‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 58 sur 267 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SIMONIDE ET BACCnYLTDE.

Simonide de Céos. — Oiiollc que fût la réputation de Slésichorc et dTbycus, leur gloire le cède encore ;\ celle de Simonide de Céos et de Pindare. Où placer ces deux grands poètes, qui, chez les anciens, représentaient la perfection de la poésie chorique ? Simonide, né entre 5G0 et 556, c'est-à-dire avant la fin (\c la première moitié du vi'' siècle, appartient encore pni' une bonne partie de sa vie à la période que nous étudions. Il est vrni que cette existence a compris près de quatre-vingt-cinq années, qu'elle a été témoin des mémorables événements de la guerre médique, que Simonide a chanté Marathon, les ïhermopyles, Artémisium, Platée, et que les œuvres de sa verte vieillesse ne le cédaient en rien, au jugement de l'antiquité, aux chants de sa jeunesse et de son âge mûr. Quant à Pindare, né en 522, il appartient tout entier, on peut le dire, au siècle suivant. Cependant, la communauté de l'inspiration , la nature des œuvres rapprochent ces deux noms de ceux que nous avons énumérés ; leurs odes sont comme la clef de voûte de la poésie lyrique. Nous ne les séparerons pas de leurs prédécesseurs auxquels tant de liens les rattachent. Mais nous aurons soin de les replacer, à l'occasion, au milieu des événements et des hommes de leur temps.

La famille de Simonide était attachée au culte d'Apollon, î\ Garthée, dans l'île de Céos. En se livrant îi la poésie, il suivait Texemple de son aïeul, et il transmit cette tradition h son neveu Bacchylide et i\ son petitfils Simonide le jeune, qui se fit aussi un

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nom (1,-ms les loLlrcs. Mais, moins (idèJe que ses anciens usa ville natale, Simonido quitta Céos vers 1 âge de trente ans, et, comme Anacréon, comme Ibycus, comme tous les hommes distin-ués de son temps, il accepta la riche hospitalité des rois et dr-s puissants, non moins sensible à leurs présents qu'à leurs éloges et aux honneurs dont ils l'entouraient Car le poète aimait l'argent comme la gloire ; quelques anecdotes piquantes le témoignent, et il est le premier qui ait fait, en quelque sorte, commerce de poésie, en composant des odes pour une somme fixée d avance.

Il vécut d'abord à Athènes, auprès des fils de Pisistrate ; Hipparque, cet ami généreux de la poésie le combla de ses dons. Après la mort d'flipparque 'ou après 1 expulsion d^'Hippias, il alla visiter à Larisse, en Thessahe, cette grande famille princière des Aleuades qui, à la même époque, accueillait aussi Anacréon.' Uneautrepuissantefamilledumêmepays,lesScopades de Grannon, le reçoit ensuite. C'est là que se place la légende si agréablement racontée par notre La Fontaine, et que les dieux sauvent de la mort le poète qui les avait célébrés. Il revient ensuite à Athènes à l'époque des grands combats de la Grèce contre les Perses. Il devient cher aux héros de ces nobles luttes, aux Thémistocle, aux Pausanias : il chante dans une élégie la victoire de Marathon, où il l'emporte sur le poète Eschyle; il compose la célèbre épitaphe des Spartiates morts aux Thermopyles : « Passant, va dire a-ux Lacédémoniens que nous sommes tombés ici en obéissant à leurs lois. » Il remporte encore le prix pour son hymne sur la victoire de Platée. Puis sa vieillesse trouve de nouveaux succès et de nouveaux honneurs auprès de ces rois de Syracuse, Gélon et Hiéron, qui aiment aussi à s'entourer de poètes, et auprès de Théron d'Agrigente, autre petit roi qu'il

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parvint i\ réconcilieri avec lliéron, au moment d'une bataille; enlln il meurt vers quatre-vingt-neuf ans, aimé et respecté de tous.

Les œuvres de Siuionide étaient nombreuses, et aussi variées que les circonstances qui les ont produites. Car, le plus souvent, elles ne sont pas nées de sa libre inspiration ; elles ont été composées en vue de telle (ôle relij^ieuse ou nationale, pour célébrer tel événement de la vie des peuples ou de la vie de certains citoyens. Souvent il les a écrites en vue de ces concours poétiques où il fut tant de fois vainqueur. Souvent elles étaient faites, en quelque sorte, sur commande et pour un salaire convenu. C'est le caractère de ces Odes de victoire (epinicià), ou chants en l'honneur des vainqueurs dans les différents jeux de la Grèce, chants que Simonide paraît avoir constitués et où il fut sans rival, jusqu'au jour où Pindare vint lui disputer la prééminence. En étudiant les odes de *ce dernier, nous montrerons le prix que les villes attachaient à ces victoires, les honneurs dont elles entouraient leurs concitoyens vainqueurs, et l'éclat de ces fêtes nationales, où l'ode du poète, avec l'appareil pompeux des chœurs qui la chantaient, faisait un brillant et solennel spectacle. Nous ne pouvons juger par nous-mêmes du mérite des odes de Simonide; mais nous pouvons conjecturer que l'épisode, comme il arrive à Pindare, y absorbait souvent le sujet principal. C'est du moins ce qui arriva pour l'athlète tiiessalien dont I^a Fontaine raconte l'histoire. Les deux tiers de l'ode composée en Thonneur de sa victoire étaient consacrés à l'éloge des Dioscures ; il ne voulut payer que le tiers de la somme convenue, renvoyant Simonide i\ Castor et h. PoUux pour le reste du salaire. On sait par la légende comment les deux frères acquittèrent leur dette, et punirent l'avarice de l'athlète. Un long fragment d'une autre ode mèrxO

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aux mômcîs conclusions ; ];\ encoro, l'autour a fui son sujet pour disc-uter avec étendue cette pensj'ie de Pittacus : « Il est difficile d'être vertueux. »

Nous avons déjà mentionné les chants de Sinionide en l'honneur d'autres héros plus grands que les vainqueurs d'Olynapie ou de Delphes. Le début de l'hymne où il célébrait les p:uerriers des Thermopyles est remarquable par l'élévation de la pensée et l'éclat de l'expression :

De ceux qui sont morts aux Thermopyles glorieuse est la fortune, belle la destinée. Leur tombeau est un autel, pour armes ils ont un souvenir, leur défaite est une gloire. Cette épitaphe des braves, ni la rouille, ni le temps destructeur ne l'effaceront. Leur caveau contient la gloire des habitants de la Grèce. Léonidas l'atteste, le roi de Sparte, qui a laissé un grand exemple de vertus et une renommée impérissable K

Ailleurs il a fait parler les Spartiates eux-mêmes dans une inscription qui se termine par ces vers : « Pour Sparte la mort, ce n'est pas de mourir, c'est d'avoir fui. » D'autres fragments d'élégies ou d'odes se rapportent à Marathon, à Artémisium, à Salamine et à Platée K

Simonide avait composé aussi des dithyrambes, des péans, d'autres chants religieux, des hyporchêmes ou danses avec chants, des parthénies ou chœurs de jeunes filles, des scoUes ou chansons de table. Nous avons cité quelques-unes de ses épigrammes ou inscriptions tumulaires.

Mais le caractère mélancolique de son talent, son exquise sensibilité l'avaient fait surtout exceller dans ses élégies dont il nous reste un joli fragment, et dans ces chants funèbres ou thrènes que le poète latin

1. V. Poètes lyriques grecs. Bergk, p. 776-790, et la traduction de M. Villemain, Du génie de Pindare, p. 17 j.

Calullo appelle « les larmes de Simonide. t> Le poète y avait sans doute exposé, en les déplorant, les infortunes célèbres de la mythologie et de l'histoire'. Pindare, qui, dans presque tous les genres, a été son rival, pourra remporter ailleurs par la force, la fierté, la magnificence, mais il n'a pas en partage la simplicité tendre et le pathétique de Simonide. Nous pouvons juger de ces thrènes par un morceau digne de la réputation du poète, les plaintes de Danaé, ballottée sur mer dans le coffre où elle est enfermée avec son fds, uniquement occupée de cet enfant qui dort au sein des flots, mêlant dans son harmonieux langage les gémissements aux prières, les cris d'eil'roi aux accents d'une tendresse pleine d'efl'usion :

Autour du coffre liabilcmont travaillrvlo vent souffle et gronde, les flots s'agitent. Elle tombe saisie do terreur, les joues baignées de larmes, elle entoure Persée de sa tendre main, et dit : « 0 mon enfant, quelles douleurs je soufTrr ! Et toi, tu dors; d'un cœur paisible tu reposes dans cette triste demeure scellée de clous d'airain, dans celte nuit sans lumière, dans ces noires ténèbres. Le flot qui passe au-dessus de ton épaisse chevelure, les mugissements de la tempête ne te causent pas de souci ; tu reposes dans ta couverture do pourpre, ô mon enfant! ô doux visage ! Ah! si ce danger était pour toi un danger, alors tu prêterais à mes paroles ta charmante oreille. Allons, dors, enfant, dorme aussi la mer, dorme la calamité sans mesure! Et toi, Jupiter, montre à mes yeux que ta volonté est changée. Et si ce vœu est trop hardi, pardonne-le moi en faveur de notre fils -.

Bucchylide. — Nous ne séparerons pas de Simonide son neveu Bacchylide, qui vécut avec lui à la cour d'IIiéron, et se montra par ses talents digne de

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