‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 46 sur 267 · Seuteucieuse, du mot grec gnome, sentence · texte numérisé non relu

Seuteucieuse, du mot grec gnome, sentence

personnage inconnu dont le nom revient souvent dans ses vers.

Celte amitié pour Cyrnos donne à la poésie sentencieuse de Théognis un caractère personnel. D'ailleurs on y retrouve aussi dans plus d'un passage l'àme du poète et la trace de ses sentiments. Gomme tant d'autres poètes avant et après lui, il a conscience de son talent et il compte sur Timmortalité de ses vers et de son nom :

Cyrnos, ces vers serviront de cachet à mes leçons; celui qui les volerait ne pourrait plus demeurer dans l'ombre. On ne pourra pas non plus changer en mal ce qui est bien, mais chacun dira : ce sont des vers de Théognis de iVlcgare, renommé parmi tous les hommes. Mais, je ne puis pas plaire à tous les citoyens. Il nV a rien là d'étonnant, fils de Polypas, car Jupiter lui-même, ni quand il répand, ni quand il arrête la pluie, n'est agréable à tous les hommes.

Mais il aime surtout à parler de ses infortunes et de ses ennemis. 11 appartenait à une famille considérable de Mégare. Ruiné et banni à la suite de troubles politiques, il s'était réfugié à Mégare de Sicile, colonie de sa patrie. Une nouvelle révolution mit fin à son exil, sans lui rendre ni son autorité ni ses biens. Nourrie ainsi à l'école du malheur, sa philosophie est chagrine et misanthrope. L'adversité a rabaissé son âme sans dompter son orgueil. Il a souvent moins de dignité que d'amertume ; sa politique est à la fois hautaine et mesquine. Dans sa haine du gouvernement populaire, il donne le nom de méchants et de lâches à tous ceux qui n'appartiennent pas à la vieille aristocratie. Les Doriens seuls ont le privilège d'être bons et braves. Dans un passage de ses élégies qui se trouve aujourd'hui presque en tête du recueil, il prévoit et annonce la ruine des bons et l'avènement

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prochain d'un tyran : » Cyrnos, celte ville est grosse, et je crains qu'elle n'enlantc un homme qui dirige les coups do la violence populaire.* Kl quand celle classe inférieure, composée des vaincus, quand les paysans de la Méj^^aride ont conquis le droit de cité, Théognis s'écrie :

Cvrnos, cclLc clLé est oucon- un.- (-iUs niais h-s ciUnens sont LouL aulnîs, eux qui ne connaissaient jadis m les trilm- „anx ni les lois, mais qui portaient autour de l.-urs lianes rJes peaux de chèvres, et qui, comme des cris, [.aissan-nt en dehors de cette ville. Et aujourd'hui, Ô fils de Polypas, ce .sont los bons! et ceux qui étaient les braves sont les lâches. (Mit supporterait un pareil spectacle? ]ls se dupent l<s uns es autres, ils rient les uns des autres, ils ne connaissent m les principes du bien ni les principes du mal.

Théognis exhorte souvent les citoyens à renverser la tyrannie^

Renverse par les movens que tu voudras le tyran mangeur de peuple ; tu n'as rien à craindre de la justice des dieux.

^ Mais sans doute il n'a pas été écoulé, car ailleurs il s'adresse vraisemblablement au tyran lui-même, pour

lui dire :

Écrase, foule sous tes pieds ce peuple stupide, frappe-le d'un aiguillon aigu, mets-lui un dur joug sur le cou; car, parmi tous les hommes que le soleil regarde, tu ne trouveras pas un peuple qui aime autant la servitude *.

Mais celte haine semble inspirée plutôt par des ressenlimeuts personnels que par des convictions politiques. Ce sont ses injures, c'est la perte de ses biens qu'il brûle de venger :

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