‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 97 sur 267 · Ottfried Millier · texte numérisé non relu

Ottfried Millier

poésie. La langue n'est pas encore 5ien disciplinée : la syntaxe est imparfaite, les phrases sont plus d'une fois inachevées, la période dans sa régularité majestueuse n'est pas connue ; mais cette langue a un caractère de douceur et de grâce ineffables. Sans doute elle le doit en partie à la mollesse du dialecte ionien, qu'a choisi l'auteur malgré son origine dorienne ; mais il faut y voir aussi l'empreinte de l'homme, simple, équitable, modéré, sans passion contre les vaincus, sans éloges hyperboliques pour les vainqueurs, et ne sortant de son calme que pour tirer du spectacle de ces luttes dramatiques des leçons de sagesse et de mesure : alors, nous l'avons dit, son style s'élève comme sa pensée et il rencontre l'éloquence.

Il resterait à justifier ces jugements par des citations ; on en trouvera dans notre Recueil de morceaux choisis. D'ailleurs toutes les histoires de FOrient et de la Grèce sont remplies d'extraits d'Hérodote. Qui ne connaît le dialogue entre Grésus et Solon, l'histoire d'Atys et d'Adraste, la scène dramatique de Grésus sur le bûcher, les récits de l'enfance de Cyrus, la colère de Darius à la nouvelle de l'incendie de Sardes, lorsqu'il demande une flèche et la lance vers le ciel en s'écriant : « Jupiter, puissé-je me venger des Athéniens ! » enfin la fameuse revue de Xerxès et les larmes de ce conquérant, si peu soucieux de la vie humaine, à la pensée que, dans cent ans, pas un seul de ces millions d'hommes qui, aujourd'hui, couvrent l'Hellespont et les deux rivages, ne sera vivant ? On a dit plus d'une fois que l'histoire d'Hérodote a le charme d'un roman ; elle l'a surtout pour ceux qui ont la bonne fortune de le lire dans sa langue.

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