‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 221 sur 267 · LITTÉRATU~^E PROFANE DE CONSTANTIN A JUSTINIEN · texte numérisé non relu

LITTÉRATU~^E PROFANE DE CONSTANTIN A JUSTINIEN

Caractères. — Cette vaste période, qui, de la fondation de Gonstantinople s'étend jusqu'à la prise de cette ville par Mahomet II en 1453, finit en réalité pour nous avec le rogne de Justinien. Les écrivains qui se rencontrent ensuite pendant cette longue vieillesse de l'empire byzantin, sont des érudits, des chroniqueurs et des théologiens. Nous citerons, comme conclusion de ce livre, ceux qui ont survécu par des travaux utiles, dignes d'être consultés encore aujourd'hui. Mais notre étude comprendra surtout le iv° et le v® siècle, c'està-dire les auteurs profanes, encore assez nombreux, qui représentent bien faiblement, sauf un ou deux, l'hellénisme expirant, et la littérature chrétienne, pleine de jeunesse et de vie, à laquelle il faut s'adresser pour trouver, dans ces siècles si éloignés de l'âge classique, la grande éloquence et la véritable poésie.

Ecoles du IV° siècle. '— Rhéteurs. — A côté des écoles d'Asie-Mineure et d'Egypte, et de l'école d'Athènes qui domine toujours les autres par la rc-

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nommée des maîtres et par les souvenirs littf'irairos de Ici ville, il s'en élève à Constantiriople qui rivalisent d'éclat avec les plus vieux et les plus célèbres contres d'éludés. On y accourt de toutes parts, mais surtout de TAsie, de l'Albanie, de tous les pays voisins du Danube : de là un mélange de dialectes funeste à la pureté de la langue grecque ; c'est l'origine de ces altérations successives qui l'ont défigurée, et qui ont produit ce qu'on appelle le grec moderne. On sait les eiforts d'Athènes et de la Grèce, rendues à ellesmêmes, pour débarrasser la langue des éléments étrangers qui la souillaient et pour rétablir dans son intégrité la syntaxe antique.

Himérius. — Le plus fameux professeur d'Athènes au IV'' siècle, Tut Himérius, né à Pruse (Brousse) en Bithynie. Il commença par ces promenades oratoires que nous avons décrites à propos des rhéteurs des âges précédents. Après avoir acquis ainsi une grande réputation d'éloquence, il vint se fixer à Athènes, où il compta parmi ses élèves saint Grégoire de Naziance, saint Basile, et le futur empereur Julien. Celui-ci, monté sur le trône, prit pour secrétaire son ancien maître, qui était resté païen et qui le servit dans sa guerre contre le christianisme. Himérius continua même cette polémique après la mort de Julien. Il nous reste de lui vingt-quatre discours et des fragments de beaucoup d'autres. Ce sont des exercices d'école, avec la recherche et l'emphase que nous avons trouvées chez la plupart des rhéteurs.

Thémistius. — Thémistius, né en Paphlagonie, vers 320, élevé dans l'école, car son père Eugénius était maître de philosophie, commença aussi par enseigner la philosophie et la rhétorique à Nicomédie, à Constan-

tinople, à Rome. Sa renommée oratoire, les discours officiels qu'il prononça devant des empereurs, firent de lui un personnage politique. Il devint sénateur, préteur, préfet de Gonstantinople, puis tuteur du jeune empereur Arcadius, fils de Théodose. Panégyriste de tous les pouvoirs, mais honnête et intègre, Thémistius sut conserver la confiance des souverains, tout en restant également indifférent à la. religion ancienne et au christianisme. Il s'honora par un discours qu'il adressa à Jovien pour le féliciter d'avoir proclamé le libre exercice de tous les cultes. Outre ce discours qui renferme de belles pages, nous avons de lui des conseils aujeune Valentinien (369), un discours sur la clémence, des harangues officielles, des amplifications d'école. Trente-trois de ces opuscules nous sont parvenus dans le texte original; le trente-quatrième nous est connu par une traduction latine. Nous avons aussi des parties de ses commentaires et de ses paraphrasées sur Aristote. Il avait fait les mêmes études sur les œuvres de Platon ; mais nous les avons perdues. Thémistius imite le style de ce philosophe : sa langue est meilleure que celle de ses contemporains, mais il n'échappe pas à la déclamation et à la subtilité. On l'avait surnommé Euphradès (le beau parleur.)

Libanius — Né à Antioche, vers 314, ce rhéteur ouvrit à Gonstantinople, où il avait lui-même étudié, une école qui attira un grand concours d'élèves. Accusé de magie par des collègues jaloux de son succès, il fut banni vers 346, alla enseigner à Nicomédie, fut rappelé à Gonstantinople, et enfin se fixa à Antioche en 354. Etranger au christianisme comme Thémistius, il fut, comme lui, modéré et doux. Ses élèves, saint Basile et saint Jean Ghrysostome, restèrent ses amis. Quand Julien, dont il avait été aussi le maître, tentn la restauration du vieux culte, Libanius le blâma de

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ses violences plus funestes qu'utiles à la cause du paganisme.

Nous avons de Lihanius un gros recueil de lettres réelles ou fictives (1605 en grec, 390 dans la traduction latine). Quelques-unes sont adressées à Julien, à saint Athanase, à saint Basile, à saint .Jean Chrysostome. Ce recueil est précieux pour la connaissance de la littérature et de la société grecque au iv*" siècle. Ses autres ouvrages {soixante-six Discours, quarantehuit Déclamations, Modèles d'exercices, une Vie de Dèmosthène, des Arguments pour tous les discours de cet orateur), ont souvent de l'inlérêt; mais Libanius, imitateur des Attiques, donne à son style, par cette recherche de la couleur ancienne, quelque chose de prétentieux et d'artificiel.

Julien. — La vie de Julien (331 -3C 3) appartient à l'histoire. Chrétien par contrainte pend.int sa jeunesse, ulcéré par le massacre de toute sa famille que son oncle Constantin avait fait périr, porte d'ailleurs vers le mysticisme par ses relations avec Mrxime et Chrysante, théurges d'Ephèse, parles enseignements de Jamblique, le chef de l'école d'Alexandrie, par son admiration même pour Homère et Hésiode, dont il regardait les poèmes comme les livres sacrés de la Grèce et dont il prétendait interdire la lecture aux chrétiens, il se déclara, après son élévation à Tempire, le restaurateur du vieux culte. Ennemi acharné des chrétiens, il les écarta de tous les emplois, il dépouilla leurs églises, il voulut même les priver du savoir, en interdisant à leurs professeurs l'enseignement des lettres profanes et à leurs enfants la fréquentation des écoles. Il rêvait, comme ses maîtres Ammonius, Plotin et Jamblique,une sorte de paganisme monothéiste, avec un dieu tout-puissant, le Soleil-Roi (c'est le titre d'un de ses ouvrages), et des ministres subalternes, qui

sont les anciens dieux, purifiés de toutes leurs souillures par des explications allégoriques. Ce n'était, en somme, ainsi que l'a dit un critique *, qu'une contrefaçon du christianisme. Il sentait la nécessité d'infuser aussi au paganisme la charité, l'action morale; car il voulait, à l'exemple des chrétiens, établir près de chaque temple des hôpitaux et des écoles. Il écrit à un gouverneur de Galatie :

Il serait honteux que nos sujets fussent dépourvus de tout secours de notre part, tandis qu'on ne voit aucun mendiant ni chez les Juifs ni même parmi la secte impie des Galiléens, qui nourrit non seulement ses pauvres, mais souvent les nôtres.

Cette tentative de Julien pour rétablir une religion déchue devait échouer. « Elle fut, dit un historien de la littérature grecque % comme un de ces derniers mouvements convulsifs que fait un être mourant avant d'expirer. » Julien lui-même, avant sa mort prématurée, a dû. le prévoir. 11 raconte que, se rendant à Antioche pour célébrer comme grand prêtre la fête d'Apollon, il voyageait «l'imagination remplie de parfums, de victimes, de libations, déjeunes gens revêtus de magnifiques robes blanches, symboles de la pureté de leur cœur. » Mais, arrivé dans le temple, « il ne trouve pas une victime, pas un gâteau, pas un grain d'encens. » 11 appelle le prêtre; il lui demande ce que la ville offrira dans ce jour solennel: « Rien, répond le prêtre; voilà seulement une oie que j'apporte de chez moi ; car la ville n'a rien offert aujourd'hui. »

Philosophe et théologien malheureux, Julien est un écrivain naturel, clair, fin, spirituel, qui a échappé

i. Pierron, Hist. delà littérature grecque, page 458^ £. M. Emile Burnouf, t. II, p. 4ûS.

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au style déclainatoire des écoles. .Ses meilleurs ouvrages ont un caraclftro satirique. L'un, le Afisopofjfjn [\j h'nnemi de la bai'hc), est une réponse aux haljilants d'Antioche qui s'étaient moqués de sa barbe longue et inculte, de son grossier manteau de philosophe. Il y a beaucoup de verve dans ce pamphlet contre les chrétiens, et, bien qu'on puisse trrjuver que cette riposte d'un empereur manque de dignité, mieux valait une telle vengeance que les supplices et la mort qu'il pouvait infliger à ses contradicteurs. L'autre écrit, qui semble inspiré par les Dialogues de Lucien, Les Césars, est une revue des empereurs romains, y compris Jules César et même Alexandre. Ils comparaissent devant les dieux pour disputer une place vacante dans l'Olympe. L'introducteur est Mercure, et le juge Silène. Chacun d'eux rend compte de sa conduite. Julien ne les ménage pas : très dur pour Constantin, persécuteur de sa famille et pour Constance, il est sévère même pour Marc Aurèle, qui pourtant remporte la victoire.

Nous avons de Julien beaucoup d'autres ouvrages, quatre-vingt-trois Lettres, des Eloges de V empereur Constance et de l'impératrice ^^^^eô^'e, deux discours en Vhonneur du Soleil-Roi et de la Mère des dieux, mélange de théologie païenne et de philosophie néoplatonicienne ; une Lettre à Thémistius sur les devoirs de la royauté, une Consolation à Salluste etc. Ces deux derniers opuscules ont une véritable élévation de sentiment et de pensée.

Romanciers. — Antonius Diogène. — Nous avons rencontré, parmi les œuvres de Lucien, un roman burlesque, qui n'était peut-être pas son seul essai dans ce genre; car on lui attribue souvent un autre écrit romanesque : VAne, que le dernier critique de Lucien, M. Maurice Groiset, ne reconnaît pas comme authentique.

Peut-être avait-il trouvé l'idée de son Voyage véritable dans un roman intitulé : Les choses incroyables d'au delà de Thulé, œuvre d'un certain Anto nius Diogène, dont on ignore Tépoque, mais qui a vécu probablement dans le ii® ou le iii^ siècle. Photius nous a donné une analyse de ce voyit^e fantastique d'un Arcadien au nord de l'Europe et Je l'Asie jusque par delà l'île de Thulé.

Héliodore. — Les Ethiopiqiies ou les aventures de Théagène et Char idée, roman d'Héliodore d'Emèse (Syrie), écrivain du m® ou du iv® siècle, sont célèbres par une anecdote de la jeunesse de Racine. Deux fois cet ouvrage, qu'il lisait dans le texte même, fut surpris entre ses mains et brûlé par les docteurs de Port- Royal ; une troisième fois il l'apprit par cœur. Quelques scènes où s'épanche une passion idéale et presque mystique peuvent expliquer le goût du futur poète tragique pour cet ouvrage bien invraisemblable et bien compliqué. L'héroïne du roman est tuée dans une caverne par un chef de brigands; Théagène se lamente longtemps sur le corps de sa fiancée. Mais il se trouve que le brigand a frappé, au lieu d'elle, une autre femme qui s'est rencontrée là fort à propos. Plus tard, Ghariclée est sauvée encore d'une façon plus merveilleuse : la femme du gouverneur d'Egypte, éprise de Théagène, condamne sa rivale à périr dans les flammes. La jeune fille monte sur le bûcher, on y met le feu, rien, ce semble, ne peut plus la sauver; mais elle porte une bague merveilleuse, qui a, sans que Ghariclée le sache, la vertu de préserver des flammes. En môme temps le peuple, soulevé par le grand prêtre de Memphis, arrive pour sauver la victime. Et Théagène n'est pas moins souvent exposé. Il tombe entre les mains de pirates. En Ethiopie il doit être sacrifié aux dieux du pays; au moment où il va

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tomber sous lo couteau du prôlre, le roi, qui se trouve cire le pèro de Charicléo, abolit Um sacrifice^ bumains. (Ju(j de ressorts mis on jeu! et combien cette accumulation môme de périls nuit à l'inlérClî car, lorsqu'on a vu des personnages échapper deux fois à la mort d'une manière si miraculeuse, on n'est plus inquiet de leurs nouveaux dangers; on sait que l'auteur trouvera toujours quelque expédient pour les sauver.

Achille Tatius. — Ce défaut est encore exagéré dans les Histoires de Leucippe et de Clitophon, roman d'Achille Tatius, né à Alexandrie, sansdoute contemporain d'Héliodore, dont on peut soupçonner qu'il est l'imitateur. Là un amant, Glitophon, voit de ses propres yeux immoler celle qu'il aime, Leucippe, que des pirates sacrifient à leur divinité : on lui déchire le ventre, les barbares font un repas de ses entrailles, le reste de son corps est enseveli. Le moyen que Glitophon ei le lecteur doutent de cette mort? Pourtant elle sort vivante du tombeau : ce sacrifice n'a été qu'une comédie concertée avec le prêtre, c'est sur un ventre de théâtre que les coups ont porté. Cependant la jeune fille n'est pas au bout de ses épreuves : une seconde fois, on la croit morte ; Glitophon finit par faire un autre mariage, et c'est dans la maison de sa femme qu'il retrouve Leucippe réduite à la condition d'esclave. On voit quHéliodore et Tatius se mettent bien en frais pour jeter de la variété dans leurs fictions ; ils intéresseraient davantage si, au lieu de placer tout le roman dans les circonstances, ils n'avaient fait des circonstances qu'un moyen de développer la passion et les caractères.

Longus. — Un autre romancier grec s'écarte complètement de cette manière; c'est Longus, dont on

ignore l'époque, dont le nom même est contesté, mais dont l'ouvrage, intitulé Pastorales ou Daphnis et Chloé a une simplicité d'intrigue, une délicatesse d'analyse, une grâce et une fraîcheur de style qui le placent beaucoup au-dessus des romans d'Héliodore et de Tatius. Ceux-ci ont accumulé les aventures extraordinaires, celui-là a voulu rester près de la nature; les premiers n'ont pas assez de leurs personnages pour intéresser; le second n'intéresse que par eux ; là on est perdu dans les incidents, on ne voit ni le développement ni la marche de la passion ; ici tout le soin du poète est d'en montrer la naissance et les progrès, d'en faire ressortir tous les traits. Daphnis et Chloé sont bergers, sinon par la naissance, du moins par les événements qui ont placé leur enfance entre les mains de pauvres paysans. Ce roman est donc, comme nous l'annoncions à propos de Théocrite, une sorte d'idylle en prose : avec les descriptions chères à la poésie pastorale, on y retrouve les luttes de chant, les pantonimes, les fêtes religieuses et champêtres.

Nous ne pouvons faire ici l'analyse de l'ouvrage. Disons seulement que cette simplicité de forme cache une finesse d'observation qui trahit une science consommée. La naïveté du style elle-même est calculée et savante, elle appartient à une époque de raffinement où c'est une nouveauté piquante pour un auteur de revenir à la nature et de paraître s'inspirer d'elle seule dans ses tableaux et dans son style. Mais il arrive alors que cette simplicité est souvent un peu prétentieuse, et qu'elle se trahit par le soin même qu'elle a de s'étaler. Les traces de ce défaut se trouvent dans l'amour de Longus pour les descriptions, dans la symétrie.étudiéede ses développements, dans l'abus des contrastes et des antithèses dontil a rempli ses discours.

On a quelquefois comparé le roman de Longus à la délicieuse idylle de Bernardin de saint Pierre. Mais une

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civilisation entière sépare Chloé de Vir;^inie. Cliloé^ c'est la nature païenne, c'est la société où.rAriiour est un dieu, oh ses transports sont mis sous la protection d'une déesse; Virginie, c'est la nature régénérée par une religion austère, ennemie des molles voluptés et des passions qui énervent l'âme. Mais, si les personnages de Longus sont loin de la pureté de Paul et Virginie, leur naïve ignorance leur tient lieu de cette sévère pudeur inconnue de leur temps. C'est leur ingénuité, c'est la grâce avec laquelle ils parlent et agissent, qui font l'intérêt et le prix du roman. Ce petit livre a eu d'ailleurs la bonne fortune de rencontrer un traducteur comme Amyot, dont le vieux langage semble fait tout exprès pour le sujet et ajoute à la saveur du grec le charme d'une candeur qui n'est pas le véritable caractère de roriginal.

Alciphron. ~ Au roman par récit se rattache un genre particulier, très commun chez les modernes, le roman par lettres. On peut donner ce titre aux soixanteseize lettres fictives d'Alciphron, rhéteur du ii* ou du m^ siècle. Il introduit dans cette correspondance des paysans, des pêcheurs, des parasites, des courtisanes. Quelquefois ses personnages sont historiques; ainsi le peintre Praxitèle correspond avec Phryné, le poète Ménandre avec Glycère. Ces lettres, dont le style élégant et fleuri sent le rhéteur, sont utiles comme un tableau des mœurs de la Grèce à l'époque où écrivait l'auteur.

Aristénête. — Aristénète, qu'on place au iMf ou au V* siècle, est bien au-dessous d'Alciphron. Ses cinquante etune lettres roulent, en général, sur des sujets licencieux: le style, plein d'expressions poétiques, est tendu, affecté, artificiel. On ne peut s'empêcher

de s'écrier avec un critique contemporain * : « Quelle pauvreté dans ces œuvres de l'art hellénique, lorsque les lettres chrétiennes comptaient parmi leurs noms célèbres ceux de Grégoire de Naziance, de Basile, de Grégoire de Nysse, de^Jean Chrysostome I »

Poésie épique. — Ce ne sont pas les essais épiques, nombreux au iv*^etau v® siècle, qui pouvaient consoler la Grèce de cette décadence de la prose.

Nonnus. — Rien de plus confus que l'œuvre immense de Nonnus, né à Panopolis, en Egypte, vers le v' siècle. Son poème des Dionysiaques, divisé en quarante-huit chants, ne comprend pas moins de vingt et un mille vers. Bien que Bacchus soit le sujet du poème, les aventures de Jupiter, d'Europe, de Typhon, de Gadmus, etc. remplissent les six premiers chants. 11 n'y a pas plus d'unité dans le reste, mais on trouve dans ce chaos toutes les légendes anciennes sur le mythe de Bacchus : c'est donc une source de renseignements utiles à la mythologie. La versification est savante, mais le style a une surabondance et une enflure fatigantes.

Plus tard Nonnus devint chrétien, et il a donné de l'évangile de saint Jean une paraphrase en vers très fidèle.

Coluthus. —Nommons seulement Coluthus, Égytien comme Nonnus, et un peu postérieur à lui. De ses nombreux essais épiques, les Persica, les Calydoniaca etc., il ne nous reste qu'une pièce d'une authenticité douteuse, VEnlèvement d'Hélène ; l'auteur y décrit en 332 vers les noces de Pelée, le Jugement des Dieux, leur querelle jusqu'à la fuite de Paris et d'Hélène.

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