‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 36 sur 267 · llle velut fidis arcana sodalibus olim · texte numérisé non relu

llle velut fidis arcana sodalibus olim

Credebat libris, neque si maie cesserai, uiiquam Decurrens alio, neque si bene. Quo flt ut omnis Voti\a pateat veluti descripta tabella Vita senis. »

(Sat. II, 1, vers 30 et suiv.)

frère englouti dans un naufrage ; ce sont les qnerolles Que lui suscita son humeur cha^^rine, et dont nous trouvons la trace dans les défis, les menaces, les injures qu'il lance à ses ennemis. Mais l'événement qui a ]^ plus influé sut- sa vie, c'est son amour pour Néobulé, qu'il devait épouser! T.e mariage convenu manqua par la mauvaise foi de Lycambès, père de la jeune fille. Archiloque se vengea par de terribles invectives, et c'est alors sans doute que, suivant l'expression d'Horace, « la rage l'arma de l'iambe qu'il a créé 1. » Tantôt il se moque: « Lycambès, qu'as-tu dit là, qui donc a égaré ton esprit ? » Tantôt il s'indigne : « Tu as trahi un serment solennel; tu as brisé les liens de l'hospitalité. » Ses invectives grossières n'épargnent ni Néobulé ni ses sœurs, et ces chants de colère, dont nous avons à peine quelques débris, devaient être bien terribles ; car, suivant la tradition, Lycambès et sa fille se pendirent de honte et de désespoir.

Il se console de ses malheurs quelquefois par une insouciance légère, mais plus souvent par un3 résignation philosophique qui annonce un caractère fortement trempé. Parmi les fragments conservés de ses poésies, nous trouvons cette énergique apostrophe à son âme :

Mon Ame, mon îlmp, agitée par d'horribles douleurs, supporte tes maux avec courage Opposant ta poitrine aux ennemis, avance de pied ferme en face des lances menaçantes. Victorieux, ne conçois pas trop d'orgueil; vaincu, ne tombe pas dans le deuil et l'Hbaltement. Réjouis-toi modérément dans la prospérité, al'flige-toi médiocrement dans l'adversité, songeant ù tous les maux cjui poursuivent les mortels-.

1. « Ar'chilochum proi»rio rabies armavit iambo.» [Epitre aux l'isonx, 79;

2. Horace a imité ce passage dans une de ses phis jolies odes (II, 3, à Dcllius) : « N'oublie pas de couserver, au milieu des dis-

78 msTOinr: ur: r,A ivn(.n\T\[\r. r.Rr.r.Qi'E

L',\ ^Miorro a (iCi lonir une ^ranflo p]:i(;ft»(].ins sa vie. Il s'appcillc '( s(;i'viL(iiir <lu (lieu Mars. > Kl cependant il a osé se vaiiUdr (l(; sa l;\f'tu;Lô. et il avoue sur le ton le plus leste qu'il a écha[ipéà la mort en abandonnant son bouclier : « Un Saïen Irionipbe de mon bouclier que j'ai laissé bien malgré moi, arme inutile, auprr'^s d'un buisson. Mais par là j'ai échappé à la mort. Adieu à ce bouclier ! j'en aurai un autre qui n'en vaudra pas moins. » Nous retrouverons à propos d'autres personnages célèbres cette singulière tradition de poltronnerie. T]^mQsthène est accusé d'avoir jeté son bouclier; nous verrons plus tard que cette imputation, devenue légendaire^, ne repose suraucune preuve solide. Mais le poète Horace a fait un aveu semblable à celui d'Archiloque : « Avec toi, dit-il, j'ai connu les champs de Philippes et cette rapide déroute où ton Horace, assez pauvre héros, oubliait son bouclier ^ »

Peut-être ne faut-il pas prendre trop au sérieux ces confessions ou en exagérer l'importance. Ils ont fui avec tout le monde ;ils n'ont pas craint de sauver leur yie^ quand il eût été inutile de la perdre. Archiloque en effet parle souvent de la guerre, et non pas comme un lâche à qui sa conscience imposerait le silence. Est-ce un soldat habitué à fuir qui aurait le droit de tracer le portrait suivant du vrai général : « Je n'aime pas un général grand, qui se balance en marchant, fier de ses cheveux frisés, fraîchement rasé. Qu'il soit petit, les jambes torses, s'avançant d'un pied ferme, plein de courage et de ressources. » Le malheur a trempé son

grâces, l'égalité de ton âme, et dans la prospérité ne la préserve pas avec moins de soin d'une joie insolente, Dellius, toi qui dois mourir. »

Page 1