Nous excluons Rhésus
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La ro[iianes(|iic Ir-a^édio iV llrAnic no se dénoiiorait pas si les Dioscures ne venaient édilier le roi d'Kgyple Tli6odym6ne, liancé à Hélène, sur la véritable histoire de leur sœur et justifier la prêtresse Théonoé, sœur du roi, qui a favorisé la fuite d'Hélène et de Ménélas. Dans quelques-unes de ces pièces, le dénouement pourrait se passer de ces apparitions; pourquoi donc les avoir introduites? est-ce pour donner, au détriment de l'art, un rôle dérisoire aux divinités nationales?
Complication de l'intrigue. — On a pu ju^er déjà par nos rapides résumés de la complication de Tintri- ^ue dans le théâtre d'Euripide, et des situations romanesques par lesquelles Fauteur aime à transformer les sujets anciens. L'histoire de Creuse et d'Ion, les incidents du séjour d'Hélène en Egypte, en sont des exemples frappants. Electre, contrainte par Égisthe d'épouser un simple paysan, qui cependant la respecte comme la fille de ses rois et ne voit en elle qu'une sœur, n'est pas plus conforme à la légende populaire suivie par Eschyle et par Sophocle. On a souvent accusé les tragédies des Troyennes et d'Hécube de manquer à la règle de l'unité d'action, car la première de ces pièces est une succession de tableaux divers : l'intérêt se porte tour à tour sur Cassandre, que s'est réservée Agamemnon, puis sur Polyxène, qui doit périr sur le tombeau d'Achille, sur Andromaque, qui est donnée à Néoptolème, sur Astyanax, que les Grecs précipitent du haut des murs de Troie, sur Hécube, qui est frappée dans tout ce qu'elle aime. La tragédie d'Hêcube renferme, suivant beaucoup de critiques, deux actions distinctes, d'une part le sacrifice de Polyxène, de l'autre le complot d'Hécube contre le meurtrier de son fils, Polymnestor, qu'elle attire et frappe dans sa tente. On a répondu que l'unité de passions
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existe : Hécube est le lien qui rattache entre eux les divers incidents, des deux tragédies ; c'est l'idéal de la mère infortunée sur qui s'accumulent toutes les douleurs. Cependant nos préférences seront toujours pour les tragédies où les scènes sont plus fortement rattachées les unes aux autres, où chaque situation, chaque incident, concourent à l'effet général et précipitent la marche de l'action : telle est Viphtgénie à Aidis, telle est la Médèe ou VAlcesle.
4. Rôle du chœur. — Le développement plus large de rintrigue a eu pour conséquence de restreindre encore dans Euripide la place du chœur ; la nature des sentiments qu'aime à développer le poète, les passions coupables dont il présente la pathétique analyse, ne se prêtent pas toujours à la présence de ces nombreux témoins. Euripideadonc réduit l'importance du chœur, mais il n'ose pas s'affranchir de cette loi imposée au drame par son origine, et il le maintient, contrairement à la vraisemblance, dans des scènes dont touslesyeux, toutes les oreilles devraient être écartés. Phèdre, qui cache aux prières et aux larmes de sa nourrice le secret de son fatal amour, qui veut mourir « pour ne point faire un aveu si funeste, » a cependant devant elle les femmes de Trézène, quand elle révèle à OKnone le crime dont elle a honte. Dans la scène de la reconnaissance d'Oreste et d'Iphigénie, la présence du chœur n'est pas beaucoup plus vraisemblable ; il en est de même dans la tragédie de Médée et dans plus d'une autre. Le chœur n'est le plus souvent chez Euripide qu'une convention qu'il subit et à laquelle se résigne le spectateur : tout se passe comme si le chœur était absent.
11 faut l'avouer, d'ailleurs, si les chœurs chez Euripide sont mal rattachés à l'action, on y trouve souvent une poésie brillante, de riches tableaux, des
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élans d'un enthousiasme ]yriqij(3 ; et, ce qui n'est pas pour les lecteurs modernes un médiocre avantage, la langue en est plus facile et plus claire que celle des chœurs d'Eschyle et de Sophocle.
5. Intentions satiriques — Sur d'autres points encore nous avons à reproduire quelques critiques adressées à notre poète. Nous avons vu qu'il aime à prendre le contre-pied de ses prédécesseurs, et que chez lui les victimes de la fatalité maudissent les dieux qui les ont poussées au crime. Ces intentions satiriques s'adressaient aux poètes rivaux comme aux dieux. La tragédie d'Eleclre renferme une critique évidente des moyens de reconnaissance employés par Eschyle. Voici la scène:
Le Vieillard. Regarde cette chevelure, rapprochp-la do la tienne ; vois si elle n'est pas de la même couleur, car ceux qui sont issus du même sang offrent d'ordinaire des traits frappants de ressemblance. — Electre... 0 vieillard, comment les cheveux de mon frère ressembleraient-ils aux miens? les uns sont ceux d'un homme formé aux exercices de la palestre ; les autres, peignés avec soin, sont fms et délicats. C'estdonc impossible ; et d'autre part on trouve bien des personnes avec des cheveux semblables, sans qu'elles soient pour cela nées du même sang.^
Elle réfute aussi facilement l'indice qu'on veut trouver dans l'empreinte des pas :
Gomment les pieds de mon frère auraient-ils laissé une empreinte sur la pierre? Et, quand cela serait possible, les pieds d'un homme et ceux d'une femme, fussent-ils frère et sœur, ne sont jamais égaux.
Elle n'admet pas davantage que la robe qu'elle a tissée autrefois pour son frère enfant puisse servir
aujourd'hui au jeune homme, « à moins, dit-elle, que la robe n'ait grandi avec son corps. » Ce passage et d'autres de même nature devaient exciter le rire des spectateurs ; mais l'art en souffrait autant qu'Eschyle et Sophocle, car ces personnages qui sortaient de leur rôle pour critiquer les rivaux d'Euripide ou pour attaquer les dieux, manquaient à la vérité dramatique, et substituaient à la gravité de la tragédie une sorte de bouffonnerie sans dignité.
6. Attaques contre les femmes. — Les passions personnelles du poète se trahissaient encore dans ses attaques contre les femmes, attaques au sujet desquelles Aristophane le raille souvent et qui l'avaient fait surnommer lemùogyne (ennemi des femmes). On l'accuse en effet de s'être plu à peindre des femmes égarées par la passion, comme Phèdre, comme Médée, comme beaucoup d'autres qu'Aristophane énumère complaisamment et dont les débordements étaient retracés dans des tragédies aujourd'hui perdues. Une longue tirade d'Hippolyte contre les femmes, dans la tragédie de ce nom, outre qu'elle est déplacée et choquante à cette place, exprime pour les femmes un mépris odieux et révoltant dans sa généralité. C'est une invective qui laisse loin derrière elle les vers de Simonide d'Amorgos, et qu'on ne peut comparer qu'à la satire amère de Juvénal. Ces attaques et cette réputation d'Euripide ont sans doute donné lieu à la légende invraisemblable qui explique sa mort non par la fureur d'une meute, mais parla colère des femmes de Macédoine, jalouses de venger leur sexe.
Mais, pour réduire ces accusations à leur juste valeur, il faut dire que si Euripide a peint des mères dénaturées, des épouses perfides, il a tracé encore plus de nobles caractères de femmes, et que rien n'égale pour la pureté, la grandeur, la tendresse sou-
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vent courageuse, les personnages d'iphigénie, de Polyxènc, d'Al(;este, d'Élocire, d'Androinaque. Nous ferons bientôt l'analyse de (|iiehjues uns de ces caractères, et nous reconnaUrons que c'est là qu'il excelle.
11 excelle aussi à leur donner le langage de leur sexe et cette vérité de ton et d'accent est un des caractères les plus saillants de sa tragédie. Il réalise par avance le précepte d'Horace : Tàgy, le sexe, le pays, la condition sont religieusement observés, et, quoique ses personnages soient trop discoureurs, et qu'il ait quelquefois gâté les plus touchants discours de son Iphigénie, de son Hécube, de son Ilippolyte par des" sentences froides, par des traits de vaine rhétorique, il a, en général, une sincérité et un naturel qui nous émeuvent.
Tels sont en général les défauts et les mérites d'Euripide. Cette esquisse fait comprendre ce qu'ont dit les anciens, qu'il a préparé la comédie de Ménandre, et que le poète observateur et peintre des mœurs s'est formé par l'étude des œuvres du poète tragique.
Quelques analyses confirmeront cette apprécialion générale des caractères dans Euripide.
7. Analyse de caractères. — Caractères d'hommes. — Hippolyte. — Celui d'Hippolyte, malgré la violente diatribe contre les femmes, est un des plus beaux et des plus purs. Son culte idéal pour Diane, sa noble fierté, l'expressive et simple élévation de son langage, quand il se défend des crimes qu'on lui impute, sa généreuse réserve en parlant de Phèdre, entourent d'un charme particulier cette figure touchante. Nous avons critiqué le dénouement de la pièce ; mais, une fois cette machine admise, il faut reconnaître que le dialogue entre la déesse et son fidèle adorateur est plein de grâce et de pathétique.
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Le malheureux Hippolyte a été apporté sur la scène, horriblement défiguré, et a fait entendre des plaintes lamentables. Diane apparaît :
Infortuné, dans quelle calamité tu as été enveloppé? la noblesse de ton cœur t'a perdu ! — Hiit. 0 souffle divin ! malgré mes souffrances, je t'ai senti et je suis soulagé; oui, la déesse Diane est en ces lieux. — Infortuné, c'est elle, la divinité que tu chéris. — Yois-tu, raa souveraine, l'état déplorable où je suis? — Je le vois, mais les larmes ne sont pas permises à mes yeux. — Ton chasseur, ton serviteur fidèle n'est plus. — Hélas 1 non, tu péris, toi qui m'étais si cher. — Il n'est plus le guide de tes coursiers, le gardien de tes images. — La perfide Vénus a ourdi cette trame. — Malheureux, je reconnais enfin la divinité qui m'a perdu. — Tes dédains l'ont blessée, ta pureté l'indignait. — Je le vois, nous sommes trois qu'elle a perdus à elle seule. — Toi, ton père et son épouse. — Ah! je gémis aussi sur le malheur de mon père. — Il a été trompé par les artifices de la déesse. — Que tu es malheureux de cet événement, ô mon père !
Cette généreuse apostrophe arrache Thésée à son douloureux accablement : il maudit son erreur ; il souhaite de mourir à la place de son fils ; celui-ci le plaint, le console, l'absout du meurtre. Ces adieux et les douces paroles de Diane, qui promet au jeune homme un souvenir et des honneurs éternels dans les chansons plaintives des jeunes vierges, donnent à cette dernière scène un charme délicieux et st)ulagent le cœur révolté de cette horrible catastrophe.
Achille. — 11 y a quelque rapport entre le caractère d'Hippolyte et celui d'Achille, tel que Ta conçu Euripide dans Iphigénie à AuUs. Il n'a rien de commun avec l'Achille d'Homère, « ardent, colère, implacable, impétueux » qui « se révolte contre les lois, qui n'en
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appelle ((u'aiix arrrKîs \ » (Vest îin j(*unc hornrrif' sa^o, modéré, pIcMii de piirl(MJi- ; il roii^il quand Clytemne.sLr(î, qui 1(; croit fiancé à sa fille, l'aborde dans le camp avec Iplii^énic. iiespecliieux pour les droits du père et du roi, s'il consent à défendre la jnnne fille, c'est parce que son nom a servi à la perdre. Plus tard, lorsque Iphigériie, avec une résignation courageuse, déclare qu'elle mourra pour la Grèce, il ne fait pas un ell'ort pour la détourner de cette héroïque résolution ; il approuve, il admire; il déclare cependant que ses soldats seront à côté de l'autel, prêts à l'arracher au couteau, si elle implore son assistance. Ce jeune homme n'a rien de commun sans doute avec l'Achille de Racine, mais il n'est pas vrai qu'il soit plus historique que celui de notre théâtre : c'est un élève de Socrate; il fait penser à Platon plus qu'à Homère.
Oreste. — Nous avons vu déjà comment les idées philosophiques ont transformé le personnage d'Oreste. Une autre nouveauté touchante de ce caractère, tel que l'a tracé Euripide, c'est sa tendresse pour sa sœur, c'est son amitié pour Pylade. Rien n'est plus connu que la lutte entre les deux amis, qui se disputent dans Ylphigénie en Tauride le bonheur de mourir l'un pour l'autre. Pylade cède, vaincu surtout par la pensée de protéger Electre qu'Oreste lui donne pour femme :
Ahl je t'en supplie, n'abandonne jamais ma sœur... Adieu, mon doux compagnon de chasse, le plus fidèle de mes amis, nourri avec moi dès l'enfance, toi qui as porté si constamment le poids de mes douleurs !