‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 67 sur 267 · lIAd · texte numérisé non relu

lIAd

HISTOIRE DE LA LTTTI^:i{ATIRE r.IlECQUE 149

de la poésie, d'autres savants, plus positifs dans leurs recherches, plus attachés à la terre, commentaient la prose littéraire. Ce sont les philosophes ou savants de récole ionienne; on les distingue par ce nom général des sages de l'école italique qui ont vécu et enseigné dans les villes grecques de l'Italie et de la Sicile.

Phérécyde de Scyros. — Avant eux, un Ionien, Phérécyde de Scyros, qui vivait dans la première moitié du vi" siècle, avait donné l'exemple. Il composa en effet, en prose ionienne, une théogonie inspirée par les idées qu'on rencontre chez les poètes orphiques. Mais cette prose est toute pleine de formes poétiques : le ton, l'accent est partout celui du poète. Ce caractère poétique est encore celui des premiers écrits de l'école ionienne.

^ Thaïes. — Thaïes de Milet, son fondateur, de même "^que Pythagore, fondateur de l'école italique, s'était horné, nous l'avons dit, h. un enseignement oral.

p Anaximandre et Anaximène. — Ses élèves, Anaximandre et Anaximène, comme lui Milésiens, développèrent sa doctrine et l'exposèrent dans des traités qui, de môme que les poèmes deXénophane, deParménide etd'Empédocle, ont pour titre \De la Nature. Quelques fragments très courts permettent de juger que la langue d'Anaximandre ressemblait beaucoup à celle de Phérécyde. Ce qui nous reste d'Anaximène se rapproche davantage du langage de la prose ; au contraire, Heraclite d'Ephèse, auteur aussi d'un traité Sur la Nature, a dans son style une hardiesse d'images et une vivacité de ton toutes poétiques.

Anaxagore. — Les fragments du célèbre Anaxagore de Clazomène, le maître de Périclès. sont plus

l.'iO iirsioiiu". oi: i,\ f.i n i':ii \ iihk i,\UA.(j\i:

considi'îrahlos. Ils no p(!rm(ittont pas sans douto <Vii\)\)i'(u'.'nti' y ('Ait y.ilion des (Joclririos de ce philosfjphe qui, le pren:iier, au témoignage d'AristoLe, élaljlit l'existence d'une inlellif^ence distincte de la nature, cause suprôme de l'ordre universel. Mais ils suffisent pour donner une idée de son style et de sa méthode d'argumentation ; ce sont des phrases courtes, liées entre elles sous une forme qui fait pressentir la période. C'est un commencement de prose littéraire.

Prose historique. — Si le besoin de l'argumentation et de la précision scientihque amenait la philosophie à la création delà prose littéraire, les recherches chronologiques, les études de généalogie et de géographie conduisirent presque en même temps au même résultat les premiers historiens de la Grèce. Nous avons vu que Pépopée a été en réalité l'histoire des temps héroïques. iMais de même que les poètes orphiques et les philosophes soumirent à leur examen la religion populaire, pour Tépurer, pour l'expliquer, pour lui opposer des croyances moins grossières et plus conformes à la raison, de mêm.e la science commença à entrer dans l'histoire, et de premiers essais de critique s'appliquèrent à rejeter la fable {muthos, le mythe) pour n'y maintenir que les faits sérieux et réels {logos). C'est pourquoi ces premiers historiens furent appelés logographes. Il était naturel que ces hommes qui rompaient avec les traditions mythologiques, qui remplaçaient les tableaux poétiques par des listes de généalogies,- rompissent aussi avec la forme du vers ; ils écrivent donc en prose et en dialecte ionien, parce que le premier d'entre eux, Gadmus, était de Milet.

Cadmus de Milet. — [1 ne nous reste rien de ce logographe, dont l'ouvrage, sous le titre de Fonda-

mSTOIRE DE LA LITTÉRATinK fiRECOHE I "i 1

lion de Milet {Ktisis MllHou) remontait jusqu'aux origines de cette ville. Il était contemporain de Phérécyde ; aussi dispute-til i\ celui-ci le titre de père de la prose littéraire.

Acusilaos d'Argos. — Après lui, Acusilaos d'Argos écrivit aussi en prose ionienne, bien qu'il fût dorien de naissance, une exposition des origines des peuples et des principales familles de la Grèce, en remontant jusqu'aux anciennes légendes.

Hécatée de Milet. — Hécatée de Milet, qui dissuada les Ioniens de leur révolte contre les Perses, se rapproche plus que ses prédécesseurs du véritable his-

, lorien. Il voyagea longtemps et rédigea sous le titre de Tour de la terre {Périodos ç/es) une description des côtes de la Méditerranée et de celles d'Asie jus-

I qu'à rindus. Il reprit en outre les généalogies d'Acusilaos pour en corriger et en rejeter toutes les traditions fabuleuses que l'auteur y avait encore maintenues.

Phérécyde de Léros. — Charon de Lampsaque. — Hellanicus de Mitylène. - Citons encore Phérécyde de Léros, auteur de généalogies athéniennes qui s'étendaient d'Ajax à Miltiade et qui comprenaient des récits quelquefois très étendus; Charon de Lampsaque, qui rechercha les origines des Perses et d'autres peuples avec lesquels la Grèce venait de faire connaissance par l'expédition de Darius et de Xerxès ; Hellanicus de Mitylène, auteur d'ethnographies et de chronologies comme Phérécyde et Charon, mais supérieur à eux par la critique. Ses ouvrages sur divers peuples de TAsie et sur l'Egypte avaient une véritable autorité ; Hécatée et lui sont les véritables précurseurs d'Hérodote.

\'\2 iiisToiiu: i)i: t.a \ATT\:\\\n\\\: ('.wvj.qvv.

Ésope. — Avant d'abandonner cotte période si pleine dont nous venons d'esquisser l'histoire, nous devons ])arler d'un nom célèhi'e (\m personnifie chez les Grecs le genre populaire de la fable. Rien n'est plus incertain que la patrie, la vie, l'existence même d'Esope. L'un le fait naître en Phrygie dans le vi" siècle, d'autres en Thrace, à Mésembrée. Il fut d'abord esclave à Samos ; adranchi, il voyagea en Asie, en Egypte, en Grèce. Il est probable qu'il recueillit dans ses voyages ces allégories et ces sentences qu'il répandit ensuite dans la Grèce. On raconte qu'il mourut à Delphes, victime de la colère des habitants qu'il avait raillés dans sa fable des Bâtons flottants. Tout ce qu'on peut dire sur lui d'à peu près certain, c'est qu'il fut une sorte de sage faisant de la philosophie sous forme d'apologues, qu'il rendit populaires un grand nombre de fables sur lesquelles se sont exercés les poètes, tels que Babrius chez les Grecs, et Phèdre chez les Latins. Socrate employait les loisirs de sa prison à mettre en vers les fables ésopiques.

LlVhK III

l'KHIODK ATÏigUF..

r;oo-3oo.

Caractères. — La période allique, relativement courte sous le rapport de la durée, mais immense par la multiplicilé des l.aleuts et des chefs-d'œuvre qu'elle a produits dans tous les genres, peut déjà revendiquer les noms de Simonide et de Pindare, que nous avons placés, pour le besoin de notre classification, dans la période précédente. En môme temps que paraissent ces grandes odes qui sont l'apogée du genre lyrique, elle voit se développer, et presque aussitôt arriver à la perfection, des genres nouveaux ou à peine sortis de l'enfance, le poème dramatique sous toutes ses formes, riiisloire, la philosophie, l'éloquence.

Ce n'est pas sans raison que nous faisons honneur ;\ Athènes de cet épanouissement merveilleux de la littérature, auquel il faut joindre encore Fessor de tous les arts, l'architecture, la peinture, la statuaire. Athènes, qui s'est mise à la tète de la Grèce par son noble rôle dans Toeuvre de la défense nationale, qui, brûlée par les Barbares, s'est relevée bientôt plus brillante et s'est couverte d'admirables monuments, devient par les arts de la paix, comme par sa puissance militaire, maritime et commerciale, le centre de la

irj/j. iiFSTOiiii; 1)1 i.\ T.rn Kl'. \TiiîE r.nEroiT

civilisation, le pays des lumières, de la science et du bon goût; c'est « l'école de la Grèce, » comme dit l'IuK-ydide ' et, suivant l'expression d'un poète, hi jrn'Cit de la (iraut . C er>t exclusivement choz elle que la tra^^édic; naît et u^randit; c'est chez elle que la comédie, qui a ses origines en Sicile, ^e fixe et se développe sous ses diverses formes. Tous les philosophes sont nés ou ont vécu chez elle, to us les historien s , sauf un seul, lui apparlierinoiit, et celui-là même que l'Asie revendique, Hérodote, est aussi Athénien par l'esprit et par l'inspiration de son livre. Il en est de mémo de grands artistes, dont les œuvres ont dû beaucoup à l'iniluence des poètes, des philosophes et des historiens, mais ont à leur tour réagi sur la littérature et fortement aidé à sa puissance. C'est ce concours de tous les talents, de tous les nobles travaux de l'esprit, ce sentiment et cette poursuite commune du beau et du parfait, qui font l'incomparable grandeur de la période dont nous commençons l'étude.

Féconde en artistes, en poètes, en philosophes, en écrivains de tout genre, Athènes ne Test pas moins en capitaines, en pobtiques, en administrateurs. La lutte héroïque contre l'Asie a élevé les intelligences et a comme suscité tous les talents^ provoqué tous les elibrts de l'esprit : si petit par le nombre, et par l'étendue de son territoire -, ce peuple athénien acquiert par Tes-

1. Livre II, Disc, de Périclès : « Je soutiens qu'Athènes est l'école de toute la Grèce. »

2. y. Lamartine, Recueillement f> poétiques. Ressouvenir du lac Léman .

Adore ton pays et ne l'arpente pas.

Ami. Dieu n'a pas fait les peuples au compas.

L'âme est tout; quel que soit l'immense flot qu'il roule,

Un grand peuple sans âme est une \aste foule.

Un pays, c'est un homme, une gloire, un combat, Zurich ou Marathon, Salamine ou Morat ! La grandeur de la terre est d'être ainsi chérie: Le Scythe a des déserts, le Grec une patrie 1

mSTOlRE DE LA LITTÉRATURE GRECOIE ]i')l')

prit une grandeur et une puissance que nulle nation, ancienne ou moderne, n'a égalées ou tout an moins surpassées, et celte prééminence, plus durable que celle des armes, a survécu au peuple môme qui en a l'honneur. Athènes, école de la Grèce, est restée la grande école du ^^enre humain; c'est encore là que les nations modernes, à l'exemple du peuple rouiain, vont chercher leurs enseignements. Athènes est toujours le foyer du bon goût, do la droite raison, de la pure et idéale beauté.

IBAJ

GHAPITllE PKEMIEK

LE POKME DRAMATigUl':. — LA TRAGKDH-.

Caractères du genre dramatique. — Après les longs récits cpiaues des premiers âges, après les poésies inoralistes et les chants personnels et passionnés des siècles suivants, pMraîlj]n rjonvean penre qui empriinfo ses éléments à chacun i\(\ <-(>ii\ ([nj j'onl, nréi/édé. 11 s^empare des récits de Tépopée. de la J^;^gftssft des portes didacliques. des chants et (ies danses des lyriqims, il y joint les enchantements de la musique, de la peinture, de la statuaire, de l'architecture, de tout ce qui, en charmant les yeux et les oreilles, ajoute aux fortes et salutaires émotions de l'àme, il crée une poésie nouvelle, pleine d'intérêt et do leçons, la poésie dramatique.

Sources de la tragédie. — Les sujets abondaient dans l'histoire religieuse et politique de la Grèce. C'étaient la généreuse audace, les nobles souffrances, l'indomptable courage de Prométhée, les combats et les épreuves d'Hercule et de Thésée, successeurs de Prométhée dans cette lutte de la civilisation contre la barbai'io ; c'étaient les aventures étranges de ces premiers colons de la Grèce, Gécrops, Danaùs, Gadmus, Pélops ; puis les premières entreprises con'imunes, Texpédition dès Argonautes, la guerre de Thèbes, la guerre des Epigones, fécondes en passions et en in-

l'iH iiisT<niu: i)K i.\ ij i'H^;n \Ti l'.K GUKcoi.'i:

loiiunos [)atli(;lj<iu(;s, vAiiïu la ^ranfJ(; ^uorre flo Troie, mine inépiiisahlt; j)Our la Iragtuiie, (Jo|jijis ses origines jusqu'aux r(;lours qui en prolongent Tinlf^rôt dramatique, jusqu'aux inlorlunes des Agamemnon, desldom(^n6e, des Teucer, des Diomède, des Ulysse.

Caractère du peuple athénien. — Nul peuplen'étail mieux préparé que les Athéniens aux pures émotions de la tragédie. Bien diflérente de Rome, qui se complaît aux spectacles grossier.^ et sanglants de l'arèno, Athènes aime les luttes i'ortiliantos et morales de rhomme aux prises avec le malheur; sa sensibilité délicate trouve des larmes pour toutes les infortune^.: elle a créé et elle pratique ces vertus qui ji'ont pas de nom dans la langue latine, la philanthropie et la sympathie, fin donnant h l'homme Ip spftr-t;<rhv rh> rhommfi. a^eç sqs vertus, se§ faihlfi??.SPS, ses passions, ses prospérités et ses revers, le poète p^f ^nv rrintpresser et dY.mouvoirunanditoirp. ;<thpnipn Or, comrhe de tous les points de la Grèce, et des côtes de l'Asie- Mineure, de la mer Noire et de la Grande-Grèce, on accourt à ces grandes représentations, tousces peuples apprendront à penser et à sentir par l'âme d'Athènes. Sur ce point encore, Athènes est l'école de la (îri^'p.^ disons mieux, l'école oes Romains, dont elle adoucira l'humeur sauvage, dont elle inspirera les plus grands écrivains, les Térence, les Lucrèce, les Virgile, les Horace, elle est l'école de toute la littérature moderne et particulièrement de la France qui lui doit, pour né^ citer que les plus grands noms. Racine^ .Fénelon-r André Chénier.

Origines et constitution du drame. — La Grèce n'était pas dépourvue de toute représentation dramatique. C'est là comme un instinct de l'esprit humain ; au berceau des peuples les moins bien doués, on

TflSTOIHK DE LA T.lTTKnATmE (IRErOUE 1nî>^

trouve quelque image u;rossière de jeux scéniques. Or la Grèce, nous l'avons vu, avait la récitation des poèmes homériques par les rhapsodes : ceux-ci, se distribuant la déclamation d'un épisode de V/liadc ou de VOdi/ssée, faisaient parler l'un Agamemnon, l'autre Nestor, un troisième Achille; c'était déjà ressusciter et personnilier dans les acteurs les hommes d'autrefois, en un mot, transporter le passé dans le présent, commencer l'illusion de l'action dramatique. La poésie chorique, avec ses pompeuses représentations que Simonide etPindare nous ont fait connaître, prépare aussi un des éléments du drame. Eniliv ^'est d'une des variétés particulières de cette poésie chorique, du rlitlivramhe, qu'est sortie directement la trai(édie. Elle lui doit jusqu'à son nom, car le dithyrambe, chant en l'honneur de Bac.chus, qui faisait partie du programme des grandes fêtes de Bacchus, les Lénéennes et les Dionjjsiaf/ues, s'appelait aussi tragédie ou chant du bouc. L'explication que Bpileau, traduisant Horace, a donnée de ce mol n'est pas exacte.

Du plus li;il»il(» chaniro un bouc ôtail lo prix,

a dit l'auteur de l'Ar/ poétique '. îMais en réalité le prix du vainqueur était un bœuf, et le mot tragédie s'explique soit par l'habitude d'immoler un bouc sur l'autel autour duquel le chœur faisait ses évolutions, soit par le déguisement des choristes, qui étaient affublés de cornes, de peaux de bouc ou de chevreuil, et d'autres attributs caractéristiques de l'animal consacré à Bacchus et de ses ministres, les Satyres. Quant à la nature de ces chants, ils étaient emprun-

1. Ch. m, V. G6. Horace, Ép. aux P/w/jç. v. 220 : « Celui qui ilispula lo prt'uiit r |r bouc, prix ifrossier de la tr.iiicdic. >.

I(>0 iiis'iniiu: iii: i.\ I riri';!'. AI riu: (,iu:roi'i:

lés à la 16^en(i(; du diou, cl, siiivanl le caraclôro de la fôte, ils racfjiiLaieiil les inciderils sérieux ou les aveiiluros lolAlrcs de sa vie. Corrifrie nous lavons dit en <Hudiant le liithyranibe. la licence y était f^rando.

Connncril (ic celUi ronde continue, nui embrassait -^ quelquefois dans ses récits un f^rand nombre d'aventures de Bacchus, est-Qli Vim^ù Ù.iix Lfa;;ili]JiL telle que nous la comprenons ? Voici par quelle suite de progrés s'est accomplie cette transformation si complète qu'elle inquiéta les vieillards et qu'ils s'écrièrent . « 11 n'y a plus rien là pour Bacchus. »

Une première innovation fut celle qui introduisit un récit au milieu du chant dithyrambique. L'n personnage se détacha du chœur pour faire un récit qui était comme une réponse aux chants des choristes, et qui en provoquait de nouveaux : de là son nom, hypacritès (celui qui répond), nom qui aura bientôt le sens beaucoup plus étendu d'acteur. Ces alternatives de chf\ni fit df^^yfnW formaient déjà un commehcement de dialogua.

Une seconde nouveauté suivit bientôt la première. Ce personnage ne fut plus un simple choriste ; il devint Bar.chns Ini-mAmp.. .oiL.Silène, ou tel autre des persnnnagP^ dp. 1;^ IpgP.ndp. dn dieu H ne raconta plus

une aventure ancienne ; il la reproduisit lui-même comme nouvelle et présente ; il ne récita plus, il joua. Dès lors, le drame était créé, car on avait introduit dans le dithyrambe ce mensonge de l'illusion théà traie, que Solon, au rapport de Plutarque, ne voyait pas sans inquiétude, et sur lequel repose toute la puissance et tout l'intérêt de l'action dramatique.

Premiers poètes tragiques. — Thespis. — Ces deux innovations sont attribuées à Thespis d'Icare 'bourg de l'Attique), qui florissait vers aa^ 11 mérita encore par une troisième hardiesse d'être désigné comme le

-niSTOTRK DE LA LUrKHATinK (IRKCQUE If)

père du poème dramatique. Il osa sortir du cercle de la légende de Bacchus et, pour varier l'intérôt, J traita des sujets étrangers au dieu qu'on fêtait, donnant ainsi naissance à ce mot cité plus haut :- « Rien là pour Bacchus. »

Phrvnichu^. — Un disciple de Thespis, Phrynichus d'Athènes (500), suivit la voie de son maître et apporta de nouveaux éléments au drame, en y introduisant le» pfirsonna^^ps; d^ Ff^mmes qui, d'après les mœurs grecques, ne purent jamais être joués que par des hommes, puis en sortant des traditions religieuses pour aborder des sujets purement historiques. 11 alla jusqu'à s'emparer des événements contemporains. Ses Phéniciennes reproduisaient, comme nous le verrons pour les PtTsecV d'Eschyle, les plus glorieux événements de la guerre médique. Sa Prise de Milet retraçait les malheurs de cette ville, et les représailles du roi Darius qui se vengea sur elle de l'incendie de Sardes. Ce spectacle lit couler bien des larmes, mais les Athéniens punirent le poète d'une amende ' ; il avait blessé le sentiment national en représentant une défaite d'Athènes. Peut-être aussi avait-on senti qu'il était dangereux d'engager l'art dans les voies d'une émotion trop facile. Quoiqu'il en soit, la condamnation de Phrynichus fut salutaire, en forçant les poètes à puiser le pathétique à des sources moins vulgaires, et à compter, non pas sur le réveil d'une douleur personnelle trop poignante et trop vraie pour être un plaisir littéraire, mais sur cette sympathie générale qu'excite en nous la vue des malheurs de nos semblables.

Pratinas. — Le drame satyrique. — A la môme époque, Pratinas de Phliunte- venait à Athènes, et en

\. Hérodote.

Page 1