‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 224 sur 267 · GRANDS MONUMENTS DE L'ÉLOQUENCE CHRÉTIENNE. PÈRES DOGMATIQUES · texte numérisé non relu

GRANDS MONUMENTS DE L'ÉLOQUENCE CHRÉTIENNE. PÈRES DOGMATIQUES

Saint Athanase. — Antérieur par l'époque où il a vécu à ce groupe de grands orateurs chrétiens dont les discours et les écrits sont comme une renaissance de la G;èce classique, saint Athanase n'a pas l'éclat de leur génie ni la puissance de leur parole. Mais on peut dire qu'il leur a préparé la voie par les luttes de sa vie militante et par tant de solides travaux qui renferment la substance de la doctrine chrétienne. C'est lui en effet qui a sauvé l'Église du grand danger de l'hérésie arienne; c'est lui dont la parole énergique et les fortes convictions ont le plus fait pour la défaite de l'arianisme au concile de Nicée (3:2o) et pour l'adoption du symbole définitif qui a fixé le dogme catholique; c'est lui qui a le plus combattu par sa parole et par ses écrits les Ariens appuyés sur le trône impérial, et qui a le plus souffert de persécutions pour le triomphe de Torthodoxie. '

Né vers 296, à Alexandrie, formé par les lettres profanes et par l'étude des livres sacrés, il était encore bien jeune quand il combattit victorieusement à Nicée la doctrine d'Arius. L'année suivante, les suffrages du clergé et du peuple d'Alexandrie l'élisaient patriarche de cette ville. 11 devint l'âme de l'Église d'Egypte : tour à tour déposé et rappelé par des conciles, persécuté ou défendu par des empereurs, suivant

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que Tarianisme était vainqueur ou vaincu, proscrit jusqu'à trois fois par ses ennemis, qui mirent sa l&le à prix, et du fond des déserts ranimant encore par d'énergiques écrits la foi des orthodoxes, ce fut toujours au milieu des acclamations du peuple d'Alexandrie qu'il remonta sur son siège épiscopal. L'indignation des Alexandrins força l'empereur arien Valens à le rappeler d'un dernier exil, et il mourut, en 373, au milieu de ses fidèles, après quarante-six ans d'un épiscopat interrompu par tant de disgrâces.

Les principaux ouvrages d'Athanase sont dirigés contre l'arianisme; ses discours ou traités dogmatiques, par exemple, son Exposition de la foi catholique^ ont toutes les qualités qui convieiinent à ce genre d'écrits, la clarté, la sobriété, la précision, une force tempérée par la mesure. Bossuet s'en est quelquefois inspiré.

Saint Grégoire de Naziance. — Né en 328, à Azianze OU Arianze , bourg du territoire de Naziance , en Cappadoce, fils de Grégoire, évêque de Naziance qui, comme lui, fut placé au nombre des saints, et d'une mère non moins illustre par ses vertus, sainte Nonne, il étudia d'abord à Alexandrie ; puis il fut élève de l'école d'Athènes, où il se lia d'une étroite amitié avec son condisciple saint Basile. 11 y connut aussi Julien qui, frappé de ses talents, chercha vainement à se l'attacher. Les deux amis, Grégoire et Basile, dans l'exaltation de leur piété, se retirèrent dans les déserts du Pont, qui se peuplaient alors de cénobites. Mais il fut rappelé par son père qui, vieux et infirme, voulait Tassocier aux travaux de son ministère. Elevé au sacerdoce, puis nommé en 372 évêque de Sasime en Cappadoce, il reprit, après la mort de son père en 374, la route du désert, et ne le quitta que sur les instances des orthodoxes qui l'appelaient à Gonstanti-

nople pour combattre l'arianisme fort de l'appui de l'empereur Valens. Le succès de ses prédications, les nombreuses conversions opérées par son éloquence, lui firent beaucoup d'ennemis. L'envie redoubla lorsque ! Théodose le Grand, élevé à l'empire, appela Grégoire au i siège archiépiscopal de Gonstantinople. Découragé ' par les intrigues et les haines qui le poursuivaient, il renonça au gouvernement d'une Église qu'il avait presque rendue à la foi catholique ; il fît de touchants adieux à son peuple dans la cathédrale de Sainte-Sophie, il regagna sa retraite de la Gappadoce, et il acheva sa vie à Naziance, mêlant aux pratiques de la piété les travaux des lettres et de la poésie. Il mourut en 389, à l'âge de soixante et un ans.

L'éloquence de saint Grégoire est remarquable surtout par la douceur, la grâce, l'élégance, la richesse et le pathétique. Son abondance l'entraîne quelquefois à des digressions qui refroidissent Tintérêt; il abuse de la symétrie et de l'antithèse. Mais il s'élève par moments jusqu'à une grandeur saisissante, et le génie poétique, inséparable chez lui de l'inspiration oratoire, donne souvent à ses discours, et surtout à ses oraisons funèbres, un éclat, une verve, une mélodie toutes lyriques. M. Villemain a dit : < Ses éloges funèbres sont des hymnes, ses invectives contre Julien ont quelque chose de la malédiction des prophètes. On l'a appelé le Théologien de VOrieni; il faudrait l'appeler le Poète du Christianisme oriental^. »

Nous avons de saint Grégoire de Naziance cinquantecinq discours, dont trois ou quatre sont contestés. Les uns sont dogmatiques et traitent les plus hautes questions de la théologie ; d'autres appartiennent au genre

1. Tableau de V éloquence chrétienne au [v^ siècle, p. 142. Ed. in-8, Didier, 1854. La lecture de ce bel ouvra<^e est indispeasablc à ceux qui veuleut bieu counuître les Pères de l'Eglise grecque et de l'Eglise latine.

du sermon ou de rhomélio; quolqucs-uns, et dos plus éloquents, sont inspirés par une circonstance particulière; tel est son Discours au peuple de Constant inople au retour d'un exil (380); tels sont ses kdieux dont nous avons parlé. Ses deux fnveclloes contre Julien ont une véhémence et une flamme incomparables. Mais ce qui attire le plus les lecteurs modernes tout pleins des souvenirs de Bossuet, c'est son Pané;:5yriqiie des Machabéeb, c'est l'oraison funèbre de son Irére Césarius, médecin des empereurs, revêtu d'emplois considérables, en même temps chrétien intrépide môme sous Julien, ce sont les oraisons funèbres de sa soeur sainte Gorgonie, de son père saint Grégoire, de saint Athanase, et surtout celle de saint Basile, que Bossuet a le plus imitée et oti l'orateur était inspiré parles sentiments d'une longue et tendre amitié. Ivlalgré les étroites limites imposées à cette étude, nous ne résistons pas au plaisir de citer au moins deux passages de ces oraisons funèbres. Le premier est emprunté à celle de Gésarius; on y reconnaîtra l'inspiration de quelques pages éloquentes de Bossuet, déplorant la mort prématurée de Henriette d'Angleterre ;

Telle est notre vie à nous, créatures éphémères, tel est le jeu de notre existence : nous n^'étions pas, nous naissons ; nous vivons pour ne plus être. Nous sommes un songe sans consistance, un fantôme insaisissable, un oiseau qui passe, un navire en mer qui ne laisse point de traces, une poussière, une vapeur, une rosée du matin, une fleur qu'un moment fait naître et qu'un moment détruit. Les jours de l'homme passent comme l'herbe des champs, ils s'effeuillent comme les fleurs de la prairie. Quelle vériié dans ces réflexions du saint prophète David sur la fragilité de la vie humaine!... J'ai tout vu, dit l'Ecclésiaste, j'ai approfondi dans ma pensée tous les biens de la terre, richesses, plaisirs, puissance, la gloire si fugitive, la sagesse qui échappe le plus souvent quand on croit la tenir; puis encore les plaisirs, encore la sagesse, repassant plusieurs

fols dans le cercle des choses humaines, plaisirs de la table, jardins délicieux, essaims de serviteurs, abondance des domaines, échansons et chanteurs des deux sexes, armes, satellites, hommages des peuples agenouillés, tributs des nations, faste du trône, tout le superflu, tout le nécessaire de la vie. Et qu'y a-t-il au fond de tout cela? Vanité des vanités et tout est vanité, illusions que le vent emporte, élan inconsidéré de l'âme, distractions mensongères de l'homme qui sans doute porte ainsi la peine de sa première chute. Mais écoute, dit-il, la conclusion de ce discours : crains Dieu, car c'est là tout l'homme; c'est là tout le prix de la vie; par là, à travers le tumulte des choses visibles et passagères, on arrive aux biens solides et immuables'.

On reconnaîtra encore Bossuet dans cette belle péroraison de Toraison funèbre de saint Basile:

Venez maintenant, vous tous, prêtres et lévites, autrefois ses fidèles compagnons; vous tous tant que vous êtes, citoyens et étrangers; joignez-vous à moi pour célébrer ses louanges ; que chacun de vous expose ce qu'il connaît de ses vertus. Évêques, louez votre législateur; magistrats, votre oracle; peuple, votre pasteur; orateurs, votre maître; vierges, votre introducteur auprès de l'Epoux; femmes, votre guide; solitaires, celui qui vous donnait des ailes; religieux, votre juge; âmes simples, louez votre pieux conducteur; hommes de science, celui qui présidait à vos. recherches ; heureux du siècle, le frein qui bridait vos passions; infortunés, l'ange qui vous consolait; vieillards, votre soutien, jeunes gens, celui qui vous initiait à la vie; indigents, votre providence ; riches, le dispensateur des aumônes ; vous, enfin, veuves, louez votre protecteur; orphelins, votre père; pauvres, étrangers, citoyens, votre frère à tous; malades, votre médecin; vous qui jouissez de la santé, l'ami qui veillait pour vous la conserver; tous enfm, celui qui s'était fait tout à tous, afin de vous gagner tous au Christ.

Agréez, ô Basile ! cet hommage d'une vo^x qui vous fut

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