Ibid. I, V. 458 el suiv
.'J. Voir Féiiélou. Lettre à V Académie f'raneai'ie.
roi d'Ithaque a crevé l'œil en défendant sa vie. Ces dieux sont donc grossiers, souvent odieux. Plus forts ^uo les hommes, doués, grâce à l'ambroisie et au nectar, du don de l'immortalité, ils leur sont souvent beaucoup inférieurs on v.Ttu. La notion vraie de la divinité, si obscurcie dans les âmes, se retrouve encore dans quelques traits dont le poète a peint Jupiter, « père des dieux et des hommes, gardien du serment, protecteur des hôtes, des pauvres, des suppliants. » ^ais que de côtés impurs même dans ce tableau du Dieu suprême, et que Platon avait raison de bannir ces peintures de sa république idéale !
Aujourd'hui ces dieux ne sont pas dangereux pour la jeunesse, éclairée par de tout autres enseignements, et, en riant de leur grossièreté, de leur déraison, de leurs jalousies mesquines, elle reconnaîtra du moins qu'ils sont animés, souvent amusants, et que le merveilleux n'est pas chez Homère une machine ennuyeuse et monotone, comme dans le poème de Virgile. Cette différence s'explique toute seule : pour Virgile, l'intervention de Jupiter, de Junon, et des autres divinités dans les aventures d'Enée est une convention qu'il subit sans y croire ; les scènes où les dieux paraissent sont des fictions qui ont laissé le poète indillérent comme le lecteur. Mais Homère n'invente rien : il peint ses dieux comme il les comprend ; les scènes de lUlympe, la présence de Mars, de Minerve, d'Apollon, de Vénus dans les combats sont pour lui très réelles. C'est bien à la protection de Minerve qu'Ulysse doit sa merveilleuse sagesse ; c'est bien la tendresse de Vénus et les desseins du Ciel sur Enée qui arrachent plusieurs fois ce guerrier à la nàort ; c'est bien la volonté de Jupiter, fidèle à la parole donnée à Thétis, qui explique les désastres des Grecs pendant l'absence d'Achille, et qui, ensuite, assure la vengeance du héros. Le courage et la valeur morale
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des hommes rron sont pas moins ^Tands; mais, sans le savoii", ils sont les insLiiKneiils d'une iji]issance snp(';rieure qui les mène au ^ré de ses décisions. C'est le problème de la liberté humaine et de la gràco divine, déjà posé et expliqué par le poète suivant les croyances de son temps.
Langue d'Homère. — I^ langue d'Homère est très ^mple : certaines tournures de phrase reviennent régulièrement, certaines épithètes sont comme attachées au nom des personnages ou des éléments que le poète désigne. Mais les vers ont une admirable souplesse et reproduisent merveilleusement par leur mesure et par leurs coupes les bruits de la nature, les mouvements des animaux et de l'homme, le tumulte des combats, enfin les joies, les douleurs, toutes les émotions de l'âme. L'éloquence abonde dans les poèmes d'Homère ; c'est là un des traits du génie grec. Nous avons admiré déjà le pathétique discours de Priam à Achille. Quelle habileté insinuante dans celui d'Ulysse, lorsqu'il s'efforce de fléchir la colère du héros! Quelle tendresse dans celui du vieux Phénix ! Achille est un orateur impétueux et brillant; Agamemnon a la dignité qui convient au roi des rois ; la parole de Nestor coule avec une douceur qu'Homère lui-même compare à celle du miel, et avec une intarissable abondance. Ce n'est pas le seul des personnages d'Homère qu'on puisse accuser d'être bavard ; mais cette loquacité est encore un des caractères de la race hellénique.
Poésie d'Homère. — La poésie abonde aussi dans le style d'Homère, tantôt sous la forme de vives épithètes qui peignent en un mot tout un tableau, tantôt sous la Forme de charmantes et courtes comparaisons, tantôt sous celle de descriptions rapides et frap-
pantcs. Si l'on rapproche celte exquise sobriété du luxe des poèmes hébraïques et de la poésie des Hindous, on est frappé du contraste. Presque toujours ces comparaisons §ont empruntées aux animaux sauvages ou domestiques. Hector, qu'Apollon vient de remplir d'une force nouvelle, est comparé à un coursier, qui « abondamment nourri dans une étable, a brisé ses liens : il bondit dans la plaine, il s'élance vers le fleuve rapide, où, superbe, il a coutume de se baigner ; il lève la tête, il laisse llotter sur ses épaules une épaisse crinière; fier de sa beauté, ses membres agiles le portent sans effort vers les pâturages où paissent les cavales*. » Ailleurs deux guerriers arrivent, « semblables à deux lions des montag'nes nourris par leur mère dans l'épaisseur des forêts profondes ; ils ravissent les bœufs, les grasses brebis, et ravagent retable du laboureur, jusqu'à ce qu'eux-mêmes, atteints du fer aigu, périssent sous la main des hommes ; ainsi ces deux héros, abattus par le bras d'Enée, tombent semblables à des pins élevés. » Cet animal terrible, si commun dans les montagnes de l'Asie, fournit de nombreuses et frappantes comparaisons. Au chant V de Y Iliade, Diomède, que Minerve vient d'armer d'une audace nouvelle, s'élance sur les Troyens « tel qu'un lion qui, franchissant la bergerie, fond sur les brebis à la laine touffue. Il est légèrement blessé, mais non terrassé par le berger ; sa force s'en accroît. A cette vue le pasteur, loin de défendre son troupeau, se cache dans Tétable, et craint de rester à découvert : les brebis confondues se pressent les unes contre les autres, tandis que, furieux, le lion bondit dans le vaste enclos -.
Quand les Thessaliens, sur l'ordre d'Achille, pren-