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CHAPITRE IV

AGE DES ANTONINS (sUITe). — HISTORIENS ET RHÉTEURS.

Arrien. — L'âge des Antonins vit paraître un véritable historien, qui prit pour modèle Xénophon, qui, comme son maître, lit la guerre avant de la raconter, qui, par une autre conformité avec Xénophon, mit sa plume au service d'un sage et recueillit les entretiens et les doctrines morales d'Epictète, le Socrate du temps.

Arrien, né à Nicomédie, en Bithynie, vers le commencement du second siècle après J.-C, reçut des Athéniens le droit de cité. L'empereur Hadrien le nomma patrice. Sous ce même règne il devint préfet de la Gappadoce (136) et montra les talents d'un général en repoussant avec des succès décisifs une invasion des Alains. Consul sous Antonin (146) il fut aussi, comme Plutarque, attaché au culte officiel en qualité de prêtre de Cérès et de Proserpine à Nicomédie. C'est dans sa patrie qu'il passa le reste de sa vie consacrée è l'étude. Il mourut sous le règne de Marc- Aurèle.

Le principal ouvrage historique d'Arrien est son Anabasôy histoire de l'expédition d'Alexandre en Asie. Elle est divisée en sept livres que nous possédons complètement, sauf une partie du douzième chapitre du hvre VIL C'est un résumé fidèle des relations oris;inales rédigées par les compagnons d'armes du con-

qnérant, IHolémée, Aristobule, Néarque, Mégaslh^no. Mieux que tous les autres et surtout que Quinte-Curre, il a su se ^Mrder des fables et des exagérations. Il est bien supérieur aussi à l'historien romain par sa connaissance du pays, par sa conripétence dans la description des marches, des batailles, des sièges, par la sobriété et le naturel des rares discours qu'il môle à son récit, par la rectitude et l'impartialité de ses jugements. Le style est clair, correct, ferme, et, sans égaler Texquise pureté de celui de Xénophon sur lequel il est modelé, il s'en rapproche à quelques égards, et il est infiniment plus sain que celui de Plutarque.

Son livre sur V Inde (Indica), description du pays, des mœurs et des coutumes des habitants, est écrit en dialecte ionien. Son Périple du Pont-Euxin et de la mer Erythrée a aussi un véritable intérêt par les détails que nous y trouvons sur les villes du littoral et sur le caractère et les lois de ces populations moitié helléniques et moitié barbares ^

S'appliquant à marcher en tout sur les traces de Xénophon, Arrien a fait aussi un Traité sur la chasse et un Traité sur la tactique. Nous avons perdu beaucoup de ses ouvrages historiques, VHistoire des successeurs d'Alexandre, YHistoire des Parthes, VHistoire de Bithy7îie, y Histoire des Alains, une Vie de Dion, une Vie de Timoléon.

Nous nous réservons d'apprécier plus tard, quand nous aborderons les moralistes proprement dits, ses Entretiens d'Epictète et l'exquis petit ouvrage qu'on appelle le Manuel d'Epictète,

Appien. — Un historien contemporain d'Arrien, Appien d'Alexandrie, sans avoir autant de valeur,

î. Voir Chotard. Le Périple de la Mer Noire.

mérite cependant d'être estimé, pour avoir banni de ses récits le ton et les procédés de la rhétorique, et pour s'être mis à l'école du sévère Polybe. Appien s'établit de bonne heure à Rome. Il fut avocat, jurisconsulte, devint surintendant du palais impérial sous le règne de Trajan, peut-être gouverneur de TEgypte. Son Histoire romaine, divisée en vingt-quatre livres, s'étendait depuis les temps les plus reculés jusqu'à Trajan. Il nous en reste dix livres. La partie la plus intéressante est l'histoire des Gracques et des guerres civiles ; les déchirements de Rome et les fureurs des proscriptions ont fourni à l'écrivain quelques tableaux dramatiques.

Sa méthode est étrange: il n'embrasse pas l'histoire dans son ensemble, en suivant l'ordre chronologique des événements , et en rapprochant les peuples aux différentes époques de leur existence. Il prend les nations une à une, et il expose leurs affaires depuis leurs premières relations avec Rome jusqu'à la conquête. Les Gaulois devaient donc commencer la série de ces histoires. Mais, pour être plus fidèle à son plan, Ap pien racontait d'abord les premiers temps de Rome et ses guerres contre les populations de l'Italie. Il nous reste aujourd'hui les guerres de Gaule, d'Espagne, la guerre contre Annibal, les guerres puniques dans leur ensemble, les guerres de Macédoine, de Syrie, d'illyrie, la guerre du Pont contre Mithridate. Nous avons déjà indiqué le sombre récit des guerres civiles; cette dernière partie embrasse cinq livres.

Appien, comme nous l'avons dit, a le mérite précieux de la précision, de la simplicité, de l'exactitude; mais, malgré quelques belles scènes, son calme va souvent jusqu'à la froideur et sa sobriété jusqu'à la sécheresse. Ses récits ne peuvent être négligés par les historiens modernes, et son exposé des guerres civiles nous aide plus d'une fois à contrôler les récits inté*

ressés de (lusar et à corriger ses erreurs volontaires

Pausanias. — Le géographe Pausanias, né en Asie- Mineure, vivait à Home vers 200. Il écrivit sous le règne de Marc-Aurôle sa Description de la Grère, précieuse par l'abondance des renseignements qu'elle nous donne, moins sur les contrées mêmes, sur les fleuves et les montagnes, que sur l'histoire, la mythologie, les arts et les antiquités de chaque pays. Sans être connaisseur en fait d'art, il décrit avec beaucoup d'exactitude les monuments de l'architecture, de la statuaire et de la peinture; il nous fait connaître ainsi les peintures du Pœcile à Athènes, les œuvres de Polygnote à Delphes, toutes les merveilles rassemblées à Olympie, entre autres le Jupiter de Phidias.

L'ouvrage de Pausanias est divisé en dix livres dont chacun porte le nom du pays que l'auteur va décrire. Ainsi le premier à pour titre les Attiqiies, le second les Corinthiqiies^ le troisième les Laconiques. Tout le Péloponèse, et, dans la Grèce centrale, l'Attique, la Béotie, la Phocide sont ainsi passés en revue. L'Élide, en raison du nombre et de l'importance des monuments d'Olympia, forme à elle seule deuxlivres (V et VI). L'auteur avait parcouru toutes les contrées qu'il décrit : il recueille tout, il rapporte tout, traditions, légendes, avec une simplicité et une bonne foi qui l'ont fait quelquefois accuser de crédulité; mais il raconte sans interpréter, et un passage de son YIII^ livre, sur l'Arcadie, permet de croire qu'il attribuait aux fables du paganisme un sens mystérieux et symbolique.

Le style de Pausanias est parfois négligé, quelquefois il a cette élégance pompeuse, si chère aux rhéteurs de cette époque, qu'on caractérisait par le nom d'asiatique; on peut lui reprocher surtout une certaine obscurité, fâcheuse dans un tel ouvrage qui demande avant tout de la précision et de la clarté.

Dion Cassius. — L'historien Dion Cassius, que nous plaçons encore dans Tâge des Antonins, appartient cependant par une partie de sa vie à l'âge suivant, car né vers 155 à Nicée, en Bithynie, sous le règne d'Antonin, sénateur à vingt-cinq ans sous Marc-Aurèle, édile et questeur sous Commode, fils de Marc-Aurèle, il jouit également de la faveur de Pertinax, qui le nomma préteur pendant son règne éphémère, et de celle des princes syriens, qui régnèrent près d'un demi-siècle (193-235). 11 accompagnait Garacalla dans un voyage en Asie ; il devenait préfet de Smyrne, puis de Pergame, sous Héliogabale; Alexandre Sévère lui confiait le gouvernement de l'Afrique, puis celui de la Dalmatie et de la Pannonie; deux fois il était élevé au consulat (220, 229). Enfin, fatigué, malade, il allait achever son Histoire romaine dans sa ville de Nicée et il y mourait vers 240^ quelques années après Alexandre Sévère , dont le règne est compris dans son récit.

Cet ouvrage, qu'il composa sur l'invitation de l'empereur Septime-Sévère, formait quatre-vingts livres depuis les origines de Romejusqu'au temps d'Alexandre Sévère. Nous n'avons que des fragments des trentecinq premiers, mais nous possédons presque complètement les dix-neuf suivants (de 36 à 54) ; cette partie commence au temps de l'expédition de LucuUus contre Mithridate, pour finir à la mort d'Agrippa, an X avant J.-C. Les livres suivants, de 55 à 60, ont été abrégés par un auteur inconnu, et les vingt derniers (de 61 à 80) par Xiphilin, compilateur byzantin du xi« siècle.

Dion avait peu développé les événements de la république; mais il s'étendait beaucoup sur l'histoire des empereurs à partir de César et d'Auguste. Grâce à ses hautes fonctions, il a pu s'appuyer sur des mémoires et de nombreux documents officiels. A cesren-

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soi^nemonls se joignaient, depuis le r^gne de Con^imodc, ses notes et ses souvenirs personnels. Par là, les parties qui nous restent de son ouvraj^e et les abrégés qu'on a laits des livres perdus ont une véritable importance. Mais l'auteur est suspect, parce qu'il se nrionlre, de parti pris, adversaire des anciennes institutions romaines et admirateur du régime impérial. Il juge avec une extrême sévérité Gicéron et Sénèque, qui ont eu le tort d'être victimes d'Octave et de Néron. Ces appréciations nous avertissent de nous défier des autres.

Dion, élève des rhéteurs, a tous les caractères des écrivains sortis de ces écoles : son grec, malgré plus d'un latinisme, est encore assez pur ; mais son style est vague, redondant, emphatique ; l'auteur ne manque pas l'occasion de mettre dans la bouche de ses personnages de longs discours déclamatoires. Un écrivain français du commencement du xvu^ siècle, Nicolas Coëffeteau, qui faisait autorité pour la langue au temps de Yaugelas et même de La Bruyère, a transporté dans son Histoire romaine, qui fait suite aune remarquable traduction de l'historien Florus, une grande partie des récits et des discours de Dion Gassius.

DiogènedeLaërte. — C'est apparemment à l'époque de la dynastie syrienne qu'il faut placer aussi un autre historien biographe, dont le style n'est pas meilleur que celui de Dion et de Pausanias. On croit qu'il est né à Laërte, en Gilicie, au in® siècle après J.-C. ; sa vie est inconnue. Nous avons de lui un ouvrage intitulé : Vies et doctrines des philosophes illustres. Diogène, dans les dix livres de ce recueil, parcourt l'histoire entière delà philosophie grecque depuis les Sept- Sages et Socrate jusqu'à Epicure. Mais l'ordre historique n'est pas toujours respecté; on est surpris de trouver les pythagoriciens au YIIl® et au IX® livre entre

l'école stoïcienne et les Epicuriens. D'ailleurs le livre est une compilation sans méthode et sans critique, où sont rapportés tous les jugements, toutes les anecdotes que l'auteur a pu réunir. Cependant il est précieux par les textes originaux que Diogène a reproduits fidèlement et par l'exactitude avec laquelle il cite ses sources.

Hérodien. Est-ce à cet âge, est-ce au suivant qu'il faut placer un dernier écrivain, utile comme Dion Cassius pour l'histoire des empereurs, Hérodien d'Alexandrie? On le croit né vers 170jet mort vers 240. Son Histoire commence au règne de Commode (180), embrasse tous les princes syriens et, après eux ces empereurs éphémères, Maximin, Maxime-Pupien et Balbin, Gordien II), qui commencent la période qu'on appelle l'anarchie militaire et dont l'âge prépare l'avènement "de la monarchie absolue avec Dioclétien.

Gomme ses prédécesseurs, Hérodien est un rhéteur épris des discours et de considérations générales prétentieuses et vides : la précision manque dans ses récits, il néglige absolument la chronologie, mais il est beaucoup plus impartial et plus soucieux de la vérité que Dion. Son style, incorrect et plein dejlatinismes, échappe aussi à la fausse élégance de ses prédécesseurs.

Rhéteurs. — Êrudits. — Des historiens que nous venons d'énumérer aux rhéteurs proprement dits la distance n'est pas grande. C'est aux rhéteurs que les historiens empruntaient leurs procédés de style, leur élégance ampoulée, la pompe de leurs discours; mais leurs écrits, même quand ils se réduisaient à des compilations mal digérées, avaient du moins l'avantage de contenir des faits; leur utilité les a préservés de l'oubli ; on les consulte, on puise chez eux des ren-

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seignernents. Les rhéteurs, au contraire, malgr^'i \(\ir gi-aïuie renommée lorsqu'ils professaientdans les écoles ou qu'ils promenaient de villes en ville leur élof|uence théâtrale, sont aujourd'hui profondément ignorés. Qui s'aviserait de lire les discours d'IIérode Atticus, le hrillant et fastTieux professeur d'Athènes, ceux de Maxime de Tyr, d'^lîlius Aristide ? Passons rapidement en revue ces hommes qui ont attiré de nombreux élèves et dont l'enseignement, à en juger par leurs écrits, a été si vide.

A la lôte de ces brillants rhéteurs on place ordinairement un contemporain de Plutarque, Dion, que l'enthousiasme de ses élèves surnomma Bouche d'or (Chrysostome). Il est bien vrai que Dion dut sa renommée à ses éclatants débuts; mais il quitta bientôt la rhétorique pour la philosophie, il devint un prédicateur populaire de morale : nous le rapprocherons des philosophes moraUstes, Epictète et Marc-Aurèle.

Hérode Atticus. — Après Dion, le plus fameux de tous ces rhéteurs fut Hérode Atticus, qui a peu écrit, mais dont la belle parole enchantait les élèves de l'école d'Athènes. Il fut précepteur de Marc-Aurèle, et il forma beaucoup d'écrivains devenus célèbres, tels que le géographe Pausanias, Adrien de Tyr, le critique latin Aulu-Gelle. Il avait une grande fortune dont il ût un noble usage: il construisit un théâtre au pied de l'Acropole, il releva le stade qui tombait en ruines et garnit les gradins de roarbre pentélique. Il prodigua les encouragements aux hommes de lettres et aux artistes. Il habitait, à Tune des sources du Céphise, une somptueuse maison entourée de jardins délicieux; c'est là qu'il mourut en 180. Nous n'avons rien conservé de ses rares ouvrages.

Apollonius Dyscole etPollux. — A la même époque

appartiennent les grammairiens Apollonius Dyscole, qui le premier, au jugement d'un savant critique * a fixé les règles de la syntaxe grecque, et Jules Pollux, de Naucratis en Egypte, qui professa aussi à Athènes, et fut même le chef des professeurs de cette école. Son Onomasticon, catalogue de mots grecs groupés d'après les idées qu'ils représentent, avec des citations nombreuses et des explications sur l'emploi de chacun d'eux, est un livre très utile pour Tétude de la langue grecque. Cet ouvrage est divisé en dix livres, dont chacun forme comme un traité séparé.

.ffilius Aristide. — ^Elius Aristide, né en Mysie,fut un des élèves d'Hérode Atticus, et il égala son maître par son éloquence exaltée et pathétique qu'il étala partout, en Grèce, en Asie, en Egypte, en Italie. Beaucoup de villes lui élevèrent des statues. Il trouva une belle occasion de déployer utilement son talent oratoire: la ville de Smyrne avait été détruite par un tremblement de terre (178) ; il adressa à l'empereur Marc-Aurèle un écrit si touchant sur la situation des habitants que l'empereur fondit en larmes et jura de rebâtir la ville. Les Smyrniotes donnèrent à ^lius Aristide le titre de fondateur de leur cité, le nommèrent prêtre d'Esculape; il refusa beaucoup d'autres honneurs que lui offraient les empereurs»

Il nous reste de lui deux traités de peu d'importance Sur le style politique et Sur le style simple, et quarante-cinq discours ou déclamations bien plus intéressants, en général, que ceux des autres rhéteurs. L'auteur traite quelquefois des sujets de rhétorique, mais le plus souvent ce sont des panégyriques de villes ou de divinités. Malgré la forme artificielle de

1. M. Egger. Apollonius Dyscole. Essai sur Vhistoire des théories grammaticales dans l'antiquité. 1854.

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la composition et l'élégance calculée du style, on y trouve des idées, de la vie. Ses récits ont souvent un caractère palhéti(|iie, témoin celui qui atlenrlrit Marc- Aurèle. Il y a aussi dans l'exaltation maladive de l'auteur, dans les visions qu'il raconte, dans ses ellorts pour se rattacher au paganisme expirant, un signe du travail des âmes à cette époque où le christianisme répandait ses doctrines et où les esprits les plus rebelles étaient atteints, sans le vouloir, par le souille de cette grande rénovation morale.

Hermogéne — Hermogènede Tarse, contemporain d'iËlius Aristide, était professeur à quinze ans et il ravissait Marc-Aurèle. De dix-sept à vingt cinq ans, il écrivait et publiait des ouvrages de rhétorique fort estimés des anciens et restés classiques pendant de longs siècles. Hermogéne paya cher sa maturité précoce : à vingt-cinq ans il était épuisé et tombait dans une complète imbécillité. Nous avons conservé ses quatre premiers traités quise rapportent tous au même sujet : 1** Vart de la rhétorique et ses règles; 2° De Vinvention; 3° Méthodes oratoires; ^° Exercices xiréparatoires. Toutes les figures de pensées et de style, tous les procédés de la rhétorique sont exposés dans ces livres avec clarté, mais avec une abondance un peu diffuse. Bien que cette rhétorique fût placée tout près de celle d'Aristote, elle est aussi superficielle et aussi vide que celle du grand philosophe est pleine et profonde.

Philostrate. — Ce nom est celui de plusieurs écrivains qui étaient parents. Le plus célèbre vécut au ii» siècle ; il enseignait la rhétorique à Athènes et il a écrit plusieurs ouvrages qui ont rapport à cet art : nous les avons conservés. Ses Vies des sophistes ont une valeur particulière à cause des renseignements qu elles ren-

ferment sur l'histoire littéraire du temps ; ses Tableaux sont une suite de descriptions de peintures que l'auteur dit avoir vues à Naples. t

lia composé aussi un Traité de V art épistolaire et des Lettres, qui sont des modèles d'amplification à Tappui des règles tracées dans le Traité, On a découvert récemment (1858)* son Traité SU7' la gymnaUiqueMd^sle plus curieux de ses ouvrages est la Vie et Apollonius de Tyane. Né en Gappadoce, presque contemporain de Jésus-Christ, ce thaumaturge avait longtemps voyagé en Orient; il en rapporta des doctrines mystiques et de pratiques à l'usage des prêtres de ces contrées, puis il parcourut la Grèce en opérant de prétendus miracles. Tantôt il était bafoué comme un imposteur, tantôt on l'adorait à l'égal d'un dieu. Il parut à Rome sous Néron, et fut chassé; plus tardilobtint, comme le Juif Josèphe, la protection de Vespasien et s'établit à Éphèse: là, sous le nom d'école pythagoricienne , il donna des enseignements où le symbolisme oriental jouait un grand rôle et continua ses exercices de thaumaturgie. A l'époque des princes syriens, les progrès du christianisme devenaient la grande inquiétude des empereurs. On imagina sans doute d'opposer la figure et les miracles d'Apollonius à ceux de Jésus-Christ, et de répandre un évangile païen. Telle dut être la pensée de JuliaDomna, femme de Septime-Sévère, en demandant à son protégé Philostrate deraconterla vie d'Apollonius. Mais la tentative fut vaine ; presque à ce môme moment les écrits de Lucien portaient le dernier coup aux croyances du paganisme. Ce n'étaientpas les déclamations de Philostrate, sa prédication vide d'espérances et de promesses pour l'avenir, qui pouvaient ramener les âmes, attirées tous les jours et déjà en partie conquises à « la bonne nouvelle. »

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