‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 203 sur 267 · Voir nos Morceaux traduits, page · texte numérisé non relu

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navigation de Cléopâtre sur le Cydnus, que le spectacle si vivement décrit de cette même Cléopâtre penchée sur la fenêtre de la tour inaccessible où elle s'était réfugiée et s'efforçant de hisser et d'attirer vers elle Antoine vaincu et blessé qu'elle attend pour mourir? » On comprend que de tels écrits frappent l'imagination des lecteurs, et que de grands poètes, comme Shakespeare, Corneille, Voltaire aient trouvé dans les biographies de Plutarque plus d'une belle inspiration.

Mais cette recherche du pittoresque et de l'effet dramatique, cette prédication morale partout poursuivie, amènent beaucoup de digressions, et nuisent à la proportion des ouvrages, sans compter que l'auteur sacrifie plus d'une fois l'exacte vérité à l'intérêt, qu'il accumule les anecdotes piquantes sans en contrôler les sources, sans s'occuper de les concilier entre elles. C'est ainsi qu'il donne sur un même personnage des impressions contradictoires et qu'il fait succéder en quelques instants le mépris à l'admiration. Nous avons eu à défendre contre lui le caractère de Démosthène. Cependant, malgré les efforts des historiens, telle est la popularité du biographe que la mémoire du grand orateur souffrira toujours de ces imputations calomnieuses, empruntées sans malice, par une curiosité irréfléchie et indiscrète, à ses ennemis les plus passionnés.

En effet, le plus grand tort de Plutarque, c'est d'avoir fait de l'histoire dans son cabinet, sans voyager, sans étendre le cercle de ses relations, toujours occupé de compulser des livres, d'y puiser avidement les matériaux de ses écrits. Dans cet immense travail, auque ne présidait pas une critique assez sévère, plus d'une erreur a dû. se glisser; on en a relevé d'importantes, dont quelques-unes s'expliquent, nous Tavons dit, par une connaissance superficielle de la langue latine.

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Nous avons conservé quarante-quatre bio^rafjhies parallèles accouplées ainsi qu'il suit: 1, Thésée et Romulus; 2, Lycuvfjue et Numa; 3, Solon et Valérius Publicola; 4, Tliérnistocleet Camille; o, Périclès et Q.Fabius Maximus; G, Alcibiade et Coriolan; 7, Timoléon et Paul-Emile ; 8, Pèlopidas et Marcellus;

9, Aristide et Caton rancieti ; iO, Pkilopœmen elFiamininus; 11, Pyrrhus et Marius; i2, Ly sandre et Sylla; 13, Cimonet Lucullus; 14, Nicias et Crassus ;

10, Eumène et Serlorius;\ij, Agésilas et Pompée; 17, Alexandre et César; 18, Phocion et Caton d'Utique; 19, Agis avec Cléomène et les Gracques; 20, Démosthène et Cicéron; 21, Démétrius Poliorcète et Marc- Antoine;^^y Dion et M. Junius Brutus, Il nous reste, en outre, quatre autres Vies non parallèles, celles d'Artaxerxès Mnémon, à'Aratus, de Galba bl d'Othon. Plutarque en avait écrit quatorze autres : Épaminondas,Scipion, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, ^'éron, VilelliuSf Hésiode, Pindare, Cratès le Cynique, Daïphante , Aristomène, Aratus le poète. Certains critiques lui attribuent la Vie d'Homère.

Traités de morale. — Plus d'un trait commun rattache les Traités de morale aux Vies parallèles. C'est d'abord le sujet de quelques-uns de ces petits ouvrages qui sont tout à fait historiques, par exemple : les Dits des rois et capitaines grecs ou romains, les Dix orateurs^, le Traité de lamalignité d'Hérodote, les Propos de table, le Banquet des sept sages, les Actions vertueuses des femmes. Puis, c'est l'abondance des anecdotes qui se rencontrent dans chacun des autres. Enfin, comme nous l'avons dit, la même pensée fait l'âme de ces deux sortes d'écrits : l'auteur est avant tout un moraliste ; bon, humain, affectueux pour sa femme,

1. On doute aujourd'hui de l'autlienticité de ces deux ouvrages.

pour ses enfants, pour ses esclaves, animé de ce sentiment de fraternité universelle que répand le christianisme et que nous retrouverons dans les œuvres de Sénèque, dans le Manuel d'Épictète et dans les Pensées de Marc-Aurèle, attaché aussi aux animaux domestiques, ces bons serviteurs qu'il défend contre la dureté d'un Gaton et dont il entoure de soins la vieillesse ; il répand sur toutes ses dissertations un charme de bonhomie, de tendresse, de grâce aimable. Son érudition, quelquefois indigeste et confuse, ses compilations, auxquelles manque souvent la suite, la proportion, l'unité qui font les véritables ouvrages, deviennent ainsi accessibles à tous. C'est un répertoire de la science et de la sagesse antique ; la physique y a sa place comme la philosophie, la religion, la politique et la littérature. Quoique prêtre d'Apollon, Plutarque est bien éloigné des anciennes croyances de la Grèce : ses Oracles de la Pythie, son livre De la superstition, ses traités sur VAme du monde^ sur I sis et Osiris, ont dû fournir plus d'un argument aux propagateurs de la religion chrétienne; il est bien des pages que les Pères de l'Église n'auraient pas désavouées, de même que sa morale, toute pratique, applicable à tous les devoirs de la vie, est celle même que prêchent les apôtres.

Les plus remarquables traités de Plutarque sont les Délais de la justice divine, dialogue digne de Platon et de l'Évangile, la Consolation à sa femme sur la mort de sa fille, lettre animée par une tendresse émue et simple * ; la Consolation à Apollonius sur la mort de son fils, oti le sentiment n'est pas moins élevé ' ; la Tranquillité de Vâme, oii le bonheur n'est point placé dans l'égoïste indifférence des Épicuriens, mais dans l'activité d'une vie utile et bienfaisante ; la Fortune,

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