‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 96 sur 267 · r://o, ch. xcv · texte numérisé non relu

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conte l'expf'Mlilion do Darius contre les Scythes. A co propos, il expose les moîurs, les usages, les lois, l'histoire (le ce peuple, il dticritle climat, et, par digression, il exprime ses idées sur la forme de la terre et sur la configuration de TAsie, de la Libye (ou Afrique) el de l'Europe. Vers la môme époque les Perses font une expédition en Afrique ; de là des détails sur les peuples nomades ou sédentaires du pays, sur Gyrène, Carthage et Barca.

Au cinquième livre, Terpsichore, l'auteur reprend le récit de l'expédition de Scythie et raconte la conquête de la Macédoine par Mégabase. Nous arrivons ensuite aux troubles dlonie, origine des guerres médiques. Une partie des Ioniens demande le secours des Perses; les autres appellent les Grecs. Athènes envoie des troupes : la prise el l'incendie de Sardes sont le signal de la grande lutte qui bientôt va occuper uniquement l'historien. Cependant, dans ce livre et dans le sixième, Erato, les événements intérieurs d'Athènes et de Lacédémone, la rivalité entre ces deux peuples, tiennent aussi beaucoup de place.

La première expédition, commandée par Mardonius, celle de Datis et Artapherne, et la glorieuse victoire des Athéniens à Marathon, tel est l'objet du sixième livre, Erato. Dans les trois derniers les événements se pressent : l'avènement de Xerxès, lés préparatifs prodigieux de son expédition, Ténumération de ses troupes, la marche de l'armée navale et de l'armée de terre, les combats des Thermopyles (livre VII, Polym^ nie), puisd'Arlémisium et de Salamine (livre VIII, ^r«nie), enfin Platée et Mycale (livre IX, Calliope), tels sont les grands faits que Thistorien présente avec un intérêt saisissant. Comme nous l'avons dit, le récit se termine brusquement après la prise de Sestos. En l'absence de toute conclusion, il est permis de croire qu'Hérodote devait le continuer et qu'il a été interrompu par la mort.

Caractères de Phistoire d'Hérodote. 1. Amour des récits.— Ce résumé n'était pas inutile pour faire comprendre le caractère de l'histoire d'Hérodote. Encore avons-nous dû supprimer dans notre analyse beaucoup de digressions, beaucoup d'anecdotes piquantes ou dramatiques qu'il saisit au passage, quand il les rencontre. Il ne faut donc pas chercher dans son livre une méthode sévère ; c'est un conteur, comme notre Villehardouin et notre Froissart. Il a visité beaucoup de pays, contemplé beaucoup de monuments, recueilli beaucoup de traditions et de légendes ; il aime à faire part à ses contemporains de ce trésor curieusement amassé ; il est sûr que la description de ces pays encore presque inconnus, de ces mœurs étranges, charmera l'imagination des Grecs et ne lassera pas leur attention ; il ne choisit point parmi ses richesses, il les répand à pleines mains. C'est encore la marche du poète épique, autre conteur, chez qui les épisodes sont une partie importante et un des plus grands attraits du récit. .

2. Naïveté des croyances.— Hérodote a une autre ressemblance avec Homère : il croit aux présages, aux prodiges, aux oracles, il accueille avec trop de complaisance les exagérations et les mensonges des prêtres égyptiens. Mais cette naïveté est toujours sincère : pour tout ce qu'il n'a pas vu lui-même, l'historien donne ses autorités ; quand il a vu, on peut lui accorder pleine confiance. Les voyageurs modernes ont bien souvent rendu hommage à l'exactitude de ses renseignements.

3. Puissance de la fatalité. — Ce qui rapproche encore Hérodote du poète, c'est la pensée qui domine son esprit et son livre. Il croit l'humanité soumise à une puissance supérieure, qui se plaît à élever les humbles et à renverser les puissants. Ce n'est pas au hasard que

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les enipircs grandissent et se précipitent : les Lydiens, les iM^ides, les Assyriens, les Perses donnent des exennples frappants de ces vicissitudes, où Fauteur voit uno loi de la divinité. Crésus la reconnaît sur son bûcher quand il invoque Solon et se rappelle les paroles prophétiques du sa^^e. Psamménit en est frappé, quand la vue d'un vieillard, son commensal, réduit maintenant à la mendicité, lui fait, mieux que la captivité de sa fille et le supplice de son fils, comprendre son malheur. Polycrate de Samos, Darius, Xerxés sont d'autres exemples de ces chutes profondes, punition de l'orgueil et de l'infatuation. L'insolence, l'enivrement du pouvoir dont parle éloquemment notre BossuetS voilà ce qu'Hérodote, après Hésiode et d'accord avec les tragiques, appelle hybrh^ etce qui produit fatalementlacolèredela divinité (A^è). Un célèbre historien de la littérature grecque l'a dit^ il y a dans Hérodote des pensées qui rappellent l'Ecclésiaste, et quelquefois il a étalé avec autant de vigueur que les Livres saints et que Bossuetle néant de la grandeur et delà gloire.

Langue et style d'Hérodote. — Par la langue et par le style, Hérodote est aussi très voisin de la

1 . Sermon sur Vimpénitence finale. « Ah ! ?i je pouvais ici vous ouvrir le cœur d'un Nabuchodonosor ou dun Balthazar ou de quelque autre de ces rois superbes qui sout représentés dans l'histoire sainte, vous verriez avec horreur et tremblement ce que fait dans les plus grandes places l'oubli de Dieu et cette terrible pensée de n'avoir rien sur sa tête. De là naissent des vices inconnus, des monstres d'avarice, des raffinements de volupté, des délicatesses d'orgueil, qui n'ont pas de nom, et tout cela se soutient à la face du genre humain ! Pendant que tout le monde applaudit, on se résout facilement à se faire grâce ; et, dans cette licence infinie, on compte parmi ses vertus tous les péchés qu'on ne commet pas, tous les crimes dont on s'abstient. Et quelle est la cause de tous ces désordres? La grande puissance féconde en crimes, la licence, mère de tous les excès. «

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