J. Girard. La Religion d'Arixtophone
et en poètes, viens et amène avec toi notre compagne fidèle, la Victoire, cette déesse amie qui combat dans nos rangs.
Dans les Grenouilles, Bacchus est bafoué, mais un chœur d'initiés vient chanter ce même dieu sous le nom mystique d'iacchos. Il célèbre aussi avec élévation et avec grâce Gérés « la mère des fruits, qui préside aux saints mystères. «
Satire politique. — Sur le gouvernement et les hommes politiques du jour, la satire d'Aristophane ne s'arrête pas à la forme, elle va au fond même des choses. Attaché aux institutions de Solon qui avaient tant contriÈué à la prospérité d'Athènes et à la gloire des guerres médiques, le poète s'effraie des atteintes successives que Clisthène et Périclès ont portées à ces lois sagement démocratiques. Il s'effraie des envahissements progressifs de l'élément purement populaire et de l'empire que prennent sur le peuple par leurs flatteries et leurs complaisances des rhéteurs et des sophistes, successeurs des austères et purs magistrats, héros de''la défense nationale. Aristophane, comme Eupolis et Cratinus, représente donc la lutte de l'esprit ancien contre l'esprit nouveau. Sans doute dans le passé tout n'est pas respectable : les sociétés humaines ont toujours le droit d'aspirer au progrès et de marcher vers un avenir meilleur ; mais dans leurs transformations les pertes sont souvent assez grandes pour que beaucoup d'esprits ne sachent pas reconnaître les gains. A Athènes, le progrès, c'est la conception d'une religion plus pure et par suite d'une morale plus élevée ; Socrate et son école personnifient ce grand mouvement qui fait honneur à ce siècle et auquel les arts et les lettres doivent leur éclat incomparable. D'autre part, il y a décadence dans les qualités guerrières, dans le respect des lois et des chefs, dans le
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scriliinent de l;i di'^^riité piil)lif|uo et privée, dans la siinplicil,6, le désinl6r(;.sseriierit, la probité. Aristophane a beau jeu quand il oppose aux démagogues de son tenrips les soldats et les généraux de Marathon.
Le peuple etses chefs. — Analyse desChevalie rs. — Le poète ne cesse de nnettre en action les abus et les dangers de cette dénnocratie, que Périclès a contenue par son prestige personnel, mais qui, après lui, n"a plus de frein. Thucydide, dans un beau portrait que nous reproduirons en appiéciant son Histoire, a bien expliqué les différences entre ce puissant génie qui gouvernait par son ascendant personnel, et ses indignes successeurs qui livrent au peuple les ail'aires. Ce contraste qu'indique fortement ['histoire, a été mis en action par la verve du poète comique. A défaut de talent, les successeurs de Périclès ont comme ressource, pour gagner la faveur du peuple, la bassesse et rinfamie. Ils adoptent ses mœurs, au lieu de les réformer par leurs exemples; ils le flattent et surtout il le nourrissent, c'est-à dire qu'ils volent pour lui et pour eux-mêmes.
Ce tableau de la démocratie, athénienne au temps de son chef Cléon est tracé avec une hardiesse effrayante dans la comédie des Chevaliers. Cléon luimême en est le principal personnage, comme Socrate sera celui de la comédie à.QS> Nuées. On s'étonne même que les archontes aient accordé un chœur au poète pour représenter une œuvre où le tout-puissant démagogue, qu'on venait de nommer général et d'envoyer à Sphactérie, est si violemment attaqué. Il paraît cependant que celte œuvre d'opposition n'était pas sans péril non seulement pour le poète, mais pour les acteurs et même pour ceux qui contribuaient indirectement à la représentation. Aucun ouvrier n'osa fabriquer le
HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRPXQUE 2C)l\
masque qui, suivant les habitudes admises dans celle étrange comédie, devait reproduire les traits mêmes de Gléon ; aucun acteur ne voulut se charger du rôle, et ce fut Aristophane qui le joua en se barbouillant de lie. Mais le démagogue n'y perdra rien; car, comme le poète le fait dire à un personnage de la pièce, le général Démosthène : « on saura bien le reconnaître; les spectateurs sont fins ^ »
La comédie tout entière peut se résumer dans la lutte de Gléon, esclave favori du bonhomme Peuple (Démos), et de deux autres serviteurs disgraciés, Démosthène et Nicias. Ce sont les deux généraux qui naguère assiégeaient dans Tîle de Sphactérie un corps de quatre cent vingt Spartiates appartenant aux premières familles lacédémoniennes, et qui s'étaient vus supplantés par Cléon dans le commandement de l'armée. Celui-ci, recueillant le fruit des travaux de Démosthène^, eut la bonne fortune d'enlever Sphactérie et ce succès inattendu redoubla sa faveur et son orgueil. Pour renverser le héros du jour, dont la pièce attaque partout les vols, les flagorneries, les débauches, Démosthène et Nicias imaginent de lui opposer un charcutier. Cet homme n'a-t-il pas toutes les qualités de remploi? C'est un vaurien, un impudent, il appartient à la lie du peuple. A peine sait-il lire. C'est ce qu'il faut!
Le gouvornempnt populaire n'est pas du ressort des hommes instruits et de bonnes mœurs, il revient de droit aux ignorants ('taux infâmes.
Et ces conseils de Démosthène rendent la satire plus piquante :