‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 89 sur 267 · iiiSToinr: ni: i.\ f rni.i'. sii l'.i: dhiicoiK · texte numérisé non relu

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nous possédons, dix sont, comme* les premières, contemporaines de la guerre du Péloporièse ; mais l'une de ces comédies, \(i/*/u(us, représentée pourlapremicre l'ois en 40Î), fut donnée en .'VJO avec des changements importants, sans lesquels, sous le nouveau réi^'ime anquel était soumise Athènes vaincue, la représentation n'en eut plus été possihle. La onzième comédie conservée, VAsseui/j/éedes fct/rmes, est aussi postérieure à la guerre (393j; et, comme la seconde édition du Plulus, elle ne contient plus cette partie essentielle et originale de la comédie ancienne qu'on appelle la pambase.

La parabase Voici l'explication du mot et de la

chose. Au montent où les acteurs quittaient pour la première fois le théâtre, le chœur, groupé jusque-là entre la scène et la thymélé, le visage fixé sur la scène, se tournait du côté des spectateurs et, s'adressant à eux, les entretenait des^i'aires du poète, faisait son apolop^ie, attaquait ses rivaux, se jetait dans les questions politiques du jour, critiquait ou approuvait les mesures prises par les hommes au pouvoir. C'était donc, au figuré comme au propre, une fligression. Mais, si les réflexions du chœur étaient étrangères au sujet de la comédie, elles se rattachaient à l'idée générale qui avait inspiré la pièce. C'était, en réalité, le vieux fond de la comédie primitive, lorsque les acteurs improvisés apostrophaient les passants et ne leur ménageaient ni les railleries ni les outrages. Il n'est pas étonnant que la parabase ait été interdite par le gouvernement des Trente ; on est surpris des hardiesses qu'Aristophane s'est permises dans la plupart des siennes.

Examen des comédies d'Aristophane.' — Au reste chacune des comédies d'Aristophane a, comme la

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parabase, ce caractère de satire perpéiuelle, satire très hardie, très méchante, qui s'attaque aux événenîënts dirjôîrf7âÂî?rlTi5tTlirdorïs, au peuple tout entier comme à ses chefs, aux généraux, aux magistrats, aux poètes, aux philosophes, aux particuliers, et qui semble au premier abord ne pas plus respecter les dieux que les hommes.

Satire religieuse. — En effet, si l'on parcourt les œuvres d'Aristophane, on y trouve parodiés dans plus d'une scène ces dieux dont le poète, partisan des anciennes mœurs, devrait, ce semble, être le défenseur. Dans la comédie des Oiseaux^ on suppose que deux Athéniens, dégoûtés de la vie d'Athènes, émigrent chez les oiseaux, se font donner le droit de cité dans cette république et décident leurs nouveaux concitoyens à bâtir, entre le ciel et la terre, une ville qui prend le nom de Néphélococcygie, c'est-à-dire la ville des Nuées et des Coucous. Quand la ville est construite, les dieux s'inquiètent ; car les oiseaux se déclarent les souverains du monde et interceptent à leur profit les offrandes et les sacrifices de la terre. L'Olympe envoie d'abord aux citoyens de la ville nouvelle Iris, la messagère céleste. Mais elle a beau enfler la voix, menacer les oiseaux du courroux de Dicé (la Justice) et de la foudre vengeresse de Jupiter; Pisthétère, un des Athéniens émigrés, la renvoie en se raillant d'elle et du tonnerre de son souverain qui n'effraie plus que les novices. Alors les dieux aux abois députent aux oiseaux Hercule, Neptune et un dieu Thrace appelé Triballe. Hercule, chef de l'ambassade, arrive menaçant et ne parle d'abord que d'étrangler et d'assommer. Mais l'odeur des viandes que prépare Pisthétère monte au nez du dieu affamé et fait des ravages dans son cœur : la gourmandise et l'appétit sont plus forts que le sentiment de sa dignité de dieu et d'ambassadeur, il se

radoucit, il est sourd aux représontations de Neptune qui le ra()pelle à sou rùle, il souscrit, pour prix d'un bon dîner, à toutes les conditions des oiseaux. Suivant le conseil de Prorn^'ithée qui est venu à la dérobée donner avis aux oiseaux de la détresse de l'Olympe, Pisthétère demande -et obtient la uiain de la déesse Souveraineté^ « fille charmanlequi administre la foudre de Jupiter et tout le reste, prudence, équité, sagesse, marine, calomnie, trésor, triobole, » c'est-à-dire que les dieux abdiquent le pouvoir et que Jupiter remet son sceptre aux oiseaux. Dans ces scènes bouffonnes, la naissance d'Hercule, les aventures de Jupiter sont l'objet de plaisanteries fort peu respectueuses.

Dans la comédie des Gi^enuuiUes, Baccbus, qui s'ennuie depuis la mort d'Euripide et ne goûte pas les tragédies de ses indignes successeurs, descend aux enfers pour y chercher son poète chéri. Mais, comme il est aussi poltron qu'ivrogne, il emprunte à Hercule sa massue et sa peau de lion, ce qui ne l'empêche pas de trembler de tous ses membres lorsque Eaque, qui n'a pas oublié Tenlèvement et le meurtre de Cerbère, menace le faux Hercule des supplices mérités par son crime. Bacchus ne trouve qu'un remède, c'est de passer à son esclave Xanlhias les attributs qui lui valent un si mauvais accueil. En effet le souvenir de Cerbère n'est pas le seul que le dieu ait laissé aux enfers ; deux cabaretières viennent avec force injures réclamer au faux Hercule les pains, les fromages, les salaisons que le vorace héros a engloutis sans autre paiement que le vol des nattes de la maison.

Dans le Plutus, c'e^t Mercure qui sert de plastron au poète. Depuis que Plutus a recouvré la vue et qu'il distribue lui-même ses faveurs, les dieux sont délaissés; on ne leur offre plus ni gâteaux ni victimes. Mercure, exténué, se désespère et supplie Carion, l'esclave de Chrémyle, de le faire entrer au service de son maître.

Un prêtre de Jupiter abandonne les autels aujourd'hui dégarnis pour se consacrer au culte de Plutus.

Comment expliquer ces irrévérences qui abondaient aussi chez les autres poètes comiques? Elles sont, suivant Texpression d'un ingénieux et savant critique^ dans l'esprit de la religion grecque : les dieux, en effet, y sont de vrais hommes qui conservent dansl-OIympe les goûts, les passions, les plalsfi^^dê' ThûmanTté. La scène de VJli'ade, ou le boiteux Vulcain se fait réchanson de l'Olympe, est le conimencementdela parodie religieuse. Les vases anciens fournissent mille exemples de licences plus audacieuses; l'artiste dans ses représentations est allé plus d'une fois jusqu'au burlesque. D'ailleurs l'esprit humain est partout et toujours le môme; il suffit pour s'en convaincre de lire certains passages des mystères du moyen âge, de contempler tant de scènes grossières sculptées dans la pierre de nos cathédrales.

Mais de même que ces bouffonneries ne prouvent rien contre la foi profonde des siècles qui s'en amusaient, de même chez les Grecs la gaieté hardie des artistes, des poètes et du peuple à l'égard de divinités qu'on jugeait débonnaires, n'exclut pas un fond de croyances solides et même la répression de ceux qui attaquaientl'essence même delà religion. Déjà nous en avons trouvé la preuve dans la condamnation d'Anaxagoreet dans les colères que soulevait limpiété d'Euripide. En étudiant les historiens et les orateurs d'Athènes, nous y verrons le tableau saisissant des fureurs qu'excita dans Athènes la mutilation des Hermès au moment du départ de l'expédition de Sicile ^ Le procès et la mort de Socrate sont un exemple encore plus frappant de cette intolérance reli-

1. Jules Girard. La Heliginn iVArisitoplinnn. Revue des Deu.r Monrfei-, [or avril 1 878.

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