‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 85 sur 267 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

CO.MÉDIF, ANOIICNNE. — ORIGINES. — ÉPICnARME. — CRATINUS. — EUPOMS.

Origines. — Gomme la tragédie et le drame satyrique, la comédie est née des fêtes de Bacchus. Eu effet ces fêtes ont eu de très bonne heure un double caractère : sérieuses autour de l'autel des parfums, où Ton sacrifiait le bouc, où l'on versait en libations le vin nouveau, pendant que le chœur dansait et chantait le dithyrambe, elles prenaient une allure décidément bouffonne et licencieuse dans les joyeux cortèges qui, à l'époque des vendanges, parcouraient les campagnes, et dans les banquets qui précédaient ou suivaient ces processions.

Déjà, chez les anciens, il y avait désaccord sur l'étymologie du mot comédie. Suivant les uns, c'était le chant de la bourgade, parce que les bandes de vendan^eurs, déguisés en satyres, en Pans, en Ménades, en Centaures, précédés du dieu Silène sur un âne ou en chariot, promenaient « de bourg en bourg cette heureuse folie. » Suivant les autres, c'est îe chant du banquet ou de l'orgie {comas), et ce mot s'étend et. au banquet et à la promenade carnavalesque qui faisait partie du programme de la fête. Quoi qu'il en soit de l'origine du mot, il n'y a pas de doute sur le caractère de la chose: en ces jours de joie, la folie est permise même aux sages ;les costumes grotesques dont on s'est affublé, la lie dont on

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s'esl barbouillé lo visage, les masques bizarres dont quelques-uns se sont couverts, la nature môme des pcrsonnaj^es que l'on représente, les fumées du vin nouveau, les rires, les cris, la course et les danses à travers les prairies et les collines, tout favorise la licence. Il est naturel qu'aux chants consacrés se môlent des gestes, des grimaces, des paroles joyeuses et grossières, que du haut des chariols pleuvent sur les spectateurs et en particulier sur les puissants du pays, sur les riches avares, sur les maîtres trop durs, un délugede quolibets et de moqueries souvent obscènes. Nul pays, nul temps n'a le privilège de ces folies ; on peut dire que les Bacchanales des Romains, le carnaval des modernes et surtout celui des Italiens en ont

continué la tradition. A ces plaisanteries confuses il dut se mêler plus d'une fois de petites scènes bouffonnes, des parodies comme celles qui se jouent encore tous les jours sur les tréteaux de nos foires. On figura, on caricatura ceux que d^ahord on avait assaillis par des mots piquants. Tel fut le premier élément de la comédie. Enfin il se trouva un homme pour donner à ces ébauches une forme plus réguhère. Celui-là inventa ce que ron~nomme la comédie.

Susarion. — - L'honneur de cette invention est accordé, d'après tous les témoignages anciens, à Susarion, Dorien de la Mégaride, établi dans un bourg de l'Attique. C'est à lui et non à Thespis que s'appliquent les vers d'Horace traduits par Boileau; nous les avons déjà cités. Cependant il n'a inventé ni les promenades en chariots, ni les acteurs barbouillés de lie : ce sont là des traditions qui se trouvent partout, et plus anciennes encore chez les Doriens^ où florissait la culture de la vigne, que chez les Ioniens de l'Attique. En Lacoriie, à Sicyone, à Mégare, en Sicile, dans l'ItaUe méridionale, les mascarades des Dionysiaques remon-

tent à la plus haute antiquité. Mais il est probable que Susarion distribua dans un certain ordre les éléments confus du cortège bacchique, qu'il donna aux chants une marche régulière, qu'il introduisit au milieu du groupe des chanteurs un acteur analogue à celui de Thespis, et que la farce capricieuse et informe de ces fêtes populaires devint, grâce à lui, une composition digne de ce nom.

Ecphantide. — Susarion eut d'ailleurs plusieurs successeurs qui sans doute, à son exemple, restreignirent de plus en plus la part de l'improvisation et de la fantaisie dans le développement des farces dramatiques, et s'appliquèrent à donner plus de suite au dialogue, à régler la musique et la chorégraphie, à épurer le style, sans rien changer à la licence des paroles ni au cynisme des gestes et des danses. Le plus connu de ces auteurs, Ecphantide, contemporain des guerres médiques, est encore dorien par son origine et par la nature de ses petites compositions, qu'on appelait farces mégariennes. Après lui seulement, Gratinus commence la comédie athénienne et lui donne ce caractère politique qui a fait des représentations comiques d'Athènes comme une institution régulière de la démocratie.

Comédie sicilienne. — Épicharme . — Mais en" même temps que la comédie s'établissait avec un grand éclat à Athènes, elle avait en Sicile un développement éphémère, mais très brillant pendant les règnes de ces princes amis des lettres et des arts, Gélon et Hiéron, que nous avons vus attirer à leur cour les Simonide, les Pindare et les Eschyle.

Des quatre poètes qui ont introduit ou perfectionné dans ce pays dorien la farce de Mégare, le plus célèbre est Epicharme, originaire de l'île de Gos, mais éta-

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