Quis tamen cxipnos clopos omiseri». aiictor
Granimatiri ccrtant pt adlmc sub judirc lis est.
{Epifrc cn/.r Piso/is, 77-78).
80 ]iiSTonu: dk i\ MiifluATriu: (.Mixgrt:
(lo son houolifr un r-œur vaill-'inl, 'l(;s le commoncomont do la mC'V'd. Car il n'r'st dans la doslinée d'aucun homnin dï;clia|)pcr à la Fnort, cùt-il dos immortels pour anc^rfis. Souvent un homme fuit la ^(uorre et le retentissemonl des lances ; il rentre dans sa maison et y trouve la mort. Mais, dans U' peupif, nul ne l'aime, nul ne le repretlf; l'autre, au contraire, petits et j^rands le pleurent s'il lui arrive malheur, (^ar tout le poupin regrette l'homme au cœur vaillant quand il meurt; vivant, il pst estim6 comme un demi-dieu : ses concitoyens tournent vers lui leurs refrards comme vers leur citadelle, il fait à lui l'œuvre de plusieurs.
Cette poésie énerp^iaue et màle est digne d'avoir inspiré le poète militaire par excellence, le fameux Tyrtée.
Tyçtée. — Tyrtée, dont le nom est si glorieusement uni aux récits de la deuxième guerre deMessénie (vers 640) est, siVon en croit la tradition, Athénien d'origine et né à Aphidna, bourg de l'Attique. Les Spartiates vaincus consultèrent l'oracle de Delphes, qui leur conseilla de demander un général aux Athéniens. Ceux-ci, par dérision, leur envoyèrent un maître d^école boiteux, dont l'âme se trouva celle d'un grand homme, et dont les fières et fortes exhortations sauvèrent sa patrie adoptive. On a soupçonné ce récit de fable inventée par l'amour-propre d'Athènes, qui a voulu revendiquer la gloire de ce poète. En effet, il y a aussi en Laconie un bourg du nom d' Aphidna ; puis existait-il déjà des écoles en Attique au commencement du vii« siècle? Si l'on a fait de Tyrtée un maître d'école, ne serait-ce point que, plus tard, comme le rapporte l'orateur Lycurgue, ses élégies furent récitées dans les écoles, comme propres à former à la fois la bouche et le cœur des enfants ? Il était boiteux, dit-on ; mais alors comment expliquer cette admiration vraiment Spartiate qu'il professe pour
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la force et la beauté du corps? Ne serait-ce pas que, le premier des poètes de la Grèce continentale, il a employé le distique formé de deux vers de mesure différentes, produisant, par suite, une sorte d'harmonie inégale et comme boiteuse?
D'ailleurs Tyrtée est tout dorien par le caractère : grave et pratique dans ses idées, peu enthousiaste, il parle moins de la gloire du succès que des tristes conséquences de la défaite. L'exil, la misère, la mendicité, Ift. danger et la mort sont les images qu'il affectionne. Le courage qu'il inspire est un courage de résistance, plutôt que d'élan: f'est le courage des sept cents qui moururent fermes à leur poste ay défdé des Thermopyles; ce n'est pas le courage de ces Athéniens qui, h Marathon, s'élancèrent au pas de course sur l'armée des Perses, et qui, plus tard, avant Salamine, abandonnèrent leur ville à l'ennemi pour sauver la patrie. On chercherait en vain dans les poésies de Tyrtée l'idée de liberté; ce mot sans doute serait dangereux à faire entendre aux oreilles des Hilotes enrôlés avec les citoyens. Le poète insiste sur l'ordre et la discipline, vertus spartiates par excellence; il recommande le respect des vieillards, respect classique à Lacédémone. Tout enfin est dorien dans ses vers, sauf le dialecte qui, pour se conformer aux règles du genre élégiaque, devait être ionien. L'opinion des critiques qui font de Tyrtée un poète vraiment national se fonde donc sur de bonnes raisons. D'ailleurs Sparte, quoique moins bien douée qu'Athènes pour la poésie, n'était pas déshéritée des Muses : la poésie avait sa place dans les fêtes publiques. Plutarque le témoigne : dans la vie deLycurgue il décrit des chœurs de vieillards, de jeunes gens et d'enfants, qui ont servi d'inspiration aux poètes de la révolution française. D'autres auteurs, et, parmi eux, le fameux Pindare, attestent aussi que la musique et la danse étaient honorées à Sparte. Enfin celte ville,
88 IIISTOIIU: I)i; I-A I.ITT^:»ATIHK i.WVJXjVR
qu'on se fi^iiio volontiers brjrbare, a eu aussi ses monuments; si l.i pointure n'a jamais pénétré chez elle, elle avait (lu moins produit des sculpteurs •.
Outre ses élégies ^ii(;rri^;res, ou Consaiis en (ib'ujie^ Tyrtée avait composé dos marches militaires, écrites en dialecte dorien et qui rentrent, par la nature des vers, dans la poésie lyrique proprement dite. Nous n'en avons que de courts fragments. 11 avait aussi prêché aux Spartiates la fin des dissensions et la nécessité de la paix intérieure en face des Messéniens victorieux. Ces élégies politiques étaient connues sous le nom de Gouvernemenl ou Bonne législation : quelques vers seulement en ont été conservés. C'est surtout par trois belles harangues guerrières que nous connaissons le poète et que nous pouvons apprécier son talent. Nous en citerons les plus beaux passages. Si on les lit d'ensemble, on y remarque, comme dans Homère, beaucoup de répétitions de mots et d'idées. Il ne faut pas s'en étonner : ces harangues ont un but pratique, elles sont destinées au plus grand nombre ; elles doivent être chantées solennellement. Le poète qui les a composées est un orateur, et, comme tel, il est forcé, pour que son action s'étende à chacun de ses nombreux auditeurs, de se répéter plus d'une fois. D'ailleurs les Spartiates ne se lassaient point d'entendre dire quel était le prix de la victoire, quelles seraient les lamentables conséquences de la défaite.
Cette poésie est très éloignée de celle d'Homère par le fond comme par la forme Le vers de Tyrtée est plus ferme, plus précis, moins chargé d'épithèles. La guerre aussi et les idées de courage et d'honneur militaire ont bien changé. Dans Homère un guerrier peut fuir devant un chef plus vaillant ; dans Tyrtée la
1. Voir Les arts et la poésie à Sparte sous la législation de Lycurque, par M, Beulé, 1853 (thèse de doctorat).
fuite est honteuse ; le soldat qui ne tombe pas au premier rang, frappé à la poitrine, est déshonoré. Remarquons d'ailleurs que dans VlUach les allocutions générales sont rares : rarement le chef exhorte ses soldats au combat; mais les guerriers qui se rencontrent dans la mêlée se gourmandent Tun l'autre avant d'en venir aux mains.
La première Messénienne est surtout frappante comme l'expression des maux qui accompagnent la défaite :
Il ost beau do mourir en brave, tombé au premier rang en combattiint pour son j)ays; mais abandonner sa ville, ses champs lertiles, et aller mendier, est le plus lamentable destin. 11 faut errer, en traînant avec soi une mère chérie et un vieux père, et de petits enlants, et une légitime é{tous(\ L'exilé sera en haine à ceux qu'il ira trouver, vaincu par le besoin et par l'odieuse indigence. Il déshonore sa race, il dégrade sa beauté; à se suite marchent toutes les hontes et toutes les misères. Oui, pour cet homme ainsi errant il n'est plus de pure auréole ; l'honneur n'accompagne plus son nom. Coml)attons avec courage pour cette terre, mourons pour nos enfants, n'épargnons plus notre vie. 0 jeunes gens, combattez, serrés les uns près des autres, ne commencez pas la fuite honteuse et la peur. Ah! faites-vous dans vos cœurs un grand et vaillant courage, et n'épargnez pas votre vie en combattant contre des hommes. Pensez aux vieillards, dont les genoux ne sont plus agiles, ne fuyez pas en abandonnant les vieillards ! Car c'est une honte de voir, tomi)é au premier rang, gisant à terre en avant des jeunes, un vieillard dont la tête est chauve, le menton blanc et qui exhale dans la poussière son ûme vaillante...
La troisième élégie exprime les mômes sentiments. Elle y ajoute l'idée des regrets et des hommages des contemporains et de la postérité :
90 iiiSToinr: df. la uttI'.iwtv.kk crkcque
Tous los [)l('iir<'riL à l'onvi, jr-unfs cl vioux, ft la ville f;ntièro est acc.'il)l<V' d'un n'f,'n't arrif-r. Fit son tomboau ot sos enfants sfiiil n'nomrrM's pfirrrii les hornmfs, et IfS enfants df sr-s enlants, cl, sa raoc dans la post<''rit/'. Jamais ne p<^rissfnt sa noble n''f)iitation ni son f)om, mnis, quoiqur; sous la terre, il demoure immortel eclui rjiii, If premier par la valeur, ferme îl son poste, combattant pour son pays <'t ses enlants, a péri sous les coups impiHufux de Mars. Si au contraire il écliappc à la mort, si, vaincpieur, il emporte le prix brillant ôc la valeur, tous riionorent ensemble, et jeunes et vieux; les plus doux honneurs l'entourent jusqu'à ce qu'il descende chez Pluton. Vieillissant, il brille parmi ses concitoyens: par respect, par justice nul ne consentirait à lui nuire; tous, pour lui faire place, se lèvent de leurs sièf^es, tous indistinctement, et les jeunes g^ens, et ceux de son âge, et ceux qui l'ont préc»^d('.
On trouvera dans le Recueil d'extraits des auteurs grecs qui sert de complément à ce volume, la traduction complète de la deuxième Messénienne, peut-être la plus belle de toutes. Nous n'ajouterons à nos citalions que celle d'un petit fragment d'une marche de Tyrtée :
Allons, enfants de Sparte fertile en hommes, citoyens dignes de vos pères, de la main gauche portez en avant le bouclier, brandissez hardiment votre lance, et n'épargnez pas votre vie; à Sparte, ce n'est pas la tradition des ancêtres.
Et nous aurons fait connaître, autant qu'il dépend de nous, ce génie franc et austère, dont les mâles accents ont rempli les oreilles et remué les cœurs des contem^ — poraius et frappé vivement les générations successives. Chez nous, ces chants ont inspiré des poèmes populaires, moins simples et moins achevés dans la forme, . la Marseillaise^ le Chant du Départ. C'est aussi à Tyrtée que rendait hommage l'auteur des Messèniennes , Ca- ■ simir Delavigne, poète de la première moitié de ce :
siècle, qui a rencontré de généreux accents pour consoler la France vaincue en 1815 par le souvenir de son glorieux passé, et qui, le premier chez nous, a dignement célébré cette pure et sainte héroïne, l'honneur de notre histoire, Jeanne d'Arc.
Élégie politique. — Solon. — Tyrtée avait déjfi donné des exemples de Télégie politique, avant que le faYneu\ Solon d'Athènes en fit comme le prélude de ses lois. Cet homme, dont le patriotisme e|, le génie ont donné <1 son pays une saae constitution, et qui a préparé ainsi Tàge brillant des guerres médiques, était un poète autant qu'un saae et un législateur. Encore trèsjeune, en G04, il commença par un trait d'audace à faire de la poésie un instrument de politique. L'île de Salamine avait été enlevée aux Athéniens par les Mégariens, et plusieurs guerres, entreprises pour la reconquérir, avaient été malheureuses. Lassés, de tant d'efforts inutiles, les Athéniens firent une loi qui défendait, sous peine de mort, de proposer aucune expédition relative à Salamine. Solon simule la folie, puis il compose une élégie, l'apprend par cœur, et, couvert d'un bonnet de malade, il court à la place publique, monte sur la pierre des proclamations, et quand la foule est nombreuse, il chante des vers dans lesquels il faisait honte aux Athéniens de leur insouciance et les exhortait à la conquête de Salamine. Cette pièce, au rapport de Plutarque, s'appelait Salamine; elle était (brt belle, mais des cent vers qui la composaient il nous en reste à peine quelques-uns. Voici les plus expressifs: « One ne suis-je un homme de Pholégande ou de Sicine \ au lieu d'être Athénien ! Que ne pui's-jc changer de patrie ! Car bientôt on dira parmi les hommes : Celui-ci est un Athénien, un de
1. Co. sont doux potitos iles de la moi- Egôo ; cWoi^ font pnrtie, iivcc Môlos, Naxos et Tliéia, do riircliiix'l des CvtHades.
92 IIISTOim: 1)1. I.\ r.ITTI^IHATl.HK finixoi'K
ceux qui ont uhandoiin^ Salaminn ! » LYiKî^ie se termiiiail par des vers pleins d'enthoiJ>iasrne : '< Allons à Salainine, allons eornbaltre pour cette île ainnable, et secouons' le poids du déshonneur! » Celte élégie entraîna la jeunesse; une exp/îdilion fut rj'isolue et Solon, char^'é de la conduire, reconquit Salarnine.
H rendit encore un plus grand service à ses concitoyens en leur peignant énergiquement les maux de l'anarchie et en opposant au sonnbre tableau de cotte misère l'image brillante de la prospérité, fruit de la concorde. Nulle part il ne s'est montré plus poète que dans cette belle pièce, par laquelle il préparait sa législation. Nous en avons conservé une grande partie, grâce à Démosthène, qui la récitait à ses contemporains dans un de ses plus éloquents discours ' :
Non, notre ville ne périra jamais par les arrêts de Jupiter, ni par la volonté dos bienheureux dieux i^morlds. Car sa maft-nanime protectrice, la fille d'un père puissant, Pallas Athéné, a les bras étendus sur elle. Mais ses citoyens eux-mêmes par leur folie veulent perdre cette grande ville: Tamourde 1 argent les entraîne. Les chefs du peuple ont le cœur injuste et leurs grandes iniquités leur préparent des maux sans nombre. Ils ne savent pas contenir leur orgueil, ni jouir décemment de la prospérité présente dans les loisirs des festms. Us s enrichissent par des pratiques injustes. Ils ne respectent m les biens sacrés ni les biens publics; ils volent et pillent chacun de leur côté, et ne respectent pas les augustes décrets de la Justice, qui se tait, mais garde le souvenir du présent e du passé, et à l'heure fixée toujours vient frapper le coupable .
1 i:,iv le<i wévarkations de l'ambassade. i*i-^^..t
î* Horace ^a dit : « Le criminel a beau courir; 'J, P^^tim?^
quoique boueux manque rarement à le rejomdre. » [Odes, HI, 2.)
Raro antecedentem scelestum
Deseruit pede Pœna olaudo.
et A. Chénier. ^^ ^.^.^.^^ ^^ ^^^^.^.^ ^.^^^^^
Oui frappe le méchant sur son trône endormi.
" {L'Aveugle.)
HiS'lOlUK DE LA LITTÉUATUIU: GlUOCnli: 93
Sur toute cette ville s'étend utic j)l;ii(' iiiévitahltî; elle est bien vite tombée dans les maux de l'cselavage uudans les dissensions civiles; elle réveille la f,n'('>'i'*' emlorniie, la g-uerre qui détruit en foule raiiiiable jeunesse. Voilà les nialbeurs qui se répandcMit sur le peuple; et, parmi les pauvres, beaucoup s'en vont dans la terre étrangère, vendus et cliargés de chaînes infâmes... C'est ainsi que le malheur pubTui s'étend à la maison d(! chacuji : les portes de la cour ne sauraient l'arrêter; il franchit la haute muraille, et trouve toujours sa victime, même dans le souterrain ou dans le lit où elle s'est blottie '. Voilà ce que mon cœur m'inspire d'enseigner aux Athéniens, c'est (jue les mauvaises lois donnent à un Htat des maux innombrables, et que les bonnes lois mettent partout l'ordre et l'harmonie. Elles dorment des entraves à l'injustice, adoucissent l'aigreur, apaisent la colère, énervent la violence et sèchent dans son germe la fleur de lafatahté : elles redressent les jugements injustes, modèrent les actes de l'insolence, arrêtent les œuvres de la dissension, calment l'ardeur des lamentables querelles; par elles tout chez les hommes est droit et sensé.
Solon avait composé aussi des élégies purement morales. Le graiiiiiiairien Stobée nous en a conservé un long morceau, égal en beauté à l'élégie politique que l'on vient de lire. En voici un des plus remarquables passages :
Braillantes filles de Mnémosyne et de Jupiter Olympien, Muses du Piérus, écoutez ma prière. Faites que des dieux immortels j'obtienne la riche abondance et des hommes une renommée toujours pure. Que je sois doux pour mes amis, amer pour mes ennemis, vénér-é des uns, redoutable aux
1. Titc-Live fait dire à un consul, T. Qninctius Capitolinus : u Auto portas est brilum: si inde non peliitur, mox iiilra uiœnia erit, et arccni et Capilolium scaudet, et in domos uoslras nos persequetur. » Lu guerre est à nos portes; si elle n'en est pas chassée, bieiilôt elle sera dans l'enceinte de nos mui's, elle gi*avira la cilîulelle et le Gapitole, et elle nous poursuivra jusque dans nos maisons.
f)4 IIISIOIIU; I)K I.A MTTÉHATLUK GHKCOl,!-:
îiiilrns. .)<; rj.'-sin; possr^lcr UtH richesses, mai» je ne consens pas à on jonir injnsl(;ni<.'nt. Toujours à la suiUi arrive la Jusliccî. La ncli<!.ss(! (ju'oriL {lonn'-e los (Yutux esl pour l'homme un é(Jilice sohde depuis le (lenii<'r roiidr'rrM-nl jusqu'au faite, (Juant à celle que les homnir-s n'clifrchcnl comme Iruit de la violence et des intrifj^es, elle vient; mais, altio-f' par d«'S actes injustes, elle suit contre son gré, et bientôt s'y mêle le malheur. Le commencement est peu d.-- chose, comme dans un incendie laihle d'abord, à la lin ' lamr-ntable. Car les (juvres de la violence ne durent pas longtemps pour les morU.-ls. Jupit(!r voit le terme de toutes choses. Tel qu'un vent prnitarner disp M-se en un instant les nuages, puis remue les proiond'Mirs de la mer aux flots innombrables, ravage sur la terre couv.'rte de blés les riches sillons de l'homme, et monte jusqu'à la haute demeure des dieux, puis fait reparaître la face sereine du ciel; l'éclat du soleil reluit sur la terre fertile et l'œil n'aperçoit plus de nuages : ainsi marche la vengeance de Jupiter. On ne voit pas à chaque faute éclater sa colère, comme celle d'un mortel. iMais il n'échappe pas à ses regards celui dont le cœur est criminel et il fmit toujours par être devoilé. L'un est puni sur le champ, l'autre plus tard; mais si les coupables échappent, et si la justice des dieux ne es atteint pas eux-mêmes, elle ne manque jamais de venir; des innocents expient leurs fautes, ou leurs fils, ou la postérité qui les suit. Mortels, nous avons cette pensée que bon et méchant ont le même sort, croyance agréable que chacun garde jusqu'au jour où il est frappé, mais alors il se lamente.
r,otfD mnr^lp. (apurée T^ons moiilrp 1p progrès que les îrléRs religieuses nnt f.it depuis Homère, et quelle PnnPPpiion plus juste OU a de la divinité et des devoirs de l'homme. On trouverait encore dans les fragments disperses des œuvres de Selon d'autres pensées non
moins belles. . , • u
Solon pourrait aussi être compte parmi les lambographes; car, hélas ! ce grand citoyen, qui avait tout fait pour son peuple, n'échappa pas à l'ingratitude et à la légèreté capricieuse delà démocratie athemenne.
Histoire ui: i.a LniEUAruui: ghecoli: 95
De son vivant môme on raillait, on dénigrait son œuvre, on niait les bienfaits d'une législation qui avait sauvé Athènes, il se délonditpar des iamnes qui n'avaient pas la violence injurieuse des invectives d'Archiloque, mais dont le ton était celui d'une juste et (ière émotion. Dans un fragment qui nous a été conservé, il invoque le témoignage de la terre de son pays, cette terre esclave avant lui, aujourd'hui délivrée. Il rappelle
... comment il a ramené à Athènes, dans celte patrie élevée par les dieux, beaucoup de citoyens qui avaient été vendus justement ou injustement, et qui dans leurs courses lointaines désapprenaient déjà la langue athénienne. Il a su mettre d'accord la force et la justice ; il a fait ce qu'il avait promis, des lois égales pour le riche et pour le pauvre ; à chacun il a distribué une justice impartiale. Beaucoup n'auraient songé qu'à satisfaire leur égoïsme et leur avidité. 11 a fermé l'oreille au.v conseils intéressés des uns et des autres; il n'a pas voulu qu'Athènes fût veuve d'aucun de ses citoyens. Il ne s'est pas comporté en loup au milieu des chiens. Il peut donc mépriser les critiques et s'applaudir de son œuvre ; grâce à l'appui des dieux elle dépasse ses espérances; ses travaux n'ont pas été perdus.
On cite encore de Solon d'autres vers qui se rapprochent du rythme lyrique. Ils prouvent une fois de plus que la poésie ne fut pas pour lui un simple instrument de politique ou un délassement momentané, et qu'il peut disputer le premier rang aux poètes contemporains. Mais les hommes acceptent rarement l'universalité du génie : ils aiment à fixer à chacun sa gloire et son mérite particulier. ^olxLiLJi^L iiiL gniiLd législateur^ un grand sage: quant à l'inspiration des Muses, on en a fait le privilège de contemporains qui peut-ôtre n'égalaient pas Solon, de Théognis et de Mimnerme.
îi(j uisionu; di; la ijttkhaiimk r.\\yj.(ji:v.
Théog-nis do Mégare. — 'i'[)(M)griis (h; M/;garfi, qui llo.-'issaiL v(;r.s .'iiO, csl lu principal représcnlanl. (Ui rélé^io moi'ale ; c'est à lui par cxcjtWitnca (|u'apjiarlient la \ioé^ïe gnomique ', riiol, fjui désignait chez les Grecs Texprtîssion en vers précis et bien frappés des vérités morales les plus importantes.
11 nous reste de Théognis près de douze cents vers; mais ces vers ne forment pas un ensemble, et nous ne pouvons dire si le poète avait composé un poème unique ou publié un recueil de poésies élégiaques. L'ordre primitif de ses œuvres a été bouiever>.é par les compilateurs de sentences morales qui nous les ont transmises. [In érudit allemand a essayé de retrouver cet ordre ; mais son travail, entrepris sans indications suffisantes, n'a rien produit de sensé ni d'acceptable.
Solon, nous l'avons vu, a souvent dans ses poésies le caractère du moraliste. 11 conduit l'homme par les dix stations de la vie, et, pour chacune de ces périodes de son existence, il lui donne des conseils et lui trace ses devoirs. Partout il montre dans le malheur la conséquence de la mnuvaise conduite, dans le respect du droit la meilleure chance de prospérité Mais ces développements moraux paraissent chez lui nés de l'occasion plutôt que d'un dessein prémédité. Quand une vérité morale le frappe, il Texprime, il obéit à l'inspiration du moment ; mais il n'est pas moraliste avec intention et par système. Au contraire les vers de Théognis sont comme un code de morale, ce qui a permis d'en détacher de nombreuses maximes. En effet il ne faut pas croire que primitivement aucun lien ne les rattachât entre eux. Ce qui leur donnait tout au moins une sorte d'unité, c'est l'affection du poète pour celui auquel illes adresse, Cyrnos,