‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 71 sur 267 · Patin · texte numérisé non relu

Patin

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lions dont Electre elle-même est abreuvée. « Elle est reléguée à l'écart, sans honneurs, comblée de mépris, chassée Ju foyer comme un chien malfaisant, étrangère à la joie, ne connaissant que les pleurs, n'ayant pour bonheur que decachersesdégoûts etses larmes. » Puis toutes les prières de Clytemnestre qui demande grâce, sont autant d'arguments qu'Oreste rétorque facilement contre elle :

(Test moi qui t'ai nourri, à ton tour laisse-moi vieillir. — Tu as tué mon père, et tu habiterais avec moi? — C'est le destin qui a tout fait, ô mon fils. — Eh bien c'est le destin aussi qui t'a préparé cette mort. — Tu ne redoutes pas, ô mon fils, les malédictions d'une mère? — Une mère! toi qui m'as livré en proie au malheur! — Ne t'ai-je pas livré à des hôtes fidèles? — Tu m"as doublement vendu, moi fils d'un père libre! — Où donc est-il le prix que j'ai reçu? — Je rougis de te rappeler en face ces choses infâmes.- — Rappelle, mais dis aussi les fautes de ton père. — N'accuse point, tranquille au l'oyer^ celui qui combattait. — C'est une douleur pour une femme d'être séparée de son mari , — Les fatigues du mari nourrissent les femmes assises au foyer. — Tu vas donc, ô mon fds, frapper ta mère? — Ce n'est pas moi qui te frapperai, c'est toi-même. — Songes-y, garde-toi des chiens irrités qui vengent une mère! — Et ceux qui vengent un père, comment m'en garderai-je, sije terme les yeuxsiirton crime? — Ah! je pleure en vain; vivante je vais an tondjeau. — Le destin de mon père a décidé de ton sort. — Hélas! le voilà donc ce serpent que j'ai nourri! Ah! elle prophétisait vrai la terreur qui m'inspirait mon songe!

Un dernier trait, corrigeant en partie la terrible énergie de ce caractère, en achève la beauté; ce sont les luttes de la conscience, c'est la voix intérieure qui proteste sourdement contre le châtiment d'une mère par la main de son fils. Nous avons déjà démêlé ces luttes dans Clytemnestre ; elles se révolent plus clairement encore dans Oreste. Ce n'est pas sans hésita-

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lion qu'il obéit à l'ordre^ d'Apollon ; los promi^ros paroles de GlyUîrnnostrc l'ont touclK^i : « ArK't.i, A nnon fils, respecte, mon enfant, ce sein sur lequel tu as dormi tant de fois, où tes lèvres ont sucé le lait nourricier. » Il recule, il consulte l'ami qui raccompagne : « Pylade, que l'erai-je? reculerai-je devant le meurtre de ma mère ? » Il faut que Pylade l'affermisse par le souvenir des oracles d'Apollon, par les serments qui l'engagent, par la crainte de la haine du dieu. Et, le meurtre commis, la nature reprend ses droits, et le doute, l'etlroi, l'horreur s'emparent de l'âme du meurtrier. 11 pleure « le crime et la punition ; » il maudit son affreuse victoire, et il va, éperdu, chercher auprès d'Apollon, qui a mis le poignard dans sa main, un asile, une défense contre les Furies vengeresses, c'est-à-dire contre les tortures de sa conscience.

Les Océanides — Les vieillards perses. — A ces figures énergiques, si bien tracées d'après-la tradition mythologique et d'après les lois immuables du cœur humain, il convient d'ajouter encore quelques caractères en quelque sorte collectifs, comme les Océanides, douces et courageuses consolatrices de Prométhée, comme les vieillards perses, sages conseillers de leurs rois, témoins émus des malheurs de leur pays. Ils font une partie importante du drame, et c'est avec raison que le poète lui a donné leur nom.

Style d'Eschyle. —Nos citations ont déjà donné une idée du style d'Eschyle. Mais il n'est pas d'auleur, chez les anciens, dont il soit plus difficile de transporter dans notre langue l'^effrayante hardiesse et l'énergique et impétueuse rapidité. Ces qualités ne sont point sans mélange : la grandeur y touche l'exagération, la sublimité y est voisine de l'emphase, et

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les images sont souvent outrées et gigantesques ; la subtilité et la bizarrerie y nuisent souvent au naturel. Les écrivains postérieurs, et surtout le poète comique Aristophane, adressent quelquefois à cette poésie des critiques justifiées. Pour nous, modernes, l'eflortde comprendre cette langue audacieuse et concise est souvent pénible ; il est plus difficile encore et plus dangereux d'essayer de la traduire. Efi'orçons-nous toutefois, pour achever cette étude, de reproduire ici aussi fidèlement que possible un dialogue qui fait penser à notre Corneille, et un chœur d'une admirable poésie. Nous choisirons, pour le dialogue, la scène deProméthée, où Mercure essaie d'arracher à la victime de Jupiter le secret de cette chute h venir, prédite au vainqueur d'aujourd'hui :

Mercure. C'est à toi ' subtil esprit, cœur farouche et intraitable, à toi coupable envers les dieux, qui as transmis leurs honneurs à des êtres d'un jour, ravisseur du feu, c'est à toi que je parle. Mon père t'ordonne de dire quel est cet hymen que tu proclames, par lequel U doit tomber jde son trône!; parle, et sans énigmes, sans vains détours; ne me force pas à un second voyage. Tu vois qu'on ne fléchit pas ainsi Jupiter.— Prométhée. Voilà de fières paroles, remplies d'arrogance, comme on peut les attendre du serviteur des dieux. Jeunes maîtres, votre empire est jeune comme vous, et vous vous croyez dans un fort inaccessible aux douleurs! N'en ai-je pas vU déjà tomber deux rois? Le troisième, celui qui règne aujourd'hui, je verrai aussi sa chute, et la plus honteuse, la plus prompte de toutes. Trouves-tu que je tremble, que je me courbe devant les nouveaux dieux? Ah ! il s'en faut de beaucoup, il s'en faut de tout. Et toi, reprends la route qui t'a conduit ici ; tu ne sauras rien de ce que tu demandes. — Toujours cet orgueilleux emportement, qui t'a fait courir aux maux que tu souffres! — Mon malheur, sache-le bien, je ne le changerais pas contre ton vil ministère. Oui, certes, mieux

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