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Oraison funèbre dej^ésarius, eh. xxv

088 HISTOIRE DR LA hlTTÉRATUIlE GRECQUE

chcro, ce souvenir fl'un col!èf,'ue et d'un arai. Si ce discours n'a pas ôtô trop inflif^ne rie vous, recevez-en tout l'honneur: je ne l'eusse point entrepris si je n'avais compt<'i sur votre assistance. Si, au contraire, je suis resté trop au-dessous de ce qu'on devait attendre de moi, pardonnez-le à ma vieillesse, à mes infirmités, à ma douleur. Le Seigneur lui-même n'exige de nous que selon la mesure de nos forces. Pour vous, ô (ime divine et bienheureuse ! du haut du ciel abaissez sur nous vos regards; cet aiguillon de la chair, qui nous a (dé donné pour exercer notre vertu, émoussez-le par vos prières, ou obtenez-nous la force d'en supporter courageusement les atteintes. Faites que nous réglions toute notre |vie pour notre plus grand avantage; et, lorsque nous quitterons cette terre, recevez-nous dans les tabernacles éternels, afin que, réunis les uns aux autres, et contemplant face à face cette adorable Trinité dont nous n'apercevons ici-bas qu'une ombre imparfaite, nous recevions ainsi dans la possession de notre Dieu la récompense de tous les combats que nous avons livrés ou soutenus sur celte terre.

Les œuvres poétiques de saint Grégoire comprennent cinquante-six poèmes et deux cent vingt-huit petites pièces qui portent le nom d'épigrammes. < Sa poésie, dit M. Villemain, n'échappe pas à l'influence qu'on peut appeler alexandrine, qui marque chez les différents peuples les époques tardives de l'art; mais elle a deux dons précieux, la grâce naturelle et la mélancolie vraie; elle passe lentement de l'une à l'autre, c'est là toute sa variété, mais c'en est une; c'est le mouvement qui vous porte et vous entraine sur le cours un peu monotone de tant de méditations échappées du même cœur et de la même pensée. L'épreuve est un peu longue à suivre dans le recueil original formant plus de vingt mille vers. Mais si Ton choisit et si l'on abrège, que de beautés neuves et touchantes! Et quel demi-sourire d'une âme innocente et poétique éclaire parfois ce fond uniforme de tristesse chrétienne ! » Citons, dans la traduction de M. Villemain,

une de ces poésies, qui semblent un prélude aux Pensées de Pascal et aux Méditations de Lamartine:

Hier, tourmenté de mes chagrins, j'étais assis sous l'ombrage d'un bois épais, seul el dévorant mon cœur; car, dans les maux, j'aime cette consolation de s'entretenir en silence avec son âme. Les brises de l'air, mêlées à la voix des oiseaux, versaient un doux sommeil du haut de la cime des arbres, où ils chantaient, réjouis par la lumière. Les cigales, cachées sous l'herbe, faisaient résonner tout le bois ; une eau limpide baignait mes pieds, s'écouliint doucement à travers le bois rafraîchi ; mais, moi, je restais occupé de ma douleur et je n'avais nui souci de ces choses; car, lorsque l'âme est accablée par le chagrin, elle ne veut pas se rendre au plaisir. Dans le tourbillon de mon cœur agité, je laissais échapper ces mois qui se combattent : Qu'ai-je été ? Que suis-je? Que deviendrai-je ? Je l'ignore. Un plus sage que moi ne le sait pas mieux. Enveloppé de nuages, j'erre çà et là, n'ayant rien, pas même le rêve de ce que je désire-, car nous sommes déchus et égarés tant que le nuage des sens est appesanti sur nous; et celui-là paraît plus sage que moi, qui est le plus trompé par le mensonge de son cœur. Je suis; dites, quelle chose? car ce que j'étais a disparu de moi; et maintenant je suis autre chose.

Que serai-je demain, si je suis encore ? Rien de durable. Je passe et me précipite, tel que le cours d'un fleuve. Dis-moi ce que je te parais être le plus ; et, t'arrêtant ici, regarde avant que j'échappe. On ne repasse pas les mêmes flots qu'on a passés; on ne revoit pas le même homme qu'on a vu.

Placés entre deux tombeaux, nous vivons pour mourir. Ma vie se compose de la perte de mes années. Déjà la vieillesse me couvre de cheveux blancs. Mais si une éternité doit me recevoir, comme on le dit, répondez : Ne vous semble-t-il pas que cette vie est la mort, et que la mort est la vie?

Pour achever de connaître l'âme de saint Grégoire, il faut parcourir la collection de ses lettres. Elles sont au nombre de deux cent quarante-deux, parmi lesquellesily en a plusieurs de saint Basile. Quelques-unes

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portent sur des questions de do^me ou de discipline, la plupart sont aussi agréables et variées que les recueils de Gicéron et de Pline le jeune; les sentinrients affectueux du saint évoque s'y épanchent librement ; partout s'y peint son caractère aimable et ouvert.

Saint Basile. — L'ami si éloquemment célébré par saint Grégoire, le grand docteur, le grand orateur, dont l'ardente charité et la vie pleine d'œuvres ont été aussi admirables que ses discours et ses écrits, était né en 329 à Gésarée en Gappadoce. Il appartenait à une noble famille chrétienne; son père fut un avocat distingué et professa la rhétorique. Le jeune Basile acheva ses études à Gonstantinople auprès de Libanius, qui resta toujours son ami, et aux écoles d'Athènes, où il rencontra Grégoire de Naziance et Julien. De retour à Gésarée en 3oo, il professa quelque temps la rhétorique, il plaida plusieurs causes avec un grand succès ; puis, tourmenté de pensées religieuses, il distribua sa fortune aux pauvres et parcourut les monastères de l'Egypte, de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie, pour s'y instruire de la vie ascétique. A son retour, en 358, il se retira dans une solitude du Pont, sur les bords de l'Iris, dans le voisinage de sa mère et de sa sœur qui avaient fait d'une propriété de la famille un monastère où elles vivaient avec quelques pieuses femmes. Bientôt Grégoire de Naziance vint rejoindre son compagnon d'études dans cette retraite dont il avait fait aussi un monastère d'hommes, et oii ses deux frères Grégoire et Pierre, des amis et de nombreux disciples l'avaient suivi. Ce monastère devint la métropole de beaucoup d'établissements de ce genre qui se fondèrent dans le Pont et la Gappadoce et dont Basile, devenu évêque, conserva le gouvernement. La journée des cénobites était partagée entre les travaux manuels

et surtout agricoles, l'étude des Ecritures saintes et la prière.

En 361, l'empereur, Julien plein d'estime pour Basile et désireux de le gagner à sa cause comme Libanius, le pressa de se rendre à sa cour. Basile repoussa fermement ces offres brillantes. Quatre ans plus tard, sur les instances d'Eusèbc, èvêque de Césarée, il se résigna à quitter sa retraite austère pour mettre sa science, son ardeur, son éloquence au service de l'orthodoxie, menacée par l'empereur Valens. Il sut résister aux caresses et aux prières de Valens comme à ses menaces, et la modération de son caractère jointe à la puissance de son talent désarma l'empereur et força son admiration. Son dévouement dans une famine qui désola la Gappadoce acheva de lui gagner tous les cœurs. Que de démarches, que de discours pathétiques pour vaincre la dureté des riches! Que de beaux discours, otiil prie et menace au nom du ciel! Non seulement son éloquence ouvre les greniers des riches : il assemble le peuple exténué de faim ; il fait apporter des chaudières pleines de salaisons et de légumes; lui-môme, un linge à la ceinture, à la tête de ses amis et de ses serviteurs, il distribue aux malheureux la nourriture, et verse dans leur âme des paroles de consolation et d'espérance.

L'année suivante, à la mort d'Eusèbe (370), Basile était élu évoque de Césarée; son ministère fut rempli par la lutte contre les ariens, et plus encore par les travaux d'une infatigable charité. Pauvre entre tous les pauvres, n'ayant qu'une seule tunique, vivant de pain et de grossiers légumes, il trouvait des trésors pour élever des hôpitaux, pour ouvrir des écoles, pour embellir et assainir Césarée. Cette ardeur de charité est le caractère principal de ses discours ;

« Il est surtout, dit M. Villemain, le prédicateur de l'aumône; il a compris mieux que personne, ce grand

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caracLcro do la loi chr^tiorine qui ramonait lYigalité sociale par la charité reli^^ieuse. Ce n'était pas une (iction oratoire que le passage où saint Basile décrit le désespoir et les incortiludes d'un père forcé de vendre un de ses enfants pour avoir du pain. La misère, née de la tyrannie, rendait ces exemples communs; la loi les permettait. » Sans doute l'orateur était entraîné trop loin par son zèle, quand il disait aux riches :

En vous appropriant ce bien qui est à plusieurs particulif^rs et dont vous n'êtes que les dispensateurs, vous êtes des voleur^, vous retenez ce qui n'est pas à vous. Oui, le pain que vous gardez chez vous, dont vous avez trop pour votre famille, est aux pauvres qui meurent de faim; les habillements que vous serrez dans vos armoires sont à ceux qui sont nus; l'argent que vous cachez est à ceux qui sont ruinés.

« Ce langage, dans son exagération vertueuse, contrepesait tous les vices d'une société dure et corrompue : il tenait lieu de la liberté, de la justice et de l'humanité qui manquaient à la fois; il promettait le ciel, pour arracher quelques bonnes actions sur la terre. »

Mais l'éloquence de saint Basile se trempe aussi à d'autres sources. Que de fortes pensées, que de tableaux sublimes lui inspirent la brièveté de la vie, le néant des biens terrestres, l'illusion des plaisirs et desjoies les plus pures ! Citons seulement une page qui a fourni à Bossuet son allégorie célèbre K

C'est avec raison que la vie a été nommée un voyage, puisque tous les êtres sont poussés précipitamment vers le lerme de leur existence. Le passager qui dort dans un vais- Beau est conduit naturellement au port par le souffle des rents, et la course du navire le porte sans qu'il s'en aperçoive

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