‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 34 sur 267 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L ïambe

Caractères de cette période. — La période que nous abordons et qui s'étend du milieu du vin^ siècle jpt;qi/n In tin du vi» (7.^^() à 500) est complètement historique. Nous en avons déjà précisé les carH<'tères : c'est le temps où Lycurgue, Dracon, Solon, Zaleucus donnent leurs lois, où les rivages de l'Asie mineure, de la Thrace, de l'Italie, de la Sicile se peuplent de colonies grecques, où les relations de commerce et d'amitié entre les dillérenls Etats deviennent de plus en plus {'réquentes, sans exclure des guerres le plus souvent partielles. L'activité qui règne dans la société règne aussi dans la littérature: la poésie est répandue partout, môlée à tout, aux Fêtes nationales comme aux combats, aux luttes intestines comme aux essais de législations ; elle s'anime des passions de la vie publique^ plus souvent encore elle est l'interprète des sentiments personnels du poète. Cette poésie est rarement de longue haleine ; elle n'a plus le caractère historique de l'épopée ; elle ne s'astreint plus à l'uni- D. 5

iï IlISIollti; 1)1. I.A J.l I I IJ'.AI I l'.l. (i'UJJJI K

lV)rinil('; du rintlre héroïque on vers de six [jied-. Vive el iiifinimeiil variée, elle a créé des rythmes aussi noiuhrcMix, aussi souples, aussi rapides que les passions dont elle est ririt(;rprète. [Jéjà les scènes épiques

pétaient chantées ou déclamées avec accornpa;.aiernent d'un instrument à cordes très simple, app(dé cilhaid ou phonnlnx. Mais cet instrument, perleclionné, devient, dans la période suivante, ^a lyre à sept cordes ; souvent aussi c'est la llùte qui accompagne les poète*. A la déclamation musicale (la rhapsodes succède un chant véritable, tantôt plus grave, comme le mode dorien, tantôt plus emporté comme le mode phrygien, tantôt plus doux, plus tempéré, plus féminin, comme le mode lydien. Ce caractère musical explique le mot ^de It/ric/ue, donné par les Grecs à cette poésie, et mieux justifié chez eux que chez nous qui l'avons conservé. En effet nos poètes lyriques ne chantent pas leurs vers, ne les récitent pas au son de la lyre ; l'élément musical de leurs pièces est dans le mélange des rvt-

^mes^ dans le redoublement et l'entrelacement des rimes. G^est par là et p^r le caractère personnel des œuvres qu'ils se rapprochent des Grecs et qu'ils peuvent mériter le nom de lyriQues.

Mais avant d'étudier la poésie lyrique proprement dite, nous devons nous arrêter à deux formes de composition que les anciens ne confondaient pas avec le genre lyrique. Xiambe et Vèlégie.

DeTiambs. — Le caractère particulier de la poésie chez les Grecs, c'est que chaque genre nouveau amène la création d'une nouvelle forme de vers dont il est inséparable. Le vers de six pieds [hexamètre) est le vers de l'épopée comme celui des hymnes orphiques.

:). V. Principes de composilion et de séi/le, v. p. 384, 6^ élit. Del a g rave.

illSTOlKE DE LA LlTtÉKATLUE GfttCQUE ^O

L'iambe, l'élégie auront leur mètre propre ; il en sera de môme pour toutes les variétés de la poésie lyrique proprement dite.

Le mol famljc désigne à la fois un genre et un mè- [rc. l^es anciens entendaient parce mot inmbe une poésie ardente, passionnée, mspirée par la colère et la. haine ; ils appelaient iamhographes les poètes qui Tont inventée ou reçue des mains de l'inventeur. Quant au mètre môme, il est formé parle rapprochement de deux syllabes, une brève et une longue, et le vers iambique se compose de pieds généralement au nombre de six, dont la totalité ou la plus grande partie sont des iambes. Ce vers, plus rapide que le vers héroïque, se prôte mieux aux élans de la passion, (^n en^rattache l'origine à une légende que nous avons rencontrée plus haut, en citant un passage de l'hymne à Gérés. Lorsque la déesse, qui redemande sa fille, refuse toute nourriture et se complaît dans sa douleur,^Iambé, la Jldèle servante, s'ell'orce de la distraire ; elle imagine mille bons mots pour égayer sa maîtresse. Enfin Gérés est vaincue : elle a souri ; désormais elle ne repoussera plus les soins et les consolations de ses hôtes '. Le souvenir de cette légende s'était conservé dans les fôLes d'ÉIeusis ; des femmes placées sur un pont lancMient de là mille brocarts aux spectateurs. Ge fait nous met sur la voie de la véritable étymologie du mot iarnbe. Il a pour origine évidente un mot qui signifie i(tnc€i\ et c'est un verbe de môme racine, de même signification, qu'emploient les poètes latins lorsqu'ils veulent caractériser la poésie iambique -. On peut conclure de ces faits que le vers iambique a une origine ancienne, peut-être contemporaine de l'hexamètre, et qu'on s'en est d'abord servi pour l'expression des

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