuiie grecoue

Biographies. — Plutarque est un moraliste plutôt qu'un véritable historien; on a pu dire avec raison que ses biographies sont des histoires morales, et que beaucoup de ses traités, remplis d'anecdotes, se rattachent directement à l'histoire. Rien ne ressemble moins à la méthode de l'historien que ces accouplements souvent forcés et sophistiques d'un Grec et d'un Romain dont l'ensemble forme les Vies parallèles des hommes illustres de la Grèce et de Rome. Quoi de plus dillérent que Thésée et que Romulus,que Pyrrhus et Marins, que Lysandre et Sylla, qu'Agésilas et Pompée, et même, malgré le génie guerrier des deux hommes, qu'Alexandre et César? Même quand les rapports sont moins contestables, comme entre Aristide et Calon l'ancien, Thémistocle et Camille, Phocion et Caton d'Utique, combien il faut grossir les traits pour arriver à un parallèle! C'est là un des graves défauts de ces biographies, et il en amène d'autres : pour le besoin de sa comparaison, l'auteur met en saillie les petits détails et il laisse dans l'ombre les faits principaux qui ont eu sur la vie des personnages une influence décisive. Je sais bien que ces d<^tails intimes, cette accumulation d'anecdotes familières expliquent en grande partie la popularité de Plutarque. Gomme l'a dit J.-J. Rousseau, «: il a une grâce inimitable à peindre les grands hommes dans les petites choses, et il est si heureux dans le choix de ses traits que souvent un mot, un sourire, un geste lui suffit pour caractériser son héros. » Souvent aussi ces tableaux de famille, ces descriptions oii la pensée morale rehausse l'intérêt des scènes de la nature et de la société ont un caractère vraiment dramatique. « Quels plus grands tableaux, a dit M. Villemain, que les adieux de Brutus et de Porcie *, que le triomphe de Paul Emile, que la

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