‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 227 sur 267 · Villemaîn · texte numérisé non relu

Villemaîn

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La i^rande renommée de Chrysostome le fît appeler en '.V.)l an si^i^e arcljic'ipi.scopal do Constanlinoplc. Théodoso était mort et le jenno Arcadius avait pour ministre tout puissant le célèbre Eutrope, qui bientôt, disgracié et proscrit, trouva auprès de l'évoque un asile et un intrépide défenseur|. Eutropo s'était pourtant déclaré l'adversaire du grand archevêque, dont les vertus, le génie, la popularité immense due à son éloquence et à son inépuisable charité, portaient ombrage à la cour. D'ailleurs, à Constantinople comme à Antioche, Chrysostome ne ménageait pas les vices et les scandales des puissants : il attaquait avec hardiesse et avec fougue les mœurs de la cour; il ne craignit pas de reprendre publiquement Porgueil et l'avidité de l'impératrice Eudoxie. Celle-ci se ligua contre lui avec Gainas, le successeur d'Eu trope, et avec le patriarche d'Alexandrie, Théophile. Un concile réuni à Chalcédoine le condamna et le déposa sans l'avoir entendu, et il fut traîné brutalement hors de Constântinople au milieu des larmes d'un peuple indigné. Mais bientôt de grands malheurs, un tremblement de terre, la peste, la mort des enfants de l'empereur, épouvantèrent Arcadius et Eudoxie. Ils rappelèrent de Bithynie Chrysostome qu'accueillit à son retour Tenthousiasme populaire. Mais l'exil n'avait pas corrigé l'archevêque de sa rude franchise : bientôt Eudoxie obtint d'un second concile réuni à Constântinople une seconde condamnation non moins arbitraire ; cette fois encore l'accusé ne fut pas admis à se-défendre. Gomme il refusait de partir et continuait les fonctions de son ministère, attendant, disaitil, l'ordre de l'empereur que la crainte d'une émeute empêchait d'agir, ses ennemis entrèrent à main armée dans la cathédrale : l'archevêque fut arraché de sa chaire pendant qu'il prêchait, le sang coula dans l'église. Il partit sans résistance pour une petite ville

d'Arménie, Gueuse, que l'impératrice avait assignée à son exil. En vain le pape Innocent I^r et les plus grands évoques avaient protesté contre la déposition de saint Jean Chrysostome. L'empereur, dont on excitait la colère, ordonna qu'il fût relégué àPityonte, sur les bords du Pont-Euxin. Traîné ainsi de bourgade en bourgade, maltraité par les soldats, contraint à marcher tête nue, sous le soleil, il n'atteignit pas le terme du voyage ; il tomba épuisé près du bourg de Gomane (407). G'était la soixante-troisième année de son âge, et la dixième de son épiscopat. En 438, ses restes furent transférés à Gonstantinople ; plus tard ils furent transportés à Rome dans l'église du Vatican, oh ils reposent encore sous l'autel qui lui est dédié.

Saint Jean Chrysostome a été le plus fécond des Pères de l'Église grecque. Ses traités sur des points de dogme, de morule ou de discipline sont très nombreux. Parmi ses discours, on distingue les Harangues, homélies de circonstance, comme celles inspirées par la sédition d'Antioche, par la disgrâce d'Eutrope, etc., les Discours exégéliques, dont l'ensemble formait un commentaire complet de la Bible ; il en reste une partie considérable ; les Discours polémiques, contre diverses hérésies ; les Homélies purement morales, qui sont, avec les Harangues, les monuments les plus littéraires de son œuvre ; les Panégyriques des saints. Les Lettres, surtout celles qui datent de son exil, ont aussi beaucoup d'intérêt.

Parles caractères de son éloquence, saint Jean Ghrysostome se rapproche beaucoup plus de Gicéron que de Démosthène ; il a du premier l'ampleur, la richesse, le pathétique, la grande et ravissante harmonie. Saint Basile estplus simple, plus sobre, plus satisfaisant à la lecture; mais on comprend que l'abondance asiatique de Chrysostome, jointe à tant de grandes qualités,

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ait enrlinnté les peuples el soujfive des acclamations que l'évoque avait peine à conlenir.

Saint Astôre, Théodoret, saint Basile de Séleucio, Synésius. — La place nous manque pour citer qiieiques morceaux de ce grand orateur. Nous ne pouvons aussi que nommer, en passant d'autres Pères de l'Eglise orientale, saint Astère, archevêque d'Amasie, Théodoret, évoque de Gyr, en Asie Mineure, à la lois orateur et historien, saint Basile de Séieucie. On ne compte point généralement parmi les Pères Synésius de Cyrène, qui, d'abord païen, élève enthousiaste de la célèbre Hypatia, occupé de philosophie, de chasse et de luttes contre les barbares, devint chrétien, se maria, et accepta enfin après une longue résistance l'épiscopat de Ptolémaïs en Cyrénaïque. Synésius est surtout remarquable comme poète. M. Yillemain ^ cite avec admiration quelques-uns de ces hymnes qu'il rapproche, comme les poésies de saint Grégoire de Naziance, des Méditations et des Harmonies de notre Lamartine.

Historiens sacrés. Eusèbe. — Ne quittons point cette brillante période de la littérature religieuse sans indiquer plusieurs historiens, bien moins fameux que les grands orateurs de la chaire. Eusèbe, évêque de Gésarée (Palestine) (né vers 267, mort vers 338 , avait composé un grand nombre d'ouvrages. Le plus important de ceux qui nous sont restés est son Histoire ecclésiastique : elle commence à l'ère chrétienne, et s'arrête à la défaite de Licinius par Constantin (323).

1. Tableau de V éloquence chrétienne au iv« siècle. Edit. in -8, Didier, 1854, page 220 et suivantes. Voir la remarquable traduction des œuvres complètes de Synésius, précédée d'une intéressante étude biographique et littéraire, par xM. Druon. In-8, HacheLte, 1878,

Le style d'Eusèbe est médiocre, et sa bonne foi souvent suspecte,

Théôdoret. — Nous avons nommé déjà Théodoret, évêque de Cyr, auteur aussi d'une Histoire ecclésiastique qui continue celle d'Eusèbe et s'étend jusqu'à l'année 429. On en estime l'exactitude, la clarté et l'élégance. Elle est supérieure aux ouvrages de Socrate le scolastique et de Sozomène, autres continuateurs d'Eusèbe. On reconnaît du moins à ces écrits le mérite de l'impartialité.

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