Vers 846 et suiv
IflSTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRECQUE 99
0 Jupiter! j'airrif mieux mourir, si je ne dois pas trouver la fin de mes peines, et si tu ajoutes toujours les douleurs aux douleurs. Telle est ma destinre, et je ne vois pas la punition de ceux (|ui possèdent mes biens, (ju'ils m'ont ravis par la violence. Et moi, comme un cliien, j'ai passé le torrent, dépouillé de tout dans les eaux pronflées du fleuve. Puissé-jt» boire leur san^^ noir et voir enlin un bon ^'énie accomplir mes vœux! ' Alors puisse tomber sur moi le grand ciel d'airain, la terreur des hommes d'autrefois, si je ne Fais du bien à ceux qui m'aiment et si je n'a[)porte à mes ennemis le désespoir et la ruine =!
Aigri par le malheur, Théognis est aussi chagrin en morale qu'en politique. Sa sagesse est une sagesse défiante qui voit les hommes par leur mauvais côté.
L'honneur est mort, dit-il; l'insolence et l'injure ont vaincu la justice et régnent sur la terre. Chacun honore le riche et méprise le pauvre. L'exilé n'a pas d'ami ni de compagnon fidèle. Les amis sont nombreux autour de la coupe pleine, mais ils sont rares (juand on a besoin d'eux.
Aussi ne croit-il guère à l'amitié et veut-il qu'on « aime comme si on devait un jour haïr. »
Ne confie même pas absolument à tous tes amis tes affaires; il en est peu entre beaucoup (pii aient le cœur sûr. Ne t'assure qu'en peu d'hommes si tu fais une grande entreprise, pour ne pas éprouver, Cyrnos, une douleur sans remède.
Par suite de ce dégoût des hommes il va, nous l'avons vu déjà, jusqu'à souhaiter du mal à ses ennemis.
Puissé-je posséder moi-même en partie et donner pour la part la j)lus grande à mes amis le bien de mes ennemis I