‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 98 sur 267 · HISTOIRE. — THUCYDIDE · texte numérisé non relu

HISTOIRE. — THUCYDIDE

Contraste entre Hérodote et Thucydide. — Treize années seulement séparent Hérodote de Thucydide. Cependant, quand on passe du premier de ces écrivains au second, on est frappé du contraste : tout diffère, les hommes, le sujet, la méthode et le caractère des ouvrages. Hérodote, de bonne heure détaché d'Halicarnasse, n'a d'autre patrie que la Grèce tout entière ; il reste en dehors des affaires et occupe librement sa vie à voyager, à s'enquérir des faits, des coutumes et des hommes, et à raconter tout ce qu'il a vu, tout ce qu'il a entendu et appris. Thucydide est un citoyen d'Athènes : il appartient à une grande famille; homme politique, il a été mêlé comme acteur aux événements qu'il rapporte et il en a souffert. Le premier transmet à la postérité les brillants exploits d'une guerre heureuse et nationale : le second est condamné par son sujet à peindre les déchirements et les fureurs d'une lutte acharnée et sombre, oii les Grecs combattent les Grecs, où les Athéniens et les Lacédémoniens épuisent leurs forces, sous les yeux et comme pour la vengeance des Barbares qu'ils ont vaincus. Enfin Hérodote est encore un Homère : son histoire est une épopée, pleine aussi d'épisodes qui concourent à l'intérêt général, dominée par cette idée d'une puissance supérieure qui se joue des hommes et élève ou renverse à son gré les empires;

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le stylo, farilf! (il simple, (ujnle «'ivec une (loiK:e et aimal)le abondarire. Thucydide, esprit grave et sévère, lorrné par l'élude de la philosophie, mûri par l'école plus puissante encore des affaires et par les réflexions de l'exil, a lait de l'histoire une véritable science. Il rejette les oracles, les légendes, les superstitions populaires ; il n'en appelle pas à celte cause première dont les arrêts sont impénétrables à notre intel' ligence : c'est dans l'homme, dans ses passions, ses vertus, ses vices, dans les talents ou les fautes des gouvernements, qu'il cherche les causes et l'explication des événements humains. Sa méthode est scientifique comme l'idée de son livre : régulier, précis, exact, il ne s'écarte pas de la route qu'il s'est tracée ; son style est, comme sa pensée, plein, serré, sévère, souvent obscur à force de concision et de profondeur. Les tableaux qu'il présente sont frappants et dramatiques; mais, s'il nous émeut, c'est par l'expression énergique et fidèle des misères et des horreurs qu'il doit retracer.

Biographie de Thucydide. — Né dans un dème de l'Attique, en 471 ou en 470, Thucydide descendait par son père d'un roi de Thrace; sa mère était petite-fiUe de Miltiade. Sa fortune était considérable ; il possédait, à Scapté-Hylé, sur les côtes de la Thrace, des mines d'or qui lui assuraient de grands revenus. Nous savons par lui-même ' qu'il commandait une escadre de sept vaisseaux à Thasos, dans la mer Egée, quand Brasidas, pendant la huitième année de la guerre du Péloponèse (423), attaqua l'importante colonie athénienne d'Amphipolis. Thucydide arriva trop tard pour empêcher la capitulation de cette ville ; mais il sauva du moins la place voisine d'Eion, dont Brasidas allait

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