Cher
2. Chev. u J'avais préparé à Pylos un gâteau lacédémonien ; il vint il bout par ses ruses et ses intrigues de me l'escamoter. )
2f)(i iiisKuiu: ni: i.\ [.itti^:h\'h mi: (;hk<:c>i;k
iJnjiiilIc les an'iiircs «II' l;i nirrru! IVii-on (ju<* lu uriiagalfnos t^s
liacliis Tu as tout, ce qu'i! laul, (jouc fdlraitjiT la po(»uia<'\
\'oix l<'nil)li', esprit [x-rvers. impu'Ji'iicfî de liallc.
Cette voix puissante a été do tout temps une des qualités les plus nécessaires aux démagogues. Dans la lutte qui s'engage bientôt, devant le chœur, entre Gléon etle charcutier, celui-ci, qui connaît ses avantages, dit à son adversaire: '(Je crierai trois fois plus fort que toi. » L'événement lui donne raison ; le sénat, premier juge delà querelle, se prononce en faveur du nouvel homme d'État qui en remontre h Gléon luimôme en fait de bassesses et de mensonges. Le bonhomme Peuple n'est pas moins sensible aux caresses du charcutier, aux mets appétissants qu'il lui apporte, à la révélation des vols et des méfaits de son ancien favori. D'ailleurs, ce vieillard «■ quinteux et un peu sourd, » comme l'appelle un de ses esclaves, n'est pas la dupe de ceuxqui le flattent. Il nous révèle lui-même sa tactique :
J'aime à boire tout le jour et à prendre pour chef un voleur que je nourris; et, quand il est bien engraissé, je l'immole. J'ai les yeux ouverts sur ceux qui se croient habiles et qui se flattent de me tromper; j'observe sans cesse leurs vols, sans avoir Pair de m'en apercevoir, et ensuite je leur fais rendre S'orgfe.
Les Juges. — Analyse des Guêpes. — Une des plus fortes passions de ce maître capricieux, c'est la passion des jugements. A Athènes, les fonctions judiciaires ne sont pas réservées à un certain corps de citoyens, préparés par des études spéciales; c'est l'exercice d'un droit politique, qui appartient à tous sans distinction de rang et de fortune; il suffit d'avoir atteint l'âge de trente ans. Sur vingt mille citoyens que renfermait
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Athènes, chaque année on en tirait au sort six mille qui étaient répartis en douze listes de cinq cents membres ; chacune formait une dikaslérie. Pour chaque procès le sort désignait une de ces dikastéries, qui jugeait sous la présidence d'un archonte. Ce corps de six mille juges fut appelé Héliée ^ et les juges reçurent le nom à''héliastes. Dans les causes de grande importance, on réunissait jusqu'à mille et même quinze cents juges. Pour que les pauvres pussent y figurer, on fut amené bientôt à salarier les juges ; au rapport d'Aristote, cette innovation est due à Périclès. Cette solde fut d'abord d'une obole par séance % puis elle fut portée à trois oboles. Naturellement beaucoup d'Athéniens préférèrent cette ressource au gain du travail de chaque jour. Qu'on joigne à cette séduction le plaisir d'assister à des discussions animées où les haines privées et politiques se donnaient carrière, d'entendre des discours, de disposer en maîtres de la fortune, de Thonneur et de la vie des citoyens, on ne s'étonnera pas que cette institution fût chère entre toutes à la démocratie athénienne.
Une des plus célèbres comédies d'Aristophane, les Guêpes, n'est autre chose que la satire de cette organisation judiciaire. Les deux personnages principaux sont le vieux Philocléon (ami de Gléon) que la passion des jugements a rendu fou, et son fils Bdélycléon (ennemi de Cléon). Le premier est tout dévoué à Gléon, le complaisant du peuple, le pourvoyeur des tribunaux; le second déteste le démagogue et sa politique. Il fait garder son père par deux esclaves, Xanthias et Sosie, qui ont fort à faire pour déjouer les ruses du vieillard. Sur-
1 . L'étymologie de ce mot est contestée. Selon les uns, il s'explique parle lieu même où siègent les juges, exposés au soieïi (hélios); selon d'autres, il s^expiique par la foule nombreuse qui s'y rassemble {alieuô), ou encore il vient du mot dorien haiia, synonyme de ecclesia, assemblée.
2. Quinze centimes, mais cette somme représenterait aujourd'hui une valeur dix à quinze fois plus grande.
'2\\H iiisioim. 1)1. (.\ i.iTi f';i! \ I ruK (iiu:<:r»i:K
viciiL le chdMii', <''csL-à-dir(i le ^^-oupe (l(is ju^es, travestis en essaim de giiôpes et armés d'un aiguillon, emblème de leur humeur et de leurs fonctions. Ils se pressent, parce qu'ils doivent ju^^er le général Lâchés accusé de concussions dans l'expédition de Sicile; et Gléon leur a recommandé d'apporter une provision de colère de trois jours. Ils s'étonnent de l'absence de Philocléon, le plus âpre de tous les ju;^os, le plus inaccessible fi la pitié. Ils chantent pour le faire venir. Alors Philocléon paraît à. une fenêtre, se plaint de son hls qui le lient sous les verroux, qui veut l'empêcher de faire du mal, qui prétend le contraindre à mener joyeuse vie. Le chœur crie à la conspiration, à la tyrannie ; c'est le mot que la population athénienne a toujours à la bouche. Philocléon ronge le filet qui entoure sa maison, il va descendre, quand l'alarme est donnée par son fils. Les guêpes s'emportent contre Bdélycléon, ce factieux, cet aspirant à la royauté ; elles envoient prévenir Gléon. Bdélycléon fait de la lumée pour chasser les guêpes; Xanthias joue du bâton; la scène retentit de bourdonnements et de menaces. Enfin le calme se rétablit; caries deux adversaires vont discuter dans deux plaidoyers contraires les avantages et les misères du métier. Pour Philocléon le juge est au-dessus d'un roi; pour Bdélycléon c'est le dernier des esclaves. Gedébat,ce jugementàrendresont déjàpour les guêpes unavant-goùt des plaisirs de la journée. Philocléon commence : il montre les premiers, les plus riches citoyens d'Athènes qui se présentent à la porte du juge et se courbent devant lui ; les uns s'efforcent de l'émouvoir en lui amenant leurs enfanls, filles et garçons qui « bêlent tous ensemble, » les autres cherchentà l'égayer par des anecdotes et des bons mots. Le juge casse les testaments et cela sans avoir de comptes à rendre. Les orateurs le caressent; Gléon, dont la voix tonnante fait trembler Athènes, veille près de lui et chasse les mouches
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de son visage. ïhéoros (autre démagogue) nettoie ses chaussures. Il est l'égal du maitre des dieux : si l'assemblée fait du bruit, « Jupiter, s'écrient les passants, comme le tribunal tonne! » De retour chez lui avec ses trois oboles, sa femme et ses enfants le choient à Tenvi.
Ce beau plaidoyer remplit le chœur d'émotion ; il faut que Bdélycléon déploie toutes les ressources de son art, sinon il sentira les etïets de la colère des guêpes. La tâche est difficile; il le reconnaît. Mais il confond son père et les partisans de Cléon par un calcul irrésistible : les revenus d'Athènes sont de deux mille talents; il y a six mille juges et à eux tous ils ne reçoivent que cent cinquante talents. Où va tout le reste? dans les mains de ceux qui crient : « Je ne trahirai jamais le peuple d'Athènes, je combattrai toujours pour le plus grand nombre! » C'est à ces démagogues que les alliés apportent les vins, les salaisons, le miel, les fromages, les manteaux précieux, les coupes, les couronnes. Le peuple qui par ses combats leur a valu tous ces biens se contente de ses trois oboles. Encore faut-il que le juge arrive au tribunal à l'heure prescrite par un jeune efféminé ; sinon point de triobole, tandis que le démagogue reçoit toujours sa, drachme ^, même s'il arrive tard. Mais ces misérables veulent que le peuple soit pauvre ! il faut qu'il sente la main qui le nourrit et qu'il s'élance docilement sur l'ennemi qu'on lui désigne! Ces arguments ont fortement ému les auditeurs, et Bdélycléon achève son triomphe par l'invincible raisonnement qui suit : Athènes a mille villes qui lui paient tribut; qu'il soit enjoint à chacun-e d'entretenir vingt citoyens ; les vingt mille citoyens d'Athènes vivront dans une
1. C'ôst-à-dire le double de la souiiiie allouée au peuple : la drachme valait six oboles.
270 iiisToini: di; i.a r,Trn^;nATiiU'; (i.tKr.gpK
abondance; di^no des vainqueurs de Marathon. Loin de là, par l'hypocrite tyrannie de leurs chefs, ils sont réduits ;\ mendier leur salaire.
Le chœur se rend à des arguments si forts; il jette le hàton, insigne des fonctions déjuge et il conseille à Philocléon d'accepter la vie délicieuse dont son fils lui fait une séduisante peinture. Mais renoncer aux jugements, ne plus entendre le cri du héraut : « Qui n'a pas encore déposé son vote? » ne plus s'approcher des urnes pour y porter son suffrage ! Ce sacrifice plonge Philocléon dans une morne douleur. Un heureux incident vient tout sauver. Labès, le chien de la maison, a dérobé et englouti un fromage de Sicile : vite, qu'on le cite en justice devant Philocléon! Un autre chien du bourg de Gydathène sera l'accusateur. Or, cet autre chien, c'est Cléon, et le voleur de fromage est le général Lâchés, accusé, nous Pavons vu, de concussions en Sicile. Le procès commence : l'accusateur se plaint de la gourmandise insatiable de Labès. Bdélycléon répond : « C'est un brave chien, il chasse les loups, il garde ta maison, il se bat pour ta défense. » Cet argument est grave; dans tous les temps il a sauvé les généraux accusés d'avoir opprimé ou pillé les vaincus, tels que Sulpicius Galba chez les Romains, ïïastings chez les Anglais. Bdélycléon en achève Teflet par la comparution pathétique de la famille désolée de Labès. Philocléon est ému et s'en prend aux lentilles brûlantes qu'il vient d'avaler; puis, trompé par son fils, il dépose son caillou dans l'urne d'acquittement. Désespéré d'abord de cette indulgence si contraire à ses principes, il se croit perdu d'honneur; mais Bdélycléon l'initie à une vie de -festins et de plaisirs qui change les mœurs du bonhomme ; désormais il déteste les procès et la chicane, il ne veut plus entendre parler de Cléon. Celte conversion peu vraisemblable est un des caractères habituels de la comédie d'Aristo-
phane; après avoir peint le peuple d'Athènes tel qu'il est, il complète le tableau en le peignant tel qu'il devrait être.
Comparaison des Guêpes et des Plaideurs de Racine.
— D'après cette rapide analyse, il est facile de juger combien la spirituelle imitation de Racine difière de la comédie d'Aristophane.
La pièce des Guêpes est une satire politique; en attaquant les juges, c'est la démocratie qu'attaque le poète. Au contraire les fines railleries de Racine ne s'adressent qu'aune classe de la société, au barreau, aux juges, aux avocats, sans oublier les plaideurs.
Les Guêpes sont une comédie fantastique ; on n'y trouve ni intrigue, ni dénouement, ni caractères. Ce sont, comme dans tout le théâtre d'Aristophane, des idées satiriques habillées, en quelque sorte, pour la scène, des métaphores en action ; les juges sont représentés sous le costume de guêpes au menaçant aiguillon. Dans la même pièce Xanthias a vu en songe une assemblée de moutons avec des manteaux et des bâtons (ce sont encore les juges) ; une baleine vorace les haranguait (c'était Cléon) et pesait dans ses balances de la graisse de bœuf. Ici on joue sur le mot démos, qui suivant l'accent, signifie graisse ou peuple. Le théâtre d'Aristophane est plein de ces calembourgs.
La physionomie de la pièce diffère donc complètement de celle des Plaideurs^ comédie régulière, avec une intrigue, l'amour de Léandre pour Isabelle, avec des caractères nettement tracés, Chicaneau, la comtesse, Dandin.
Philocléon n'est que le juge en général ; chez Dandin, le père de famille se combine avec le juge. Qu'on relise la scène iv de l'acte I, on y reconnaîtra les traits particuliers qui le distinguent d'un autre juge :
msroiiti; I)K i.\ i.i i i i.i'. \ i i m. (.hecoijk
sonfils fait Icgentilhoiiirne, il méprise la robe ; Dandin trioinplio par la comparaison
l)(\s (''IrcrirK's i\\i\i jij^.' ;"i fcllo fl'uri jn;irf|iiis.
Dans la comédie des Guf'pes, lejugemenL du chien Labès est amené naturellement par les allures de la comédie; il n'est pas plus invraisemblable que le déguisement môme des guêpes et tant d'autres bouflonneries. D'ailleurs, nous l'avons vu, ce chien c'est le général Lâches, et la défense de l'avocat « : c'est un bon chien qui a bien couru après les ennemis )> est un trait significatif. Le caractère de la comédie de Racine prépare beaucoup moins cette folie ; c'est une scène de farce introduite dans une œuvre régulière et sérieuse, bien que comique.
La comédie d'Aristophane a plus de verve et d'entrain ; en même temps c'est une satire plus âpre et plus mordante. Rien n'est plus grave que l'état social qu'elle dévoile, une populace ignorante, accessible à toutes les passions, appelée à prononcer sur la fortune et sur la vie des citoyens, libre même de casser les testaments, et cela sans qu'elle ait de comptes à rendre, sans qu'on puisse appeler de ses jugements. La gaieté fantastique de la forme semble un calcul pour faire accepter la triste et sombre réalité du fond. Rien de semblable dans les Plaideurs de Racine : il joue avec une malice peu offensante les travers des avocats, des plaideurs et des juges. Quelques traits seulement sont plus graves, c'est le mot du portier :
On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau. Point d'argent, point de suisse, et ma porte était close. Il est vrai qu'à monsieur j'en rendais quelque chose, etc.
C'est encore le passage piquant du second acte :
Chicaneac.
Monsieur, j'ai commandé...
Damjln".
Taisez-vous, vuus dit-on.
Chicaneai .
Que l'on portai chez vous...
Dandipv.
Qu'on le mène en prison.
(^ancANEAi .
Certain quartaut de vin...
DandiiN.
Tïé ! je n'en ai que faire.
GlIlCAXEAL'.
C'est de très bou muscat...
Danuin.
Redites votre Htîaire.
Nous touchons ici à la vénalité ; mais le poète n'insiste pas, et cette flèche lancée d'une ràain légère ne fera pas de blessures profondes.
Les Acharniens, la Paix. — Le peuple d'Athènes et ses hommes d'État sont encore mis en scène dans d'autres comédies, les Acharniens, la Paix, Lysistrate^ que les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas d'analyser. Avec la passion des jugements, cette démocratie a la passion de la guerre, et ^es chefs l'entretiennent avec soin, car elle leur permet d'être les maîtres et surtout de s'enrichir aux dépens du trésor d'Athènes, aux dépens des alliés et des vaincus. Aristophane ramène sans cesse ses concitoyens au tableau du calme et des prospérités de la paix. Dans les Acharniens, un brave homme, appelé Dicéopolis, voyant, l'obstination du peuple à continuer la guerre, fait une paix particulière avec les Spartiates et, tandis que ^l'invasion condamne ses concitoyens aux priva-
V iilsiulUl. hl. I.\ l.lllMtM» l^l-' '.»^'«>^L'lfi
lions et àhi inisèrc, il vit joyevisemont au iriilnMi Ml r.,l,on(lanc(; ol des festins. Dans la Paix, un viKneron, nommé Tryg6(i, monte au ciel sur un escarhot, pour ,n,ploper la clémence de Jupiter. Mercure lu. nionUe la Guerre qui sr, dispose à broyer encore les villes dans un immense mortier. Elle a deux pilons, Un est Cléon l'Athénien, Tautre Brasidas le Spartiate ; eue envoie son esclave le Tapage chercher successivement l'un et l'autre. iMais les Athéniens viennent de perure leur pilon : Gléon a été tué près d'Amphipohs. Le messager envoyé à Sparte en rapporte une nouvelle semblable : Brasidas a péri dans le môme combat nue Cléon. C'est le moment de tirer la Paix de la caverne où elle est tenue prisonnière. ïrygee, suivant les indications de Mercure, travaille avec ardeur à la délivrer; il convoque une armée de laboureurs de vignerons, d'hommes de la campagne, qui souffrent plus que les autres des maux de la guerre. Ils arrivent, armés de câbles et de leviers ; maigre la mauvaise volonté de quelques faux frères qui trouvent leur proiit dans les calamités publiques et qui tirent en sens contraire, la Paix sort enfin de sa caverne et avec elle reparaissent l'abondance et les fêtes/ C'est aussi pour obtenir la paix que dans la comédie de Lysistrate les femmes forment une hgue générale contre leurs maris.
Satire philosophique et sociale. —Dans les autres comédies d'Aristophane, les allusions aux hommes et aux événements du jour ne font pas défaut; cependant quatre d'entre elles sont, dans leur ensemble, philosophiques et sociales plutôt que pohtiques ; deux autres se rapprochent de la critique htteraire. On peut ranger dans la première classe les Oiseaux dont nous avons déjà parlé, et V Assemblée des femmes, où les Athéniennes, révoltées et maîtresses du gouver-
HISTOIRE DE LA LITTÉHATURE GUECULJE 275
nernent, entreprennent d'établirle régime communiste. Aristophane attaque ici les utopies que déjà Protagoras et d'autres sophistes avaient mises à la mode, et que Platon allait développera son tour dans sa République,
Analyse des Nuées. — Ce sont aussi les sophistes, et les théories d'éducation qu'ils introduisent que W poète prétend combattre dans la pièce des J^^uées. Où sait que Socrate, l'adversaire acharné des sophisteé, est le personnage principal de la comédie.
Les/Vw(^e5,qu,i forment le chxeur, sont les divinités vaporeuses que reconnaît le philosophe et qu'il fait adorer à la génération nouvelle à la place des dieux de rOlympe. Elles donnent à leurs fidèles « la subtilité de l'esprit, la volubilité de la langue, les mille ressources du charlatanisme. » La jeunesse afflue à cette école fameuse où tout est changé, religion et morale. C'est là que va frapper aussi un vieillard, Strepsiade, poursuivi par ses créanciers; il compte puiser dans les leçons du philosophe des raisons victorieuses pour ne pas payer ses dettes. Mais le malheureux a l'esprit trop lourd pour pénétrer les finesses des doctrines nouvelles. Son fils, Philippide, vaincu par ses prières, consent à prendre sa place. Socrate remet le néophyte entre les mains de deux personnages opposés, le Juste et l'Injuste, qui représentent l'ancienne et la nouvelle éducation. L'Injuste l'emporte ; Philippide revient chez son père armé de tout l'arsenal de la philosophie moderne. A l'aide de ses arguments, Strepsiade renvoie ses créanciers bafoués, confondus, et non payés. Mais bientôt il apprend à connaître sous toutes ses faces la doctrine nouvelle : Philippide bat son père qui s'obstine à placer Eschyle au-dessus d'Euripide, il rit de Jupiter, vain fantôme propre à peine à efi'rayer les enfants, et il ne reconnaît qu'un arbitre du monde, le Tourbillon. Alors Strepsiade indigné court à la maison
27() iiis'ioiuh ni; i.\ i.i rii'i*. \ i nu. (iHfCQiK
(le Socrate et livre aux flammes celte école de charlatanisme et (fi m piété.
Telle est la comédie des iSuitas, lon^^ue invective contre un sage que ses disciples, Xénophon et Platon, et après eux l'antiquité tout entière nous ont appris à vénérer comme le plus juste des hommes, et dont la mort, noble conlirmation de sa vie, rehausse et consacre la pureté et la grandeur.
Gomment expliquer les attaques du poète? iN'ouhlions pas qu'il est le représentant et le défenseur des institutions anciennes, des vieilles oroyances nationales. Ur, on ne peut le nier, les prédications de Socrate, telles quenouslesconnaissons perses disciples, étaient la ruine de la religion de l'Etat. Socrate démontre un Dieu unique, infini, souverainement juste et bon; il renouvelle avec plus de force les doctrines spiritualistes qui ont fait condamner Anaxagore comme athée : il est donc coupable au même titre; la loi athénienne donne raison aux attaques d'Aristophane, comme elle justifie les accusations bien postérieures d'Anytus et de Mélitus. Ce fut un malheur pour Anaxagore et pour Socrate; comme on l'a dit avec élévation, c'en fut un plus grand pour un ordre de choses oii des hommes tels qu'Anaxagore et Socrate devaient être frappés de mort.
D'autres considérations expliquent encore l'erreur et la passion d'Aristophane.. 11 haïssait, non sans raison, ces rhéteurs venus de la Sicile qui faisaient trafic de sagesse, de science et de beau langage, et dont les leçons enivraient et corrompaient la je uneise. Or Socrate, à quelques égards, ressemblait à ces sophistes; son langage, ses raisonnements, tels que nous les ont transmis Xénophon etPlaton, sont quelquefois bien subtils. Quelle dépense de paroles, que de déductions, que de détours pour arriver à une conclusion quelquefois contestable ! 11 y a naturellement dans Tes-
prit grec un penchant à la loquacité et au sophisme; peut-on dire que Socrate lui-même y ait toujours échappé?
En outre ce personnage original, avec sa laideur commune, son extérieur négligé, ses habitudes vulgaires, hôte journalier des boutiques de barbiers, de forgerons, de cordonniers, de changeurs, prédicateur de carrefour, toujours prêt à discuter avec les plus humbles, et à emprunter, pour les combattre, la familiarité de leur langage et les images de leurs métiers, convenait merveilleusement à la o.oméHie. Nous avons vu déjà que les personnalités audacieuses de la comédie ancienne s'étendaient au visage comme au nom et à la vie de ses victimes ; le masque était un portrait, et Ton raconte que, pendant la représentation des Nuées, Socrate se leva, pour que les spectateurs étrangers pussent comparer la copie à Toriginal et apprécier la ressemblance.
Enfin les élèves du philosophe se composaient en grande partie de cette jeunesse brillante et dissolue. infatuée d'elle-même, dédaigneuse du vieux temps, très hardie dans son mépris de la religion nationale. C'est elle qui après une orgie, s'avisa, en manière de plaisanterie bouffonne, de mutiler les Hermès d'Athènes et qui souleva ainsi dans le peuple la plus violente indignation *.Alcibiade, suspectentre tous d'avoir trempé dans cette folie, est un des plus chers disciples de Socrate. Il en est d'autres qui feront un jour partie de l'oligarchie des Trente tyrans, Gritias, ïhéramène. Le poète de la nouvelle école, qui tant de
1. Tliucyilidt', VI, 2S. Les lleriuès élaieiiL une espèce particulière (le slatat^s, dans lesquelles on ne sculptait que la tête et i|uelquctbis le buste ; le reste formait un poteau nu à quatre l>ans. On en voyait un ^a^aud nombre soit dans les vestibules «les maisons |>urliculières, soit dans les carrefours et en avant •les temples.
'21H iiisioini; i>i: la i.\i i\:\\\\\ wi: (intxgi.K
fois dans son Ihéàlre allaquo les dieux ol dont les héros ont quelquefois h Li bouche des maximes suspocLcs au bon sens populaire, Euripide, avait aussi fréquenté Socrate ; l'aversion qu'Aristophane a pour rélève rejaillit jusque sur le maître.
Faut-il accepter cependant l'anecdote d'Élien, selon lequel Anytus et Mélitus auraient payé Aristophane pour mettre sur la scène le philosophe et pour proparer leur accusation ? On a objecté avec raison que vingt-trois années se sont écoulées entre la représentation des Nuées et le procès de Socrate. D'ailleurs, la pièce, malgré son grand mérite, n'eut pas de succès. Deux rivaux du poète, Gralinus et Anipsias obtinrent le prix. Aristophane la retoucha, mais, au rapport d'un scholiaste, elle fut encore plus mal accueillie que la première fois. En outre, dans VEulyphroa de Platon, dialogue écrit longtemps après les Nuées, nous trouvons Méhtus cité comme un tout jeune homme ; l'imputation d'Élien est donc fort invraisemblable. Commentla concilier, d'ailleurs, avec \diS>(ihïiQ dw Banquet. , ou Aristophane figure à côté de Socrate, où le poète et le philosophe discutent sur le ton le pl-us cordial ? Assurément Platon n'aurait pas donné cette place à Aristophane, s'il l'avait jugé coupable de la mort de son maître'.
Avouons cependant que la comédie des Nuées a pu a\oir une influence lointaine sur les dispositions du tribunal; l'accusation a réveillé sans doute chez plus d'un de ces juges de vieilles impressions. Si le poète est innocent d'une odieuse vénalité, il est impossible
1. Dans le Banquet, Alcibiade cite un passage de la comédie des Xuées (v. 361, 362 j et en le citantil s'adresse à Aristophane: « Il m'a semblé, ô Aristophane, selon tes paroles, que là bas [îi Potidée ), comme ici, il (Socrate; s'avançait, la tète haute, les yeux dédaigneusement détournés. »
[Banquet^ ch. 36.)
HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE fiRECQUE 279
de le décharger complètement de toute part dans le dénouement de ce triste drame.
Analyse dePlutus. — La comédie intitulée Plutus a un caractère tout différent de celui des Nuées. Donnée en 409, cette pièce fut modifiée et reproduite en 390, sous le nom du fils d'Aristophane, Ararus. A cette époque, les personnalités de la comédie ancienne avaient été interdites par le gouvernement des Trente. Tout citoyen attaqué avait le droit de porter plainte devant les tribunaux. Tout avaft été supprimé, le masque ressemblant, la parabase, le chœur et la musique.
Dans le Plutus que nous possédons, la parabase n'existe pas; mais le chœur occupe encore une petite place, et, si aucun citoyen n'est mis en scène et bafoué, comme les Gléon, les Euripide, les Socrate, on trouve encore un certain nombre d'allusions et de personnalités. D'oti il résulte que nous n'avons ni la première ni la seconde édition du. Plutus, et que la comédie, telle qu'elle nous est parvenue, est un composé des deux pièces primitives. Elle semble un modèle assez exact de cette seconde manière qu'on a nommée la comédie moyenne et qui n'est guère que la transition entre la comédie ancienne ou politique, et la comédie nouvelle ou comédie de mœurs.
Si la politique a presque disparu du Plutus, le rôle de la fantaisie et de la personnification comique, habituelle au poète, y est resté considérable. Ghrémyle, homme de bien, mais pauvre, est allé consulter l'oracle de Delphes sur les moyens de s'enrichir. L'oracle lui prescrit d'emmener avec lui la première personne qu'il rencontrera. Ghrémyle renconlre un aveugle : c'est Plutus (Ploutos) le dieu de la richesse. Dès que le dieu s'est fait connaître, on s'empresse autour de lui : on travaille î\ lui rendre la vue ; car s'il est
280 msroiin. in: r,A \.\\\(:\\\\\n\: (;iu:r-(.niF
avciif^'h; r;inl-il s'étonner (ju'il enrichisse tant d'intrigants? on le condnit dans nn temple d'Kscnlape*; il est guéri, et dosornnais il réservera ses faveurs aux honnôt(îs gens.
Tel est le cadre imaginé par Aristophane pour IronderTégoïsme et la cupidité de.-» Athéniens et pour traiter la grave question de l'inégale distribution des richesses. Nous n'avions donc pas tort de placer leZ-'/w- /M5 parmi les comédies philosophiques et sociales. Une des scènes les plus piquantes est celle oii la Pauvreté [Pénla), personnifl'ée comme la Richesse, prétend chasser Plutus de chez Ghrémyle et, dans un plaidoyer spirituel, démontre qu'elle est la mère de tous les biens. Sans elle, en effet, plus de forgerons, de tailleurs, de cordonniers, de constructeurs de navires, plus de laboureurs pour ensemeni^er la terre et faire la récolte :
C'est la pauvreté qui, telle qu'une maîtresse vigilante, forcp l'artisan à travailler pour gagner sa vie ; c'est la pauvreté qui maintient la santé du corps et de l'esprit. Plutus rend les houimes épais, ventrus, goutteux; avec la pauvreté, ils ?ont sveltes, agiles, redoutables à leurs ennemis. Tant que les orateurs des républiques sont pauvres, ils observent la justice; une fois enrichis des dépouilles publiques, ils deviennent traîtres et injustes!
Plus d'un sophisme se mêle à l'argumentation de la Pauvreté, mais ce qui domine,- c'est le bon sens du poète qui a compris que le travail est la condition de notre nature et que l'or par lui-même ne constitue pas la richesse.
La dernière partie de la pièce est une suite de tableaux piquants, oii sont retracés les effets de la guérison de Plutus. Un honnête homme enrichi vient remercier le dieu ; unsycophante ruiné accuse Plutus de conspirer contre la république. Mercure, nous
l'avons vu, se met au service de Ghrémyle; enfin un prêtre de Jupiter, qui meurt de faim, se consacre au culte de Plutus, arbitre du monde, maître de la terre et du ciel.
Satire littéraire , Analyse des Thesmophoriazouses. — Nous serons forcé de passer rapidement sur les comédies littéraires d'Aristophane, c'est-à-dire sur les Thesmophorlazouses ou les Femmes célébrant les fêles de Cérés, et sur les Grenouilles,
La première (411) est une suite d'attaques personnelles contre le poète Euripide, déjà bafoué dans les Acharniens. Les Athéniennes ont profité des fêtes de Gérés pour se réunir en assemblée ; elles vont délibérer sur les moyens de perdre Euripide qui les a diffamées dans ses tragédies. Le poète inquiet persuade à son beau-père Mnésiloche de se déguiser en femme et d'aller prendre sa défense. Celui-ci énumère complaisamment les vices des Athéniennes et soutient qu'Euripide dans ses accusations est resté loin de la vérité ; l'assemblée s'indigne, le sexe de Torateur est reconnu, on le saisit, on l'attache au pilori. Euripide arrive à son secours et, pour le délivrer, il prend tour à tour les traits de plusieurs personnages de son théâtre, Ménélas, Persée, l'Écho. C'est l'occasion d'une suite de parodies des pièces du poète. A la fin il conclut la paix avec les femmes, corrompt l'esclave scythe qui garde son beau-père et délivre Mnésiloche.
Analyse des Grenouilles. — Comme on l'a vu plus haut, la première partie de la comédie des Grenouillesj a surtout le caractère d'une satire religieuse. Mais lorsque Bacchus^ après les mésaventures que nous avons racontées, est arrivé enfm au terme de son périlleux voyage, il trouve son poète chéri en grande lutte avec Eschyle. Celui-ci occupait aux enfers le
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IrCjne do l;i poésie, ot le modoste Sophocle n*a eu ^^ai'de de le lui disputer. Mais le présomptueux Kuripide, h peine entré dans le séjour des ombre;.-», revendique la royauté, cabale contre le vieux poète et se fait un parti de tous les malfaiteurs, les assassins, les parricides des enfers. Un débat va s'engager entre Eschyle et Euripide; Bacchus, le dieu de la tragédie, arrive à temps pour en être juge, et le chœur, composé d'initiés, assiste à ce duel judiciaire non sans se mêler de temps en temps à la luttrj par des réflexions piquantes. Eschyle commence en invoquant Cérès, la grande déesse d'Eleusis, sa patrie. Euripide, comme Socrale dans les Nuées, a d'autres dieux auxquels il demande la victoire, c'est l'éther dont il se nourrit, la volubilité de la langue, les artifices de l'esprit. Puis il reproche à son devancier les longues tirades de ses chœurs et le silence de ses personnages, les grands mots ronflants dont il épouvante les spectateurs. 11 a reçu des mains d'Eschyle la tragédie toute chargée d'enflure, il l'a allégée, assouplie, il en a fait l'image de la vie commune, l'école de la finesse et de la pénétration. Eschyle ne peut supporter ce langage. Le poète digne d'admiration, c'est celui qui rend les hommes meilleurs, qui par ses mâles leçons développe en eux l'amour de la justice et de la patrie. Les Sefjt devant Thèbes, \q% Perses, inspiraient aux Athéniens le désir de s'égaler à leurs pères, de vaincre leurs ennemis. Peindre l'héroïsme et la vertu, tel est le devoir de la tragédie :
Le poète est à l'âge mûr ce que le précepteur est à l'enfant. 11 doit jeter un voile sur le vice, et se garder de le produire sur la scène. Or voilà ce qu'a fait Euripide : il s'est plu à étaler le tableau des passions malsaines, de la bassesse et du crime; il a perverti les jeunes gens d'Athènes; il en a fait des intrigants, des bavards, d'effrontés charlatans.
On critique les grands mots d'Eschyle, mais il faut bien que l'expression réponde à la hauteur des pensées. Le langage familier et bas d'Euripide, l'afféterie de son style, sa poésie efféminée conviennent aux sujets et aux personnages qu'il aime, à ces boiteux, à ces mendianls dont il étale les haillons sur le théâtre.
Une scène plaisante de la comédie des Acharniens avait déjà raillé ces procédés grossiers de pathétique, les infirmités, les plaies, les haillons. Dicéopolis, avant de partir pour son voyage aérien, va emprunter à Euripide quelques-unes de ses guenilles. Ce sera le moyen de toucher Jupiter. Il demande une vieille lanterne, un petit gobelet au fond ébréché, un bâton de mendiant, une marmite. « Tu vas m'enlever toute une tragédie ! » s'écrie Euripide.
Nous avons déjà cité le cri du vieux poète : « J'avais tout ennobli, tu as tout dégradé ! » Nous retrouvons dans ses critiques, avec l'exagération de la satire, quelques-uns des traits du génie d'Euripide, ce qui le rapproche du poète comique, ce qui fait la nouveauté et l'intérêt de sa tragédie, mais ce qui marque aussi, comme nous l'avons montré en étudiant son théâtre, un commencement de décadence. Pour être juste, il aurait fallu rendre hommage aux qualités éminentes du poète et surtout à ce pathétique puissant qu'admirait Aristote. Mais Aristophane est un ennemi ; il attaque dans Euripide l'élève des sophistes, le contempteur et l'adversaire déclaré de la religion nationale, rallié du démagogue Gléon dans la lutte contre l'esprit ancien. (3n ne peut exiger de lui une justice impartiale.
Gomme on devait s'y attendre, le combat se termine par la victoire d'Eschyle. Bacchus lui donne le prix et l'emmène avec lui « pour corriger les fous et sauver la patrie par ses leçons. » Eschyle en partant, recommande à Pluton de donner sa place à Sophocle,
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et (rempAclier qiio rintriganl, le Iburbé, rimpudent Kiirjpido hi pr'(inri(; jamais.
Conclusions. Appréciation de ce théâtre. 1 . Comme œuvre morale. — Cette revue du t}i/;;\tr(' d'Ari.stophano nous a permis d'apprécier le caractère moral de sa comédie. Elle s'altafpio à tout, au.x institutions, aux événements politiques, aux hommes dKtat, aux particuliers. C'est un côté de l'histoire d'Athènes, et Platon n'avait pas tort quand, pour donner à Denys le Jeune une idée de la démocratie athénienne, il lui envoyait les comédies d'Aristophane. Ce n'est pas qu'il faille accepter tous les tableaux du poète comme une image exacte de la réalité ; l'exagération est le propre de la satire, et cette comédie née des orgies et des mascarades des Dionysiaques a toujours grossi ses portraits jusqu'à la caricature et à la charge. Le parti d'Aristophane, battu sur la place publique, prend sa revanche au théâtre, et le peuple lui pardonne ces attaques contre lui-même, grâce à la verve du poète, à son amour pour la gloire d'Athènes, à leur haine commune des innovations religieuses. D'ailleurs, nous Pavons dit déjà, le bonhomme Démos n'est pas fâché de voir passer sous les grilles du poêle comique quelques-uns de ses favoris ; c'est un autre genre d'ostracisme.
2. Comme œuvre d'art. — Comme œuvre d'art la comédie d'Aristophane n'est pas moins originale. Nous avons vu qu'il n'y faut chercher ni action régulière, ni caractères suivis.. Elle est à la fois très réelle et très idéale. En effet, quoi de plus réel qu'une comédie qui prend pour sujet les hommes et les événements du temps, les juges, l'assemblée du peuple, le gouvernement, la guerre, la paix? Quoi de plus fantastique en même temps, puisque l'allégorie y joue un si grand
rôle, puisque le peuple y est personnifié tantôt sous les traits d'un vieillard fantasque, tantôt sous les" traits de guêpes à l'aiguillon menaçant, puisque les nuées, les grenouilles y figurent comme des personnages? Telle est encore la ville aérienne des oiseaux, tel le voyage de Trygée monté sur un escarbot, et la plaisante supposition de cette paix particulière conclue avec les Spartiates par un vieillard du dême d'Acharnés.
Voltaire a dit d'Aristophane : « Ce poète comique, qui n'est ni comique ni poète^ n'aurait pas été admis parmi nous à donner ses farces à la foire Saint-Laurent'. » Nous avons trouvé cependant dans ses œuvres beaucoup de traits du comique le plus franc et le plus communicatif. Quant au nom de poète, Aristophane le mérite à un tout autre titre que notre Molière, par exemple, et que î\egnard. Ceux-ci n'ont pas les qualités lyriques, et la comédie, telle qu'ils l'ont conçue, ne les comportait pas. Mais le poète grec s'élève dans ses chœurs à la hauteur de Pindare, de Simonide, d'Eschyle et de Sophocle. Le burlesque même y est poétique; mais le plus souvent c'est une poésie sérieuse, tantôt pleine de grandeur, tantôt pleine d'une grâce exquise. Rien de plus élevé que ce morceau de la parabase des Chevaliers- :
Nous voulons célébrer nos pères. C'étaient des hommes dignes de cette terre et des honneurs du péplum 3, eux qui dans les combats de terre, dans les expéditions maritimes, partout et toujours vainqueurs, ont ennobli cette ville. Jamais au-