Emile Burnouf. Hist. de la lilt. grecque, t. II, p
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Tryphiodore. — Trypliiodoro, contemporain du \ siècle, a publié une llippodamie^ une Odyssée, des Ma rallioniaca. Il nous reste de lui un morceau en six cent quatre-vingt-un vers intitulé : La prise de Troie. Le style est faible et le récit sec et fastidieux. Trypbiodore, dans son Odyssée et dans son Ili-ppodarniey avait eu ridée sublime d'exclure de chaque chant la lettre qui en indiquait le numéro : ainsi l'a était banni du premier chant, le b du second. Quel admirable tour de force !
Quintus de Smyrne. — Bien supérieur à ces œuvres insipides et informes est le poème intitulé : ].a guerre de Troie ou La fin de V Iliade., épopée en quatorze chants, qui embrasse tous les événements de la guerre depuis la mort d'Hector jusqu'à l'incendie de Troie et la dispersion des rois grecs. Rien n'est moins fixé que Tépoque où a vécu Quintus, rien n'est moins certain même que son nom. Le manuscrit qui contient ses huit mille huit cents vers a été découvert au xv'' siècle, dans une église de la Calabre, par le savant cardinal Bessarion. On a conservé le nom inscrit sur le manuscrit; on a fait naître l'auteur à Smyrne; quant à son époque, tantôt on l'a fixée au i^^ siècle après J.-G. tantôt on l'a reculée jusqu'au vi®. Traduit en français, en 1800, par un médecin nommé Tourlet, le poème de Quintus a été très négligé chez nous jusqu'à ces derniers temps. Un célèbre critique, Sainte-Beuve, a exprimé pour lui une vive admiration, et il prétend même y trouver les caractères d'une haute antiquité. Cette thèse, qui est celle de plusieurs critiques allemands, vient d'être reprise par un professeur distingué, qui la soutient dans l'introduction d'une remar quable traduction de Quintus ^ Selon lui, le styh
\. La guerre de Troie ou La fin de Vlliade, d'après Quintuî
de Quintus ressemble de tous points au style des poèmes homériques. Après le Grec Bessarion, un autre Grec, Constantin Lascaris, appelait l'auteur poète homérissime {homericissimi Quinti poesis). Un abîme le sépare, sous ce rapport, de Goluthus et de Tryphiodore dont on le fait contemporain. Ses défauts, comme ses qualités, servent l'opinion de M. Berthault : « L'auteur, dit-il, semble ignorer les règles les plus simples de la composition; il ne connaît pas Tart de ménager l'intérêt, de produire la surprise : au début d'un récit, il en annonce toujours la fin. Il répète sans cesse les mômes formules ; ses descriptions ont une simplicité et une vérité dignes d'Homère; Texactitude en a été hautement reconnue par un voyageur * qui estime que la Guerre de Troie est sortie de la même bouche que l'Iliade. » La familiarité des comparaisons qui n'ont pas la noblesse des époques littéraires, la saavagerie tout antique des personnages, la froideur indifférente avec laquelle le poète décrit le meurtre odieux de Polyxène, indifférence que n'aurait pas montrée un contemporain de Lucrèce et de Virgile, et, par-dessus tout, le manque d'unité si frappant dans le poème, tous ces caractères prouvent, selon M. Berthault, quB la. Prise de Troie est une de ces épopées primitives qui entouraient rUiade et l'Odyssée, et qui formaient le cycle de la guerre de Troie. Quant aux rapports nombreux qu'on surprend entre certains épisodes de VEnéide et ceux de la Prise de Troie, par exemple entre la Penthésilée de Quintus et la Gamille de Virgile, qui prouve que l'original n'est pas l'héroïne du poème grec? Virgile a beaucoup imité, et l'intéressante comparaison que
de Srayrne, traduct. nouvelle par E. A. Berthault, ancien élève de 1 Ecole normale supérieure, agrégé des classes supérieures de rUiiiversité, docteur es lettres. Iu-8, Paris, Hachette, 1884. 1 Lechevalier. Voyage en Troade. Ulysse-Homère. 1829.
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M. Herihault établit entre Penthésilée et Camille n'est pas à l'avantagée de ce dernier «"ipisode. Il conclut non sans raison : < S'il est vrai qu'un modèle est toujours plus beau'^que la copie, Pentliésilée ne seiait-elle pas le modèle de Camille? »
Sans adopter toutes les conclusions de M. Berthault, qui semble élever la Guerre de Troie au rang de l'Iliade et de l'Odyssée, sans partager de tous points son admiration pour le poème attribué à Quintus, nous reconnaissons volontiers avec lui que « si la disposition n'est pas savante, si le lien qui unit les diverses parties est un peu lâche, si les nombreux épisodes qui forment l'ouvrage n'ont d'autre unité que l'idée de la victoire des Grecs, » le style est naturel, simple, précis, sans mauvais goût, sans fausses couleurs. Nous avouons aussi que certains épisodes sont intéressants: telle est la mort de Penthésilée, que nous publions dans notre Choix de morceaux traduits^ et que nous devons à l'obligeance de M. Bertault; telles sont la mort d'Achille (ch. m) et celle d'Ajax (ch. v), le départ de Néoptolème (ch. vn), la mort de Paris et d'OEnone (ch. x), le sacrifice de Polyxène (ch. xrv). Certains caractères ont de l'expression et une grâce touchante. Sainte-Beuve a signalé avec émotion celui d'OEnone, « la femme aimante et abandonnée, l'image à la fois pure et passionnée de l'amour conjugal. »
M. Berthault retrace aussi le caractère de Néoptolème, « fils aimant, respectueux, élevé par une mère enthousiaste dans le culte d'un héros glorieux. Aussi échappe-t-il à la tendresse émue de la femme par tous les côtés où il ressemble à ce guerrier qu'elle adore... Ce jeune aigle n'attend que l'instant d'échapper aux caresses de la colombe. Comme il
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s'anime, comme il s'élance aux premiers mots virils qui résonnent à son oreille* ! »
Musée le grammairien. — Un autre problème, plus obscur encore que celui de l'épopée de Quintus, est soulevé par le gracieux petit poème d'Héro et Léandre. On ne sait, en réalité., quel est ce Musée, ni quand il a vécu, ni même s'il a existé sous ce nom. Quoiqu'il en soit, le tour romanesque des sentiments et l'élégance étudiée du style ne permettent pas de placer cet ouvrage avant l'ère chrétienne. On peut le croire contemporain des romans de Longus etd'Héliodore.
Philosophes. — Proclus. — Les seuls élans de poésie lyrique qui se rencontrent dans cette décadence de la littérature profane partent de l'âme d'un philosophe, du dernier représentant célèbre de FÉcole d'Alexandrie, Proclus.
Proclus, né en 412 à Gonstantinople, fit ses études à Alexandrie, oti il s'initia aux doctrines des successeurs de Jamblique. Mais il était devenu dangereux d'enseigner la philosophie dans cette ville. Une belle et savante femme, Hypatie, dont les leçons attiraient un grand concours d'auditeurs, qui eut pour élève l'illustre Synésius, et mérita, quoique païenne, le respect et le fidèle souvenir de cet évoque chrétien, avait été assaillie par le fanatisme d'une foule furieuse, précipitée de son char, dépouillée, lapidée, déchirée. Proclus alla donc à Athènes, où les philosophes conservaient encore la liberté de leurs doctrines. Il y enseigna pendant vingt-cinq ans. Sans renoncer à l'exaltation extatique de Plotin et de Jamblique, et en laissant croire aussi à ses miracles, il eut plus de