‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 70 sur 267 · GRANDS MONUMENTS DE LA TRAGÉDIE — ESCHYLE · texte numérisé non relu

GRANDS MONUMENTS DE LA TRAGÉDIE — ESCHYLE

Caractères de la tragédie dans Eschyle, dans Sophocle et dans Euripide. — En étudiant les origines de la tragédie, nous avons pu apprécier déjà les progrès successifs par lesquels cet artj dont les dieux et leurs aventures inspiraient d'abord exclusivement tous les tableaux, s'éloiL>-na de plus en pins Hr 'son point de départ, pour y introduire d'abord rns hnmm(>s; des premiers temps, qu'on nomma les héros, et qui, selon la fable, étaient en commerce avec les habitants du ciel, puis les hommes qui partagent notre nature et nos destinées, et dont les joies et les douleurs, les vertus et les passions, images de notre propre cœur, ont le privilège de nous captiver et de nous émouvoir. Par suite de cet intérêt qui nous attache à nos semblables, rhominc devint l)ientnt le pHnpipMl pp.p'snnnage de la tragédie. Mais les dieux ne disparurent pas entièrement de la scène : comme dans l'épopée, ils y gardèrent toujours une place, soit qu'ils fissent connaître aux hommes leurintervention par leur présence même et leurs paroles, soit que leur puissance invisible se manifestât par ses effets, et suivant l'expression d'un moderne ' « frappât ces coups que le monde sent. » Leur volonté joua longtemps le premier rôle

dans la pièce, et eJlft y ro^\a Ip ping pnk^nnt mnhilp Hp I. Bnlzac, Le Socrnfr r/nrlim.

1 7() iiis'ioim: i»i i.\ i.i r'n':ruriiu. <,i'.i.(oii.

J'action. ^a l'alalitr; lil toujours le fond du tableau ; sur le (levant pai'urent les hoinmes, d'abord voisins des dieux par leur force héroïque, puis idéalisés eucorr;, mais vrais, pgj.^ passionnés cÀ faibles. « tels qu'ils sont et non tels qu'ils devraient ôtre, » Ces différences caractérisent le génie particulier des trois ^'rands poètes tragiques d'Athènes, Eschyle, Sophocle et Euripide.

Vie d'Eschyle. — Eschyle, né à Eleusis, en oi.". mort à (jéla en 450, frère de deux héros, Eynégire et Aminias, combattit lui-même en brave à Marathon, à Sa la mine et à Platée. Son épitaphe, où respire le fier sentiment de cette gloire militaire, ne parle même pas d'une autre gloire pourtant bien éclatante :

Sous ce monument gît Eschyle, fils d'Euphorion, Athénien. Il est mort dans la plaine fertile de Gela; sa valeur est célèbre. Le bois de Marathon peut la dire, et aussi le Mède à la longue chevelure : ils la connaissent.

A l'époque de la bataille de Marathon, il avait déjà trente-cinq ans, et son nom effaçait dans la poésie dramatique ceux de Phrynichjjls et de Pratinas. Vainqueur de celui-ci en 496, il remporta souvent de semblables victoires. Sur soixante-dix tragédies ou drames satyriques que les anciens lui attribuent, cinquante deux furent couronnés. Les Athéniens ne cessèrent jamais de l'entourer d'admiration et d'honneurs ; et rien ne permet d'attribuer au dépit ou à l'exil son départ pour la Sicile, oii l'appelaient, comme avant lui Simonide etPindare. les vœux et l'enrhonsiasmede ces princes amis des lettres, de ce peuple épris dp la pnésift. Il y composa encore des tragédies et il y mourut au bout de trois 'ans dans sa soixante-dixième année. Le récit de Valère Maxime sur la tète chauve

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du poète qu'un aigle prit pour un rocher et qu'il fracassa en y précipitant une tc»rtue, a été popularisé par les vers de la Fontaine ; il ne nnérite aucune créance.

Tragédies d'Eschyle. Analyse des Suppliantes et des Sept devant Tlièbes. — Les sept tragédies qui nous permettent aujourd'hui d'apprécier par nousmèmesje génie d'Eschyle ont toutes pour caractnre le grand développement des chœurs et l'extrôme simplicité df> Tari ion. Deux surtout, les Suppliantes et les Sept devant Thèbes , semblent sous ce double rapport une image fidèle du drame naissant des Thespis et des Phrynichus. Voici le résumé des Suppliantes : Les cinquante filles de Danaiis, pour ne pas épouser les fils d'Egyptus, leur oncle, ont quitté l'Egypte avec leur père. Elles arrivent h. Argos et, à titre de rejetons d'Io, elles'demandent asile et protection au roi Pelasgus: le roi et tout le peuple argien promettent de les défendre.

Un héraut, envoyé par les fils d'Egyptus, vient les réclamer. Pélasgus répond par un refus courageux, et les Danaïdes sont admises avec leur père dans les murs d 'Argos.

La tragédie des Sept contre Tlièbes n'est pas moins simple. Les préparatifs d'un combat, le récit de la mort d'Etéocle et de Polynice, en voilà les deux points essentiels. Ce récit est suivi des touchantes lamentations d'Antigone et d'Ismène, sœurs des deux chefs, de la proclamation du décret qui interdit d'ensevelir le cadavre de Polynice^ et de la courageuse protestation d'Antigone qui jure de désobéir et qui va rendre à son frère les derniers devoirs. Les chœurs, pleins des sombres images de la guerre qui dévore la ville, et de l'horreur des infortunes et des crimes de la famille d'Œdipe, forment près des deux tiers de la pièce ; la poésie en est admirable.

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caractère des cinq autres pièces, modèles de la tragédie simple. - Le., cinq autres IraKe'lie, 'i 1-^ chvl n'ont ,1ns ce ear.cl^re i.nlécis du dran.e h son onfan.' -elles forment un tout harmon.eux, modèle de ce que les anciens ont appelé la tragé^he mudl'^ L^ion s'y borne presque à une expos.Uon et à un iénôueme'nt, l'intrr.ne est le fj'^^'^^^^^^J^Z

::r^c[è::rs:n^rSstueux et «J--squ^;^. f;^s comme exemple le drame imposant et sombre atJ ro^ inéthéejficAainâ^

Analyse du Prométhée. - Dans le P"'°l"f ^' J^' rionx messagers de Jupiter, la Puissance et la Y orce, ?omraînenf vulcain à' clouer Prométhée sur un rocher de la Scylhie d'Europe, qui n'est pas comme on le réDète souvent, le mont Caucase. Après le départ bourreaux, Prométhée rompt le f - ded.-

gneux qu'il a opposé ^^ 1^, J^^f ,«',: .^'^u oleU admirable apostrophe à l.f'^'.''. '''^f \Ve momen témoins de l'injustice dont ^],'f'f'Z±'''^^Ze' arrive porté dans un char ailé, le chœur de, Oceamûes. ES adressent au Titan de touchantes consola^ on. Prométhée y mêle ses plaintes, .1 s épanche avec des amis. 11 raconte comment il a encouru la haine de luDiler pour lequel il a combattu dans la lu te des Ss : le vainqiLr voulait écraser les mor^s Prométhée a eu pitié d'eux, et leur a donne 1 /^Pf^f^';^ î^ feu, maître de tous les arts. L'heure du châtiment tt de la chute viendra pour Toppresseur.

Au moment où les Océanides, sur 1 invitation de ProméThï sont descendues sur le rocher, arriv. eu nère Océanos, monté sur un dragon ailé. Prudent et BO itique! U âonne à Prométhée des conseils de soumïslon Le dieu répond avec ironie, et engage Ocea-

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nos h se retirer vite, de peur de s'attirer la colère de Jupiter; Océanos disparaît bientôt. Le chœur calme le cœur ulcéré de Promélhée par les tendres accents de sa douloureuse pitié. Celui-ci raconte alors à ses douces consolatrices tout ce qu'il a fait pour les hommes : l'architecture, l'astronomie, l'arithmétique, le labour, l'artdedompter les chevaux, de naviguer sur les fleuves et sur la mer, de plier les métaux à leur usage, d'adoucir leur maux par des breuvages salutaires, il leur a tout enseigné. Il expie ces bienfaits par un horrible supplice; mais un jour ces chaînes tomberont, et sur la tête de Jupiter plane la menace de cette délivrance dont Prométhée refuse de dévoiler le secret.

Après un troisième chant dans lequel les Océanides déplorent l'imprudent amour de Prométhée pour cette race humaine, alliée impuissante et ingrate, arrive une autrevictime de Jupiter, lo toujours errante, toujours poursuivie par le taon fatal. Elle s'étonne d'être connue de Prométhée, elle lui raconte ses malheurs. Hélas, elle est loin du terme de ses infortunes ! Prométhée, qui connaît l'avenir, fait à la malheureuse la longue énumération de ses nouveaux voyages. Mais, un jour, elle sera vengée, son lils Epaphus aura un descendant qui frappera Jupiter, et le tyran tombera précipité de son trône par un fils plus puissant que lui. Après cette prédiction, lo part saisie d'un nouvel accès qui l'emporte loin de la montagne.

Nous touchons au dénouement. Jupiter a entendu ces menaces, répétées trois fois avec une précision toujours croissante. Après le chant du chœur sur le bonheur des unions assorties, arrive Mercure, le complaisant messager du dieu suprême ; il promet, il menace, il met tout en œuvre pour vaincre l'obstination magnanime du vaincu, et pour lui arracher son

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scc.ieL .Jiiscpj'aii IjfjiiLPrornélhoo résiste. Mercure s'éloigne. Jiienlùt ia vengeance de Jupiter s'accomplit : la terre tr(3inble, 1(; tonnerre gronde, l'éclair étincelle, les vents se déchaînent, «la mer soulevée se confond avec les cieux. » Cependant les dernières paroles de la victime sont une fière protestation : < 0 mon auguste mère, et toi, divin Ether, qui répands sur nos yeux la commune lumière, vous voyez mes injustes tourments ! »

Tel est ce drame, si grand, si pathétique dans la liera immobilité de son principal personnage, dans la simplicité, ou, pour mieux dire, dans la nullité de son intrigue. En le racontant, nous avons tracé tous les traits principaux du caractère, qui fait à lui seul presque tout le drame. N'oublions pas cependant ce côté sublime qui a vivement frappé les Pères de l'Eglise. Promélhée, en servant les hommes, savait qu'il serait puni par Jupiter : « J'avais tout prévu, dit-il lui-même ; c'est volontairement, oui volontaire^, ment, que j'ai failli ; je ne le nie point, pour secourir les mortels, je me suis perdu moi-même, » Cette grande idée d'un dieu qui s'offre en sacrifice pour les hommes achève de saisir notre imagination et notre cœur, et nous aimons à voir dans cette merveilleuse légende comme le pressentiment du grand drame qui a régénéré l'humanité.

Analyse Hfis Perses — La tragédie des Perses présentait aux Grecs un autre spectacle, bien plus émouvant encore pour les Athéniens, pleins des souvenirs de l'invasion asiatique et de la .victoire de Salamine, gagnée sept ans avant cette représentation. La scène figure le palais des rois de Perses à Suse, et, sur une place en avant de ce palais, le tombeau du roi Darius. Des vieillards perses, chargés en l'absence du roi de veiller sur les intérêts du royaume, s'entretiennent de

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l'expédition de Xerxès ; les nouvelles manquent, de tristes pressentiments agitent les cœurs. .AInssa, la mère de Xerxès, vient y joindre les menaçantes images d'un son^e qui l'a troublée. Bientôt un messager arrive et raconte la journée de Salamine, glorieuse pour la Grèce, honteuse et lamentable pour l'Asie ; et l'ombre de Darius évoquée pleure sur cet immense empire frappé par l'impitoyable Fatalité. Puis Xerxès lui-même, tout-puissant naguère, arrive seul, sans soldats, sans escorte, les vêtements en désordre, la tête courbée sous le poids de la honte et de la douleur, et toutes les questions que lui adressent les vieux conseillers de son père sur celte innombrable armée, sur cette lloLte immense, sur ces vaillants généraux, redoublent la rougeur de son front, ravivent les blessures de son cœur : morts! morts ! telle est la seule réponse qu'un douloureux effort arrache à ses lèvres tremblantes.

Qn devine, même à travers cette sèche analyse^ le pathétique intérêt du drame^ rempli pnnrfanf jn<iqu'au bout par une seule situation.

La trilogie de l'Orestie. — Les trois autres tragédies d'Eschyle ont pour nous un caractère particulier qui les recommande à l'étude des modernes; elles sont le seul exemple qui nous reste de cette forme dramatique dont nous avons donné plus haut la délinition, et que les Grecs appelaient trilogie. Chacun de ces drames fait un tout. Agamemnon, le premier, est le tableau saisissant du crime de Glytemnestre ; le grand roi arrive pour tomber sous les coups de sa femme et d'Egislhe. Les Choéphores retracent le châtiment, tardive, mais fatale conséquence de l'adullère et du meurtre. Oreste exilé revient pour accomplir la vengeance commandée par Apollon ; il la prépare avec Electre, sa sœur, il frappe Egisthe, il frappe sa mère

\H'2 MISrollU. 1)1, L\ MIIKMAJIMI. i.HfXyLK

ell«'-môrne, cl le dc'îlire qui s'empjire do lui annonce déjà la troisième partie do cette horrible histoire, le supplice du parricide que les Furies poursuivent sans relâche. Ce dernier drame porte en effet le nom des inexorables déesses, les /yumc/iides ' et le prologue nous les montre dans le tetnple de Delphes qui tiennent leur victime enlerinée dans leur cercle infranchissable. Mais Apollon vient au secours d'Oreste : il répand le sommeil sur les yeux des Furies, le coupable s'échappe et se réfugie à Athènes, dans le temple de Minerve sur la colline de Mars (l'Aréopage). Réveillées par l'ombre de Glytemnestre, les Furies vont à Athènes et pressent Minerve de leur livrer l'assassin de sa mère. La déesse d'Athènes institue pour juger Oreste le tribunal de l'Aréopage : dans ce grand procès, les Furies accusent; Apollon est le défenseur. Les avis des juges se partagent également entre la condamnation et l'acquittement; mais le sufirage de Minerve sauve l'accusé, et la déesse, après avoir désarmé par la promesse d'un culte particulier la colère des Furies, fait des terribles sœurs les protectrices de sa ville chérie. Là s'arrête ce lamentable enchaînement de crimes et de malheurs. Guacune des tragédies a bien son objet et son unité distincts, mais elles se rattachent les unes aux autres par les liens d'une autre unité non moins forte : c'est le cercle des destinées d'Oreste, c'est ÏOrestie, comme on a nommé cette trilogie puissante. Jamais l'exécution d'une œuvre ne fut plus conforme aux règles mêmes de cette œuvre.

Ces rapides analyses ont lait connaître au moins

1. Ce nom. les liienveUlante^, fut douiie par la terreur des (jrecs aux redoutables sœurs, atiu de désarmer leur colère. C"est aiûsique la mer Nuire, fertile en naufrages, appelée d'abord ehez les ancieus mar /nhospiiuUére, devint ensuite, sous l'empire d'uue crainte semblable « la mer favorable aux hâtes, le Pont-Euxin >»

Textrême simplicité de l'action dramatique dans le théâtre d'Eschyle. On peut y critiquer la faible liaison de certaines scènes : ainsi, dans VAgamemnon, quand le veilleur qui épie du haut du palais des Atrides les feux, signal de la prise de Troie, a prévenu la reine de l'apparition de ces flammes, si longtemps attendues, quand l'épouse coupable a mal dissimulé sous une joie feinte les terreurs de sa conscience et la première pensée du crime, l'action déjà engagée reste suspendue. Enfin, après un long intervalle de temps, un messager vient raconter la victoire des Grecs et annoncer le retour des vainqueurs. Puis l'action s'interrompt encore, jusqu'à ce qu'arrive Agamemn.n. Nous n'entendons pas exagérer l'importance de cette critique ; il y a peut-être dans cette distribution un calcul du poète ; elle donne à Egislhe et à Clytemnestre le temps de concerter le crime ; elle tient en suspens l'auditeur et excite progressivement son intérêt. Mais que diront les critiques qui font de l'unité de temps une règle rigoureuse du théâtre grec ?

L'unité d'action dans Eschyle. — Une autre unité, plus absolue que les unités de lieu et de temps, c'est l'unité d'action. On a pu voir par les analyses qui précèdent qu'Eschyle ne l'a pas 'toujours observée. Lorsque, dans les Sept, Antigone proteste contre l'arrêt des Thébains et ensevelit son frère Polynice, c'est en réalité une seconde tragédie qui commence. Lorsque, dans les Choéphores, Oreste, devant les cadavres d'Egislhe et de Clytemnestre, est saisi brusquement du délire, le poète empiète sur le troisième drame de sa trilogie ; cette scène semble appartenir aux Euménid es.

Dans la tragédie des Perses, il est difllcile de distin- U.uer un dénouement : après l'arrivée, après les tristes

IS'i iiisioiiu; 1)1, i.A ij rii.nA II lu. «jUbcyLi-:

rivciix d(i Xorxùs, hi piiicc .^'annle, rien n'cinpôcherait ({u'cllc coiilinuât.

Invraisemblances de détail. — Si^n;ilons quelques invraisciiibhinces, que les critiques moderne sonlre levées cl qui importent peu au lond de Fart. Dans les Chocphorcs, c'est une boucle de cheveux et une' empreinte de pas qui lont deviner à Eleclra la présence de son Irère : or, il y a longtemps qu'Oreste e^t parti, peut-elle croire que les cheveux de son frère sont restés semblables aux siens? Kst-il vraisemblable que les pieds de l'un et de l'autre laissent la même empreinte? 11 est trop facile de critiquer aussi la preuve qu'Oreste donne de son identité ; le vêtement tissé et envoyé par sa sœur, ne peut-il avoir passé en des mains étrangères ?

Où est la beauté des tragédies d'Eschyle. — Ce qui lait l'éternelle beauté des tragédies d'Eschyle, cest la j^randeur des situations, la sublimité des scènes, Téner^ique fierté des caractères.

Expositions. — Les expositions sont en général franches et vigoureuses : rien de plus saisissant que celle de Prométhée,- quand Vulcain, contenant mal sa pitié, cloue, malgré lui, au rocher fatal, sous les regards et les menaces de la Force et de la Puissance, Prométhée silencieux et impassible. Hien de plus touchant que cette réunion, dans les Ppr^^p.s, des vieillards, conseillers des grands rois, qui, devant le palais des souverains, près du tombeau du puissant Darius, s'interrogent avec inquiétude et déypilpnt ppn à peu les pressentiments de leur cœur.

L'exposition des Sept, qui s'ouvre par le majestueux "spectacle d'Etéocle haranguant ses soldats prêts à combattre, l'exposition des Choéphores à Argos,

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devant le palais des Atrides, auprès du tombeau d'Agamemnon, où arrive furlivement Oreste accompagné de son lidèle Pylade, s'emparent non moins fortement de l'imagination et du cœur. Citons au moins cette dernière :

Mercure souterrain, qui veilles sur l'empire paternel; sois, je ton prie, mon sauveur et mon allié, car j'arrive, je rentre flans ce pays. Penché sur ce tombeau, je supplie mon père de m'écouter, de m'entendre. .l'apporte à Inachus celte boucle de cheveux, prix dos soins donués à mon enfance, à toi cette seconde, gage de ma doulour. Que vois-je! quelles sont ces femmes qui s'avancent couvertes do vêtements noirs? Que penser de ce qui arrive? Est-ce un malheur uouveau qui frappe cette maison ? Est-ce à mon père, que je les vois apporter ces libations pour apaiser ses mfines? — Oui, c'est leur dossoin, car je crois voir s'approcher Electre ma sœur; sa sombre douleur la fait reconnaître. 0 Jupiter! donne-moi de venger lo destin de mon père, viens, combats, avec moi ! — Pylade, retirons-nous près d'ici, je veux savoir certainement Tobjet des supplications de ces femmes.

Et le chant des femmes qui portent des libations; (Choéphores) nous apprend que Glytemnestre, épouvantée par un songe, les a envoyées à ce tombeau pour détourner les coups du malheur qui la menace, comme s'il y avait des expiations pour l'assassinat ; et Electre demande à ses compagnes quelles paroles elle doit adresser à son père, en répandant sur sa tombe ces libations, envoyées par une ennemie; et, sur le conseil des femmes, elle prie Mercure, elle prie son père de ramener Oreste, de punir Egysthe et Glytemnestre qui triomphent dans leur crime. C'est à ce moment qu'elle aperçoit les cheveux dont la ressemblance parfaite avec les siens lui rappelle son frère, et l'empreinte de pas qui, » pour les talons, pour les doigts, pour tout le pied >> se rapporte en tout avec sou pied. Oreste paraît, suivi de Pylade, et la reconnais-

IHii iiisToim: Dr l\ uTihwrvwv. c.iveco» «■ sancca lieu, ol les enfants d'A^amemnon concerlenl la ven^'eance de leur père.

Dénouements. — Los dénouements des tragédies dM^^schyle ne sont pas on général moins frappants et moins dramatiques. Dans VAfjamemnnn, le palais s'ouvre : les cadavres de Cassandre et du roi gisent a terre, Clytemnestre et Kgi^lho triomphent ; rinsulte est dans leurs yeux et sur leurs lèvres. Dans les Chocnhores les prières de Clytemnestre, attar.hée aux -enoux de son fils, l'horrible courage d'Oreste qui ?é.iste aux supplications d'une mère et la frappe du noi-nard, forment un spectacle dont rien ne saurait déplisser le pathétique. Les fureurs du bourreau achèvent le spectacle, tout en ayant le défaut de commencer un nouveau drame. L^étude du caractère de Clytemnestre nous permettra d'analyser ce sublime dénouement. Nous avons admiré déjà celui de Promèthép.

Caractères. Parmi les caractères tracés par Eschyle, auelques-uns sans doute ne sont que des esquisses vio-oureuses. Souvent les personnages ne paraissent au'une fois sur la scène ; ils sont subordonnes a 1 aclion, ils ne la dominent pas. ils ne la créent pas en quelque sorte, par la puissance de leur volonté et de leurs passions, comme fait TElectre de Sophocle, celle d'Eschyle est une jeune fille ordinaire qui n a rien de cette terrible énergie. ^ ^ ^.,

L'Antigone est noble et touchante dans la scène du dénouement des Sept;%on généreux langage nous prépare déjà à la sublime création de Sophocle ; mais Antigone n'est qu^une apparition tardive à la fm de la tragédie.

Clytemnestre. - Au contraire Clytemnestre dans

VAgamemnon, Oreste dans les Choéphores, Prométhée dans la tragédie de ce nom remplissent le drame. Nous n'avons point à revenir sar ce dernier caractère que nous avons déjà étudié. Les deux autres, sans être aussi saisissants, ne sont ni moins fortement conçus, ni moins vigoureusement tracés. A la nouvelle de l'apparition des signaux qui annoncent le dernier jour de Troie, Clytemneslre affecte la joie. Mais on devine dans son langage une secrète espérance, et même des menaces ambiguës ; ce n'est pas tout d'avoir vaincu, il faut revenir dans la patrie, et, si les vainqueurs se livrent à l'ivresse de la victoire, si, par leur impiété, ils sechargentdu courrouxdesdieux, «l'Infortune de ceux qui ont péri pourrait bien veiller pour leur châtiment, si d'autres fléaux ne survenaient pas. » Puis, bien plus tard, lorsque le héraut vient raconter la victoire et annoncer l'approche du roi, elle se livre aux transports d'une joie dont l'exagération même trahit la fausseté, et elle ne craint pas, en présence du chœur qui connaît ses crimes, d'envoyer au roi les protestations impudentes de sa fidélité et de son amour. Quand Agamemnon arrive, c'est sous des protestations aussi exagérées, aussi exubérantes qu'elle cache sa haine et ses complots. Elle s'attire cette réponse un peu railleuse : « Fille de Léda, gardienne de ma demeure, tu as mesuré ton discours sur mon absence, il a été bien long! » Et il -ne se prête qu'avec répugnance aux honneurs que lui a réservés Clytemnestre. Puis quand le meurtre est consommé, elle se réjouit impudemment et de ses mensonges et de son crime ; par une sorte de défi elle le raconte dans tous ses horribles détails, ellebrave ceuxqui l'écoutent : « peu lui importe, dit-elle, leurs louanges ou leur blâme. » Elle montre le cadavre: « Celui-ci est Agamemnon, mon époux; ce cadavre est l'œuvre de ma main droite, juste ouvrière. Il en est ainsi. » Et quand le chœur a

1KS iiiSToinr. di: i.v i rni' i'.m 'l'i- r.KF.cQrE exprimé son horreur, elle allè^mo le meurtre d' I phi ^énie-«ll a immolé sa propre fille, fruit bien-aime, enfanté dans les douleurs, et cela pour charmer les vents de la Thrace ! » et elle rejette son cnme sur le mauvais j^^nie attaché à la race de Tantale et elle ne recule pas devant cesamères paroles: « L est par nous qu'il est tombé, qu'il est mort. Nous 1 ensevelirons mais il n'aura pas les -émissoments de sa famille ; c es Iphigénie sa fille qui, joyeuse et empressée, comme il convient, ira au devant de son père, et sur les bords du rapide fleuve des douleurs, l'entourera de ses bras et de ses caresses. »

Cependant, quand le lâche Egiste vient triompher à son tour d'un crime qu'il n'a pas eu le courage d'accomplir lui-même, et répond par des menaces aux paroles indignées et méprisantes du chœur, Clytemnestre arrête ses emportements : « C'est assez de desastres, ne versons plus de sang. »

C'est le trouble secret de la conscience, c est le commencement des remords; par là elle se distingue encore de son misérable complice, et, comme l'a dit un critique, « elle conserve quelque chose d'humain, où le spectateur se retrouve '. »

Oreste. — Le caractère d'Orestedansles Choéphnres est aussi tranché que celui de Clytemnestre dans VAqamemnon, et il est plu^ intéressant, d abord parce que sa cause est plus légitime, puis parce que la vengeance qu'un dieu lui commande lui parait plus iuste encore à la vue du tombeau de la victime, des larmes d'Electre, au sombre tableau que lui fait cette sœur aimée dubain dans lequel fut immolé leur père, des lacs qui l'ont enveloppé, des coups dont 1 a trappe la rage de l'épouse adultère, au récit des humilia-

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