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Pindare, qui s'est élevé si haut dans la conception de la divinité, aurait applaudi à ce langage. Platon, qui bannissait Homère de sa république, a dû l'approuver. Mais ces passages nous font comprendre qu'on ait accusé d'impiété Euripide, qu'on ait excité contre lui les passions populaires comme on les souleva contre Anaxagore et Socrate. et qu'on ait voulu lapider sur la scène les acteurs qui débitaient ces maximes. Modernes et chrétiens, nous sommes facilement du parti d'Euripide ; mais l'art peut lui adresser une sérieuse critique. Ainsi transformés, ces personnages sont-ils de leur temps? Leur langage n'est-il pas en contradiction avec les mœurs de l'époque et avec leur propre conduite ? Par ces traits satiriques contre les dieux, l'eflet dramatique est afi'aibli ; le poète se découvre trop, l'œuvre perd de sa conséquence et de sa vérité.
3. Marche de Paction. ~ La marche de Faction chez Euripide prête à d'autres critiques. Aristote a déjà dit que le poète n'est pas toujours heureux dans la conduite de ses pièces. Si l'on étudie les prologues d'Euripide, ses dénouements par machine, le rôle du chœur dans ses tragédies, la complication quelquefois excessive de ses intrigues, on ne peut s'empêcher de reconnaître chez lui une infériorité sur l'art de Sophocle.
Prologues. — Avant Euripide, on ne trouve pas trace de ces étranges introductions, appelées prologues, mises dans la bouche d'une divinité ou même d'un des personnages du drame, et qui semblent avoir pour objet d'épargner au poète le travail d'une exposition habile et naturelle, comme nous en avons admiré tant dans le théâtre d'Eschyle et de Sophocle. Ainsi
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l;i Ira^n'Mlic! {\ Il cru ha .comnjonce [)ar l'appnrilion de roiiiljre (l(î Polydore, qui met les specLatours au courautdola situniion. Il os t fils de Priam et d'Hécube : son pri'(;, au niomcnL d(; la f^uerre, l'a confié avec une l)arli(! (le ses richesses aux soins de Polymnestor, roi (le Tlirace ; celui-ci, après la cliule de Troie, a l'ail périr le jeune honrirne pour s'approprier le trésor et a jelé son cadavre dans les flots. Aujourd'hui Hécube va connaître ce malheur inattendu. En nriôrne temps sa fille Polyxène sera immolée sur le tombeau d'Achille^ etla mère inl'ortunéepleurera sur les cadavres de ses deux enfants. A la fin de ce récit qui nous ôte tout le trouble de l'attente et toute l'émotion de l'imprévu, Polydore annonce l'arrivée de sa mère, qui en effet sort de sa tente et entretient les jeunes Troyennes, ses compagnes d'esclavage, des songes de sa nuit: elle a eu d 'effrayante s visions qui la font trembler pour son fils réfugié en Thrace, pour Polyxène sa fille chérie. Voilà une véritable exposition qui nous jette naturellement dans le cœur de cette douloureuse situation. Que l'on supprime ce prologue postiche, la clarté n'est pas moindre, tout l'intérêt du drame est sauvé.
Le prologue d'Btppolyte soulève des objections non moins fortes. La scène représente le vestibule du palais de Thésée àTrézène; Vénus apparaît aux spectateurs; elle dit son nom, vante sa puissance, et, pour la prouver, elle annonce qu'elle s'est vengée du mépris d'Hippolyte en mettant dans le cœur de Phèdre, sa bellemère, un violent amour. Elle instruira Thésée de cette passion : Hippolyte périra victime des imprécations de Sun père; Phèdre périra aussi, « car, dit Vénus, je ne puis préférer son intérêt au plaisir de tirer vengeance de mes ennemis. » Après cet odieux récit, où l'on doit voir une intention satirique d'Euripide, la déesse disparaît pour faire place à Hippolyte et à un
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chœur de jeunes gens qui viennent chanter des hymnes en l'honneur de Diane.
Ici encore commence une véritable et frappante exposition qui rend le prologue inutile. Hippolyte s'est approché de la statue de sa divinité chérie, et a disposé sur sa tête une couronne de fleurs des prairies tressée par ses mains. A ce moment un vieux serviteur s'approche de lui et le supplie de ne pas oublier dans ses hommages une autre puissante déesse, Vénus, dont la statue s'élève en face de celle de Diane. Hippolyte répond par quelques paroles de mépris^ et s'éloigne, tandis que le vieillard prie la déesse de pardonner à la fougue de la jeunesse ce langage dédaigneux : « Les dieux, dit-il, doivent être plus sages que les mortels. » — Puis, après un chœur de femmes de Trézène, qui déplorent dans leurs chants la maladie de la reine et sa volonté de se donner la mort, Phèdre apparaît, pâle, chancelante, appuyée sur les bras de sa nourrice. Cette admirable scène de la confidence, transportée par Racine sur notre théâtre, achève l'exposition; mais le prologue lui a enlevé une grande partie de son intérêt.
D'autres tragédies d'Euripide, les Bacchantes^ VAlceste, les Troyennes, sont précédées de prologues tout aussi contraires à la perfection de Fart et aussi peu utiles à l'action. Quelle a pu être l'intention du poète? Est-ce de faciliter l'intelligence de la pièce aux spectateurs qui sortaient troublés et hors d'eux-mêmes du festin du sacrifice? On a donné cette explication^ aux
1. Les dernières sont presque intraduisibles en français. Pour en faire comprendre la familiarité ironique, il faudrait dire: « Quant à ta Vénus, je lui fais mes compliments. »