PÉRIODE MYTHIQUE
Caractères. — Nous avons déjà tracé les caractères de cette époque primitive dont on ne peut déterminer l'étendue. Déjà les anciens avaient vu dans les poètes de ces premiers âges des êtres sacrés, interprètes des dieux, qui tiraient les hommes des forêls et leur apprenaient la vie de société. C'est ce qu'Horace concluait des fables qui entourent les noms et l'existence des Orphée et des Amphion *. Ils apprivoisaient les bêtes féroces; les arbres, les rochers étaient sensibles à leurs chants, les murs s'élevaient d'eux-mêmes au son de leur lyre : c'est-à-dire que les hommes, jusquelà dispersés, se sont réunis autour d'eux, ont dépouillé sous leur influence cette férocité qui les rendait semblables aux bêtes, ont bâti des villes et se sont soumis à des lois civiles et rehgi-euses, ont formé enfin ce qu'on appelle des États.
\. Epitre aux Pisons, vers :}91 et suivant^!, imités par Boileau, Art py'f///HP. IV. i;i3 et -^iiivaiits.
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Marche de la civilisation hellénique. — Ce déveluppcîiiHMif, «'ivilisateiJi' a cm d'ahord pour siège Je noi'd do la (ii'èce. C'est an pied du [rionl Picrus, qui sépare la Maf;édoine de la 'J'hessalie, que la tradition place la nais-.aiice des Muses ; f^'est le pays des plus célèbres poètes, Orphôe, Musée, Eumolpe, et des descendants d'Kumolpe, les Eumolpides, Puis les habitants de la Piérie se répandent jusque dans la Phocide, la Béotie et l'Attique ; du Piérus les Muses descendent sur le Parnasse, où leur père Apollon a son temple, à Pagase en Thessalie, sur PHélicon, sur les rives du Permesse et de l'Ilissus, c'est-à-dire que le mouvement se propage du nord au midi de la Grèce. D'autres noms et d'autres souvenirs se rattachent à la Crète et à Délos, l'île sainte d'Apollon, soit que ces pays doivent leur civilisation au continent de la Grèce, soit qu'ils l'aient reçue de l'Asie Mineure.
Si l'on admet les conclusions delà science moderne, ce serait, en effet, par le Sud aussi bien que par le Nord que se seraient faites les migrations aryennes qui ont donné aux pays helléniques leur population et leur langue; elles auraient aussi apporté de la haute Asie ces chants sacrés ou hymnes qui paraissent avoir été la seule poésie de ces premiers âges et qui ont de nombreux rapports avec ceux des Védas \ livres sacrés des Hindous. Les hymnes de Tlnde donneraient sans doute de la poésie primitive des Grecs une idée beaucoup plus exacte que le recueil des Poésies orphiques, œuvres des poètes alexandrins, composées vraisemblablement dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Sans doute ces poètes avaient recherché dans les sanctuaires de la Grèce quelques-uns de ces chants liturgiques ; mais il est certain qu'ils les ont
1. Ua des livres des Védas est le Sumna, on recueil de prières destinées à être chantées. Le mot sanscrit sumna (la bonne pensée) est le même que le mot grec hymnos (hymne).
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singulièrement transformés pour les opposer au christianisme, et qu'ils y ont introduit une morale et des enseignements bien supérieurs à ceux de l'ancienne religion hellénique et môme des mystères.
Principaux noms.. — Nous sommes réduits pour cette première période à citer des noms qui sont pour la plupart des allégories, et à raconter quelques faits qui semblent légendaires comme les noms eux-mômes.
Linus. — Linus, dont la fable fait un fils d'Apollon et de la muse Uranie, fut tué, dit-ell6, par Hercule qu'il avait vaincu dans une lutte poétique. Il y avait chez les Grecs un chant appelé le Unusy qui sans doute était d'abord relatif à cet événement ; par suite il eut en général un caractère triste et lugubre. « Uranie, dit le poète Hésiode', mit au jour Linus, son trèsaimable fils, que tous les mortels chantres et joueurs de cithare pleurent dans les festins et dans les danses ; et c'est Linus qu'ils appellent en commençant et en finissant. »
Le môme chant est désigné quelquefois sous le nom de Elinus (ailinos), ce qui signifie «hélas! Linus. » Dans une tragédie d'Eschyle, Agamemnon, les vieillards d'Argos, déplorant les malheurs de la maison royale, s'écrient à plusieurs reprises: «Dis l'élinus, l'élinus-, » c'est-à-dire, chante Thymne funèbre.
Orphée. — Orphée, le plus célèbre des chantres de la Piérie, a aussi une histoire merveilleuse. Il est fils du roi de Thrace OEagre et de la musé Galliope, d'autres disent d'Apollon et de Glio. Il attire à lui, par les accents de sa lyre, les bêtes féroces, les arbres, les