‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 95 sur 267 · CHAPITRE yil · texte numérisé non relu

CHAPITRE yil

FIISTORIENS. — HÉRODOTE.

A coté de la poésie dramaticfue dont nous avons vu le brillant essor, se développent par un progrès parallèle rhistoire. ^a philosophie et réloquence.

Les logographes précurseurs des historiens. —

Les écrivains désignés sous le nom de logographes, dans leurs recherches sur la géographie, sur la généalogie des familles, sur les origines légendaires et les traditions locales des peuples, avaient ouvert les voies à l'histoire. Déjà même Hécatée, Gharon, Hellanicus, avaient atteint dans leurs travaux quelques-unes des qualités du véritable historien, l'exactitude, l'esprit (le choix, et avaient amassé pour leurs successeurs d'utiles matériaux. Mais le premier qui ait su réunir ces éléments divers et qui, menant de front la géographie, la chronologie et le tableau des événements, ait créé l'histoire comme une vraie composition littéraire, est Hérodote.

Vie d'Hérodote. — Hérodote, né en 484, dans la cité dorienne d'Halicarnasse, en Carie, n'en appartient 'pas moins par le caractère de son livre et par le dialecte qu'il a choisi, l'ionien, à Athènes et à l'esprit athénien. Halicarnasse^ capitale d'un petit État qui relevait du roi de Perse, avait alors pour souveraine la fameuse Artémise, qui s'illustra à la bataille de Sala-

mino. Le jeune homme, donl la famille était riche et distinguée et qui avait pour oncle le poète éjjique Panyasis, reçut une éducation littéraire. Lesjn*arid.s événements dont il fut le témoin durent conTribue^f h décider sa vocation, et sans doute il avait déjà conçu la pensée de son œuvre quand il entreprit ses lon^s voyaj?es. Gomme sujet du roi de Perse, il put visiter librement l'Egypte tout entière, jusqu'aux cataractes du Nil, la Libye jusqu'à Cyrène, la Phénicie, la liabylonie, très probablement la Perse, puis les côtes n.éridionales de la mer Noire et les rivages de la mer Egée, c'est-à-dire la Thrace et la Macédoine, pour descendre jusque dans la Grèce.

G'est probablement pendant ces voyages que le roi d'Halicarnasse, Lygdamis, petit-fils d' Artémise, ennemi de la famille dHérodote, fit périr Panyasis. Hérodote alla habiter l'île ionienne de Samos ; c'est là peut-être qu'il se pénétra de l'esprit ionien qui respire dans ses récits. Il partit de Samos pour délivrer Halicarnasse du pouvoir de Lygdamis. Mais bientôt les partis opposés se livrèrent de nouvelles luttes ; Hérodote quitta Hahcarnasse pour n'y plus rentrer.

Après de nouveaux voyages dans la Grèce et dans l'Italie méridionale ou Grande-Grèce, il finit par se fixer à Thurium, colonie d'Athènes, fondée en 444 sur l'emplacement de l'ancienne Sybaris, et il y passa les dernières années de sa vie, qui se prolongea jusque vers 406. Avant son séjour en Italie, il avait déjà commencé la rédaction de son histoire; car on raconte qu'il en lut des fragments à diverses fêtes de la Grèce. Suivant un récit populaire, une de ces lectures eut lieu • pendant la célébration des Jeux olympiques, en présence de Thucydide, âgé de quinze ans. Celui-ci, en écoutant Hérodote, aurait versé des larmes d'émulation, et l'historien, se tournant vers Olorus, père du

jeune homme, lui aurait dit: <r Je te félicite, tu as un fils qui brûle d'amour pour les belles connaissances. » Cette anecdote est suspecte comme tant d'autres qui ont pour objet d'imaginer des relations entre des écrivains célèbres du même siècle. Mais ce qui est certain, c'est la. lecture qu'Hérodote fit d'une partie de son œuvre aux grandes Panathénées d'Athènes, en 446, alors qu'il avait trente-huit ans. Un décret proposé par Anytus lui assigna une récompense de dix talents (environ 56,000 francs). On explique aussi par l'enthousiasme des Grecs l'idée de donner aux neuf livres de l'historien le nom des neuf Muses. Quand il mourut, son œuvre n'était pas complètement achevée; car le récit s'arrête brusquement à la prise de Sestos, qui suivit de quelques mois les deux victoires de Platée et de Mycale (479). Le traité de Cimon, glorieuse conclusion des guerres médiques, est de trente ans postérieur (449).

Analyse de Phistoire d'Hérodote. — Le sujet de l'histoire d'Hérodote, c'est la guerre entre les Grecs et les Barbares. Il le dit en commençant :

Hérodote d'H,alicarnasse publie ici ses recherches, afin que les actions des hommes ne soient pas etTacées par le temps, et que tant de faits grands et merveilleux, accomplis les uns par les Grecs, les autres par les Barbares, ne demeurent pas sans gloire. Il va dire aussi pour quelles raisons ils se firent la guerre.

Mais, dans ce sujet principal, Hérodote fait rentrer, à mesure qu'il le juge nécessaire à l'intérêt et à la clarté de son récit, tous les renseignements relatifs à l'histoire antérieure et des Asiatiques et des Grecs.

Les hostilités entre les deux races remontent, suivant lui, au delà niême de la guerre de Troie ; et,

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comme l'Asie Mineure est lo {.hiyMrcoii elles commencent à entrer en conflit, l'historien s'arrête d'aborri ;\ a Ijydifî et h CiuSsiis. Co prince, en effet, est lo premier qui ait attaqué les colonies éoliennes, ioniennes et doriennes établies sur les côtes de l'Asie Mineure. Mais comment s'est élevée la puissance du roi de Lydie? Hérodote répond à cette question en remontant jusqu'à la chute du roi Candaule, le dernier des Héraclides, et à l'avènement de Gygès, auteur de la dynastie des Mermnades et trisaïeul de Crésus. H raconte les progrès successifs du royaume de Lydie sous Ardys, Sadyatte, Alyatte, et enfin sous Crésus, dont le règne est l'apogée de cette puissance. Mais celui-ci informé des progrès de Gyrus, roi des Perses, qui a détruit l'empire d'Astyage, prend la résolution d'arrêter le conquérant et, sur l'avis d'un oracle, il envoie demander l'alliance des Athéniens et des Lacédémoniens. C'est pour Hérodote l'occasion de nous faire connaître l'histoire d'Athènes depuis Solon qu'il nous a fait voir dans le palais de Crésus, et de raconter les dissensions qui aboutissent à la tyrannie de Pisistrale. Puis il nous transporte à Sparte, avec les envoyés du roi de Lydie, et donne quelques détails sur les lois de Lycurgue et sur les guerres des Lacédémoniens avec leurs voisins. Une alliance est conclue entre Sparte et Crésus.

Nous revenons alors à la guerre engagée par le roi de Lydie sur la foi d'oracles ambigus; nous assistons à la défaite des Lydiens, à la prise de Sardes et aux scènes dramatiques sur lesquelles Hérodote, fortement frappé de l'instabilité des choses humaines^ aime à nous arrêter. Une fois les Lydiens asservis par les Perses, l'auteur juge nécessaire de faire connaître les vainqueurs et leur roi.

Le récit de quelques Perses qui cherchent non à rehausser

les actions de Cyrus, mais à dire la vérité, est celui que je transcrirai, tout en sachant qu'il y a sur Cyrus trois autres traditions différentes K

L'auteur commence alors l'histoire des Mèdes depuis Déjocès; il raconte les conquêtes de ce peuple s.ous Phraorte et Gyaxare, et comment celui-ci détruisit Ninive et mit fin à l'empire assyrien. Le règne d'Astyage, la naissance de Cyrus, les circonstances romanesques qui entourent son enfance, le soulèvement des Perses et le renversement de l'empire des Mèdes, la description des mœurs des conquérants, telle est la suite d'intéressants récits après lesquels Hérodote reprend l'histoire des conquêtes de Cyrus, c'est-à-dire la sou;:^ mission des colonies grecques, la conquête de Babylone et l'expédition chez les Scythes, où le conquérant trouve la mort.

Le second livre, Fulerpe, appartient tout entier à la description de l'Egypte, à la peinture de ses mœurs, de sa religion, de ses monuments, au récit de son histoire jusqu'au roi Amasis. Le troisième, Thalie, raconte la conquête du pays par Gambyse, les crimes de celuici, la révolte de la Perse soulevée par les mages, la mort de Cambyse, le règne du faux Smerdis, la conspiration des cent seigneurs perses, le massacre des mages et l'élection de Darius. La seconde partie du livre est consacrée à la description des gouvernements ou satrapies qui forment les provinces du nouvel empire; l'auteur y joint celle de l'Inde, de l'Arabie et de TÉthiopie. Il retrace ensuite les malheurs de Polycrate de Samos, l'expédition de Darius contre cette île et son nouveau maître, la grande révolte de Babylone, soumise enfin grâce au dévouement de Zopire.

Dans le quatrième livre, Metpomène, Hérodote ra-

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