‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 211 sur 267 · Cet ouvrage est divisé en Xll livres · texte numérisé non relu

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2. Martha, La vertu stoïque. « Il semble que la philosophie païenne, moins altière, se rapproche de pins en plus du christianisme qu'elle ignoreou qu'elle méconnaît, et soit prête à se jeter entre les bras du Dieu inconnu. » Edit. in-8, page 207.

ont le mieux fait de leurs croyances la règle de leur conduite.

La vie publique de Marc-Aurèle (121- 180) appartient à l'histoire. Quant à sa vie privée, on apprend à l'admirer dans ses Pensées, qui contiennent sur sa mère, sur ses maîtres, sur la pureté de son enfance, sur l'action bienfaisante de la famille, de la campagne, de l'étude, tant de confidences pleines d'effusion. Le grand événement de sa jeunesse, c'est la lecture du livre d'Epictète; il en témoigne vivement sa reconnaissance au stoïcien Rusticus qui lui a prêté le Manuel. Il en observe scrupuleusement pour lui-même les sévères principes : il interdit à sa parole tout déguisement, même commandé par les convenances de sa haute fortune; il se dicte cette règle inflexible : « Que toutes tes paroles aient un accent d'héroïque vérité! » La sagesse du philosophe n'a point amolli le souverain, pas plus que la piété du chrétien n'a refroidi l'intrépide valeur de saint Louis ni affaibli les ressorts de sa volonté et de sa ferme raison. Marc-Aurèle n'oublie jamais qu'une vie active est le premier devoir d'un roi, et que sa tâche est de tous les jours :

Songe à toute heure, dit-il, qu'il faut agir en Romain, en homme... Ce qui n'est point utile à la ruche, n'est pas non plus utile à l'abeille... Offre au Dieu qui est au dedans de toi, un être viril, un citoyen, un empereur, un soldat à son poste, prêt à quitter la vie, si la trompette sonne... La vie est courte ; le seul fruit delà vie est de maintenir son âme dans une disposition sainte et de faire des actions utiles à la société... Veille au salut des hommes I

Et ses dix-neuf années d'un règne rempli d'expéditions contre les Barbares, de luttes contre des généraux révoltés, de calamités de toutes sortes, pestes, disettes, tremblements de terre, combattues par son

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infatigable bienfaisance, prouvent conciment il a su remplir son programme.

M. Martha, dont nous résumons ici la belle élude sur Marc-Aurèle, montre aussi que cet empereur philosophe n'a jamais été un utopiste*.

N'espère pas, dlL-il, qu'il y ait jamais une république de Platon ; contente-toi de faire avancer quelque peu les choses, et ne regarde pas comme sans importance le moindre progrès ^.

. !1 adoucit les lois, il s'efforce de réformer insensiblement les mœurs|; mais il ne heurte pas de front les préjugés et les coutumes. Ne pouvant supprimer les combats de gladiateurs, il donne aux combattants des glaives émoussés. Ces jeux barbares le révoltent, cependant il se commande à lui-niême « d'y assister avec un sentiment de bonté et sans mépris insolent. » L'indulgence, la bonté, la seule vertu qu'il ait divinisée, et à laquelleil ait élevé un temple, cette bonté dontil a dit : « Souviens-toi quelabontéestinvincible^» éclate partout dans ses Pensées < Aime les hommes, dit-il, mais d'un amour véritable. > Elle s'étend aux serviteurs comme à tous les autres, aux ingrats, aux ennemis, comme aux amis reconnaissants : « Ce n'est point assez de pardonner; il faut aimer ceux qui nous offensent. » Et il ne veut pas que la pensée d'unerécompense, soit la reconnaissance, soit la gloire, ôte à ses bienfaits leur caractère désintéressé :

Tel homme, dit-il, lorsqu il a obligé quelqu'un, se hâce de lui porter en compte le service rendu. Tel autre, sans être

1. Pensées, passim, traduction de M. Martha, Examen de conscience d'un empereur romain.

2. Voir tout le passage dans notre Choix de Morceaux traduits, page 487.

3. « La bonté est ce qui ressemble le plus à Dieu et ce qui désarme le plus les hommes. » Lacordaire, Lettres à un jeune homme, XXXVUI.

aussi pressé, ne laisse pas de regarder en lui-même l'obligé comme son débiteur, et sait ce qu'il a fait. Un troisième enfin ne sait pas même, si je puis dire, ce qu'il a fait : il est semblable à la vigne qui porte ses grappes, et puis après ne demande plus rien, satisfaite d'avoir donné le fruit qui lui est propre. Commole cheval qui a couru, le chien qui a chassé, l'abeille qui a fait son miel, l'homme qui a fait le bien ne publie pas son action, il passe à une autre; de même que la vigne se prépare à porter de nouveaux fruits dans la saison ^

Il connaît les hommes, il a éprouvé combien il est difficile, même à force de vertu et de bienfaits, de se concilier l'affection de tous. Un souverain surtout froisse toujours des vanités, blesse des intérêts, frustre des ambitions. Cette pensée aide Marc-Aurèle à mourir avec résignation et douceur :

Aucun homme n'est assez fortuné pour n'avoir pas, quand il meurt, quelqu'un qui se réjouisse du mal qui lui arrive. Étaitil sage et vertueux? à sa dernière heuce, il se trouvera bien quelqu'un pour dire en lui-même : je respirerai enfin, délivré de ce pédant! Il est vrai qu'il ne gênait personne; mais je sentais bien qu'en secret il nous condamnait. Voilà pour l'homme de bien. Quant à nous, souverains, combien d'autres raisons font souhaiter à plus d'un d'être délivrés de nous ! Fais cette réflexion au moment de la mort, et tu partiras avec plus de résignation. Car tu diras : je sors d'une vie où ceux, avec qui je l'ai passée, pour qui j'avais tant travaillé, tant fait de vœux, tant pris de peine, sont les premiers à souhaiter mon départ, dont ils espèrent peut-être quelque avantage. Pourquoi donc désirer un plus long séjour ici-bas? Cependant ne t'en va pas pour cela moins bien disposé pour eux : conserve jusqu'au bout ton caractère ; reste affectueux, bienveillant, indulgent 2.

Pas plus que sur la reconnaissance Marc-Aurèle ne

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